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    Asie-Pacifique

    Russie: une ambition spatiale sinistrée

    media 4 octobre 1957: Spoutnik 1, le premier satellite artificiel de la Terre, est mis en orbite par la fusée russe Zémiorka. Ainsi débute la conquête spatiale, l'une des plus spectaculaires aventures techniques et humaines de tous les temps. CNES/ Sébastien Girard/ Photon

    Premier conquérant de l’espace et actuellement seul pays au monde en capacité d’y envoyer des femmes et des hommes, la Russie a aujourd’hui une industrie spatiale sinistrée. La chute de l’URSS, les sanctions occidentales et la très importante corruption qui touche notamment ce secteur ont miné ses ambitions. Un secteur spatial en grande difficulté, selon l’expert Nicolas Pillet. Entretien.

    Nicolas Pillet est un expert indépendant, auteur de très nombreux articles et d’une chaîne sur YouTube, « Kosmonavtika », sur l’espace russe.

    RFI : La Russie est-elle aujourd’hui, après les États-Unis, la deuxième puissance spatiale du monde ?

    Nicolas Pillet : Tout dépend du critère que vous utilisez pour mesurer le degré de puissance spatiale. Cela dit, quel que soit le critère que vous utilisez, dans presque tous les cas, ce sera la Chine qui arrivera en deuxième. Il y a un domaine où les Russes sont aujourd’hui leaders, ce sont les vols habités, puisqu’ils sont les seuls au monde capables d’envoyer des hommes et des femmes de manière régulière dans l’espace. La Chine en est capable aussi, mais sur une base complètement différente avec des vols très sporadiques, alors que les Américains sont incapables d’envoyer aujourd’hui des hommes dans l’espace. En dehors de ce domaine-là, les Russes exploitent une constellation de positionnements type GPS (Global Positioning System, un système de géolocalisation) qu’ils sont les seuls à faire avec les Américains. Ils ont une flotte de satellites militaires assez fournie, des satellites de communication civils en assez grand nombre et tout ceci mis bout à bout permet de dire qu’ils sont une grande puissance spatiale. De là à dire qu’ils sont la deuxième... En dehors des vols habités, c’est compliqué parce que la Chine et, bien évidemment, les États-Unis font beaucoup plus qu’eux dans tous les domaines que je viens de citer.

    Ce qu’il faut bien garder en tête, c’est que dans le domaine du spatial, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. En général, les gens s’intéressent aux vols habités de cosmonautes dans l’espace et aux sondes spatiales qui vont prendre des photos d’astéroïdes ou de la surface de Mars, mais derrière tout cela, il y a toute une partie, beaucoup plus discrète, qui est le monde du militaire, le monde des télécommunications, entre autres, moins spectaculaire mais qui a des enjeux économiques, géopolitiques beaucoup plus importants.

    Un cosmonaute russe travaille à l'extérieur de la Station spatiale internationale. Photo datée du 24 août 2012. REUTERS/Roscosmos/Handout

    Quels sont les projets russes pour l’espace ?

    Il y en a énormément, mais il y en a peu dans le domaine scientifique et dans le domaine de l’exploration. Les principaux projets sont dans le domaine des applications. Les Russes projettent de se lancer très prochainement dans un gigantesque projet de constellation de plus de 600 satellites. Aujourd’hui, les Américains sont en train de commencer à employer ce qu’on appelle des « méga-constellations » de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de satellites qui permettront de couvrir complètement les communications mondiales et les Russes relèvent le défi, ils vont se lancer dans un projet similaire qui s’appellera le projet « SFERA ». Il y a aussi des projets dans le domaine de la science spatiale avec une sonde martienne, qui sera réalisée en coopération avec l’Europe et qui devrait décoller l’année prochaine. Dans trois semaines, un gros observatoire, un télescope spatial, doit être mis en orbite. Dans le domaine des vols habités, ils prévoient, dans un premier temps, d’agrandir leur segment de l’ISS (Station spatiale internationale) et ensuite de se lancer à la conquête de la Lune. Donc, l’objectif est plus lointain que celui des Américains, puisqu’ils prévoient un débarquement habité sur la Lune pour 2030, c'est-à-dire d’ici une grosse décennie.

    Il y a derrière cette opération un projet de base lunaire ?

    L’objectif est pour eux de faire, dans un premier temps, des missions de type Apollo avec des débarquements ponctuels pour ensuite s’installer et rester avec une base lunaire. Le vice-président américain Mike Pence a annoncé plus ou moins la même chose côté américain, qui devrait commencer à partir de 2024. Les Russes sont sur une échéance plus lointaine avec un premier vol de leur lanceur super lourd, du nom de « Ienisseï », pour 2028 et une première mission habitée sur la Lune en 2030.

    Pour mettre en œuvre ces projets de méga-constellations, de vols habités lunaires, une toute nouvelle gamme de lanceurs est en développement. Il y a le lanceur « Angara » avec une capacité d’une vingtaine de tonnes, type « Ariane 5 ». C’est un lanceur qui a déjà volé une fois il y a cinq ans, qui n’est pas encore industrialisé, mais qui va bientôt l’être. La Russie développe aussi un nouveau lanceur qui s’appellera « Soyouz 5 », qui sera principalement destiné au marché commercial pour concurrencer SpaceX (une entreprise américaine), aujourd’hui leader des marchés commerciaux. De nos jours, son principal concurrent est « Ariane 5 », qui est finalement pas très bien taillé pour la nouvelle configuration du marché. Le lanceur « Angara » devrait donc être le gros concurrent de SpaceX à partir de 2022. Le lanceur « Soyouz 5 » servira aussi de fondation pour une autre famille dite « super-lourde » appelée « Ienisseï », qui sera similaire aux « Saturne 5 » qui ont envoyé des astronautes sur des missions Apollo. « Ienisseï » devait voler à partir de 2028.

    Une photo prise le 17 décembre 2015 montre une fusée Soyouz en train de décoller du centre spatial européen de Kourou, en Guyane française. © Jody Amiet / AFP

    Face à tout cela, des difficultés et des scandales ont mis à mal ces dernières années le spatial russe. Que s’est-il passé ?

    La crise du secteur spatial russe a véritablement commencé en 1991 avec la dissolution de l’URSS et la séparation de l’Ukraine qui concentrait une grosse partie de l’industrie spatiale soviétique. Il y avait trois gros industriels de l’espace en URSS, deux se trouvaient dans la région de Moscou, « Energuia » et « Khrounitchev », et un troisième, « Youzhnoïe », était, pour des raisons historiques, dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. « Youzhnoïe », qui construisait une grande partie des lanceurs spatiaux russes, accessoirement aussi des missiles, des satellites et tout un tas d’équipements, s’est retrouvé dans un pays indépendant à la dissolution de l’URSS. Cela a été très grave pour la Russie et ils ont encore aujourd’hui de la peine à s’en relever. En 1991 s'est opérée une perte de compétences, l’État ayant disparu, toute l’industrie s’est arrêtée. Pendant une quinzaine d’années, pas un seul dollar n'a été investi en recherche et développement. Il y a donc eu un retard technologique énorme que les Russes sont toujours en train d’essayer de rattraper.

    Autre difficulté : en 2014, il y a eu des sanctions européennes et américaines, suite au rattachement de la Crimée à la Russie et à la guerre dans le Donbass. Or, les Russes étaient dépendants de l’Occident pour la fourniture de composants électroniques pour leurs satellites et pour d’autres éléments et aujourd’hui on refuse de les leur fournir. Ils doivent donc tenter de les développer eux-mêmes en interne, ce qui est compliqué. Depuis plusieurs années, beaucoup de satellites qui devaient décoller ne sont toujours pas partis, car les Russes doivent remplacer les composants américains ou européens prévus par des pièces fabriquées en Russie.

    Après la chute de l’URSS et les sanctions de 2014, la troisième difficulté, c’est la corruption qui est extrêmement importante en Russie en général et dans le spatial russe en particulier. On parle de plusieurs dizaines de milliards de roubles détournés chaque année. Il y a là-dessus des anecdotes intéressantes. Par exemple, les Russes ont construit une nouvelle base de lancement en Extrême-Orient et l'un des chefs de projet de la construction de cette base a été arrêté pour corruption, parce qu’ils ont découvert qu’il venait tous les matins au travail avec une voiture de sport sertie de diamants... Autre exemple : dans les années 1990, les Américains, qui n’avaient pas d’expérience de vol longue durée, ont payé la Russie pour envoyer des astronautes américains sur la station Mir (station russe qui a précédé l’ISS) pour apprendre à rester dans l’espace plusieurs mois. Ils ont payé pour cela quatre cents millions de dollars à la Russie. La quasi-totalité de la somme a été détournée, notamment par des généraux qui se sont construit des villas magnifiques, se sont achetés de grosses voitures… et pas un seul dollar de la Nasa (l’agence spatiale américaine) n'a permis de faire voler des astronautes. C’était les années 1990, la situation aujourd’hui s’est un peu améliorée mais pas tant que ça.

    Aujourd’hui, le secteur spatial est sinistré ?

    Avant, la Russie lançait près d’une quarantaine de fusées par an. Aujourd’hui, ils n’en font qu’une vingtaine et ils ont un échec chaque année. Soit un échec sur vingt tirs, ce qui est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale. En Europe et aux États-Unis, on compte un échec sur soixante-dix lancements environ, parfois moins. En plus de ce mauvais ratio, de nombreux satellites tombent en panne. Les Russes ont perdu, par exemple, deux de leurs trois principaux satellites d’observation de la Terre à cause de pannes mineures. Comme il y a très peu d’investissement dans le domaine et quand il y en a, ils sont détournés, c’est finalement un secteur qui a peu d’argent.

    Lorsque vous visitez des universités russes qui forment des ingénieurs pour travailler dans cette industrie, comme Supaero en France, presque 0% de la promotion souhaite travailler dans le secteur spatial. Auparavant, travailler dans le spatial, envoyer Gagarine dans l’espace (premier vol habité), c’était une gloire. Aujourd’hui, travailler dans le spatial signifie être payé trois fois moins qu’un ingénieur lambda. Cela signifie travailler dans des entreprises en état de déliquescence, donc personne ne veut y aller. Quand vous avez des problèmes de recrutement, vous avez des problèmes de compétence et donc des fusées qui volent moins bien.

    Discours de Vladimir Poutine, devant l'Assemblée fédérale russe, le 20 février 2019. Reuters

    La Russie possède-t-elle encore suffisamment de compétences pour poursuivre son programme spatial ?

    Aujourd’hui, la politique actuelle tente de relever les salaires et d’attirer les jeunes en les intéressant à l’espace, mais c’est très difficile. Les Russes ont sélectionné des cosmonautes il y a deux ans. Normalement, lorsque vous lancez une sélection de cosmonautes, vous avez toujours dix mille candidats et vous en prenez cinq ou six, c’est ce qui s’est passé en Europe quand Thomas Pesquet a été sélectionné, c’est ce qui se passe aux États-Unis et c’est ce qui se passe partout. Les Russes ont fait une grande campagne de publicité à la télévision pour leur sélection de cosmonautes, on ne parlait que de ça partout dans tout le pays, mais il n’y a eu qu’environ 250 candidats dans un pays de cent quarante-six millions d’habitants. Ce qui signifie que plus personne ne s’intéresse à l’espace et que plus personne ne veut devenir cosmonaute.

    Mais tout n’est pas gravé dans le marbre. L’État russe tente d’inverser la courbe, met de l’argent, organise de grandes campagnes pour sensibiliser les jeunes afin de renouer avec les grandes heures de l’histoire où avec Spoutnik (premier satellite placé en orbite terrestre) et Youri Gagarine (premier homme dans l’espace), ils ont ouvert l’espace au monde.

    →A écouter aussi : De Baïkonour à Vostochny

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