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L''affaire Elf

Les confessions de Loïk Le Floch-Prigent

Dans un livre qui vient de paraître «Affaire Elf, affaire d'Etat» au Cherche Midi Editeur, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf-Aquitaine, explique en détail ce qu'était le «système Elf» fondé sur la distribution de «commissions» et qui en a profité. Il défend Alfred Sirven, ex-numéro 2 du groupe pétrolier français et réserve ses accusations les plus acerbes à la classe politique française, droite et gauche confondues.
Si la couverture du livre représente le portrait flatteur d'un homme au sourire tranquille, le contenu est beaucoup moins complaisant. Dans «Affaire Elf, affaire d'Etat», livre d'entretien avec Eric Decouty, journaliste au Figaro, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG de la firme pétrolière française met à nu le «système Elf» dont il affirme qu'un grand nombre d'hommes politiques, de droite comme de gauche, ont bénéficié. Si beaucoup de ces révélations ont déjà été distillées au cours des années précédentes par différents protagonistes du dossier, dont Loïk Le Floch-Prigent lui-même, ce livre a le mérite de les regrouper et de dresser une sorte d'inventaire d'une affaire qui semble de plus en plus opaque.

Loïk Le Floch-Prigent passe donc à l'offensive et lève une partie du voile sur les activités occultes de la compagnie pétrolière tout en mettant en exergue son amertume à l'égard des juges d'instruction et d'un système judiciaire qui l'a condamné en première instance à trois ans et demi de prison dans le seul dossier Dumas. Toutefois, dès le début de l'ouvrage, il se défend de régler ses comptes avec les magistrats comme avec les hommes politiques. L'ancien PDG d'Elf, âgé de 58 ans et aujourd'hui consultant, réaffirme ce qu'il avait déjà dit à la presse au début de l'été : tout le monde politique était au courant du mode de fonctionnement du groupe pétrolier. «L'ensemble des présidents de la République, l'ensemble des ministres des Finances, l'ensemble des Premiers ministres a profité d'un système d'Etat dans lequel il y avait Elf (à) J'ai été, comme mes successeurs et mes prédécesseurs, à même de faire fonctionner ce système». Pourtant, il se défend d'avoir joué un rôle dans le versement des nombreuses commissions dont il ne nie toutefois pas l'existence : «les commissions, ce n'est pas du travail du président Elf» assure-t-il, avant de préciser, «je ne dis pas qu'il n'y en a pas eu». S'il ne ménage pas le monde politique, tout au long de son ouvrage, Loïk Le Floch-Prigent développe assez peu le profit qu'il a tiré de son poste à la tête d'Elf.

Révélations en tout genre

Il n'épargne personne et affirme notamment qu'Hubert Védrine et Elisabeth Guigou, actuellement ministres au sein du gouvernement Jospin, étaient informés des pots-de-vin et bakchichs versés à l'occasion du rachat de la raffinerie est-allemande de Leuna. Une information que le ministre des Affaires étrangères et la ministre de l'Emploi et de la Solidarité réfutent avec virulence. S'agissant toujours de cette affaire, il ouvre discrètement une piste en direction du financement du SPD et plus seulement de la CDU, l'ancien parti d'Helmut Kohl. Concernant, l'opération Ertoil, en Espagne, l'ancien PDG d'Elf affirme aussi qu'une commission a été versée dans l'entourage du roi Juan Carlos sans toutefois en dire plus.

Loïk Le Floch-Prigent affirme également qu'Elf a engagé «cinq à six millions de francs» dans le sauvetage d'une usine de Bort-les-Orgues en Corrèze, décidé lors «d'une réunion secrète» entre Alfred Sirven et le maire de Paris, Jacques Chirac, qui était également, à l'époque, député du département. Par ailleurs, selon l'ancien PDG d'Elf, l'entourage du président Chirac aurait eu un rôle dans la fuite d'Alfred Sirven, en 1996. «Je suis certain que si la décision avait appartenu seul à Sirven, il ne serait pas enfui alors que j'étais en prison» explique-t-il ajoutant que l'hypothèse d'une intervention de l'entourage de l'actuel président «ne fait aucun doute». «C'est beaucoup plus qu'une conviction» dit-il. Comprenne qui pourra ! Dominique Strauss-Kahn mais aussi Edouard Balladur, François Bayrou ou Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale ne sont pas épargnés. Même Lionel Jospin, pourtant jamais cité dans l'affaire Elf, est épinglé : «Il n'ignorait rien du système Elf, de la même façon qu'il n'ignorait rien du système de financement du Parti socialiste» écrit-il. «Lionel Jospin doit lui aussi clarifier son rapport à l'argent» lance-t-il tout en ajoutant «il ne peut pas se présenter comme l'homme le plus vertueux». Pêle-mêle, il évoque comment la banque Fiba, dont Elf et le président Omar Bongo sont les principaux actionnaires, a été impliquée dans un massacre au Congo en 1997. A ce propos, il montre du doigt André Tarallo, le «Monsieur Afrique» d'Elf dans une opération que «les juges ont encore les moyens d'éclaircir» selon ses propres termes.

A plusieurs reprises dans son ouvrage, Loïk Le Floch-Prigent s'étonne que la justice française ne se soit pas intéressée davantage à tous ces dossiers alors que lui-même a été condamné, le 30 mai dernier, en première instance à trois ans et demi de prison. Le procès en appel de cette condamnation doit se tenir à la fin de l'année ou au début 2002, à Paris.



par Clarisse  Vernhes

Article publié le 13/10/2001