Soudan
Vrai trafic de faux esclaves<br>
Le rachat par des organisations protestantes de dizaines de milliers d’esclaves au Sud Soudan ces dernières années, couvre une immense escroquerie. Selon une enquête parue dans l’hebdomadaire régional «East African», des millions de dollars ont été détournés par la SPLA de John Garang lors du rachat par ces organisations de prétendus esclaves à de prétendus marchands qui n’étaient en réalité que des employés du mouvement rebelle sudiste.
De notre correspondant en Afrique de l’Est
A en croire l’enquête parue la semaine dernière dans l’«East African», l’escroquerie est grossière : de faux esclaves, encadrés par de faux marchands arabes, sont revendus en moyenne 50 dollars chacun dans les territoires Dinka de la SPLA à des organisations chrétiennes financés en grande partie par des écoliers américains crédules. Bilan : des millions de dollars détournés ces dernières années par la rébellion sudiste et un marché aux esclaves plus florissant que jamais.
L’existence d’un trafic d’esclave au Soudan est pourtant bien réel. Les témoignages abondent sur la brutalité des enlèvements. Ils ont généralement lieux au cours des nombreux raids commis par des milices formés au sein du peule nomade Baggara et soutenues par Khartoum pour affaiblir la SPLA. Ces milices sont généralement appelées Murahilin (de l'arabe Marahil, nomade). «Ils ont brûlé nos maisons et ont volé nos troupeaux», se souvient Amona, une jeune Dinka qui a été enlevé par l’une de ces milices en 1997. «Tous ceux qui ont tenté de fuir ont été tués ainsi que tous les hommes, parce que les attaquants croyaient qu’ils allaient devenir des guerriers. Je fus ligoté avec 16 autres et tirée par un cheval jusqu’à Sitep», se souvient-elle. Après des semaines de voyage à pied, Amon est arrivé dans une famille où elle servit de bonne et où elle fut obligée de se rendre à la mosquée, rapporte Christian Solidarity International (CSI).
Un racket organisé au plus haut niveau
Depuis 1995, cette seule organisation protestante basée en Suisse a racheté 63 000 prétendus esclaves pour environ 50 dollars chacun dans les territoires tenus par la rébellion sudiste. Certains étaient de vrais esclaves, comme Amona, mais beaucoup d’autres étaient des habitants du coin recrutés pour la circonstance par des rebelles connus par ailleurs pour leur absence de scrupules et notamment pour des détournements massifs et systématiques de l’aide humanitaire.
«C’est un vrai racket, organisé au plus haut niveau», a récemment dénoncé le porte-parole de la SPLA, Samson Kwaje, cité par l’«East African». «L’argent vient de ces enfants américains. Mais qui l’encaisse ?», s’interroge-t-il. Au sein de la SPLA, le rapide enrichissement de certains cadres grâce aux «faux esclaves» aura donc créé des envieux.
L’enquête de l’«East African» cite un commandant basé sur le front de Bahr el Ghazal, Paul Malong, qui se seraient acheté 40 femmes grâce à des faux esclaves vendus à CSI. L’on ne sait pas si les femmes de ce commandant ont plus de liberté que des esclaves. La question ne se pose d’ailleurs pas dans la mesure ou la SPLA est massivement soutenu par les États-Unis et la Grande Bretagne depuis le Kenya et l’Ouganda afin officiellement de «freiner» l’expansion de l’Islam en Afrique noire.
Le rachat des esclaves dans les territoires tenus par la SPLA a d’ailleurs été soutenu par le gouvernement Clinton, en témoigne la visite en septembre 2000 de Madeleine Albright, à l’époque secrétaire d’État, dans une école du Colorado où elle a félicité des élèves de sixième d’avoir donné leur argent de poche pour le rachat des esclaves au Soudan.
Plusieurs organisations internationales s’élèvent pourtant depuis des années contre cette pratique. Ainsi du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF). «Alors que l'UNICEF comprend le souci humanitaire instinctif des écoliers aux États-Unis et d'autres personnes de racheter la liberté des esclaves, la triste vérité est que ces efforts ne mettront pas un terme à l'esclavage d'êtres humains», déclarait déjà Carol Bellamy, le directeur de ce Fonds, lors d’une déclaration sur l’esclavage au Soudan, en mars 1999. «De toute évidence, la pratique consistant à payer pour récupérer des enfants et des femmes réduits en esclavage ne s'attaque pas aux causes fondamentales de l'esclavage au Soudan : la guerre civile et ses corollaires de criminalité», soulignait-elle.
Dans une analyse sur l’esclavage au Soudan parue la même année, Human Right Watch, se montrait encore plus accusatrice vis-à-vis de ce marché aux esclaves international initié par quelques associations protestantes proches du SPLA. «De plus en plus d’esclaves sont rachetés», dénonçait cette organisation de droit de l’homme basée à New York. «Le fait de savoir qu’il existe des étrangers (qui ont probablement de larges poches) désireux de payer pour libérer des esclaves ne peut qu’encourager des individus sans scrupules à faire des affaires grâce à ces rachats», analysait-t-elle.
«Le processus du rachat risque d’être entaché de fraude», poursuit cette ONG. «Les rachats se font désormais sans aucune référence à des listes d’enfants et de femmes effectivement disparues…Des intermédiaires sans scrupules pourraient «emprunter» des enfants dans le but d’élargir des groupes d’esclaves (et en cela augmenter les bénéfices du rachat)», explique-t-elle.
Ainsi, un missionnaire italien cité par l’«East African», Mario Riva, a-t-il été été le témoin d’une opération de rachat d’esclaves par CSI entre les villes de Larial Bai et Nyamlell, au sud soudan. A la différence de la plupart des occidentaux présents au sud Soudan, Mario Siva parle parfaitement le Dinka, la langue des rebelles de la SPLA. Il a donc compris ce jour là que les prétendus esclaves rassemblés ce jour-là pour être rachetés par CSI avaient été «collectés en échange d’une promesse d’argent. C’est une sorte de business», remarque-t-il.
Le plus révélateur sur le caractère de telles transactions c’est que les responsables Dinkas du SPLA organisent les reventes des faux esclaves Dinkas qui sont eux-mêmes de vrais Dinkas. Une affaire de famille en quelque sorte.
A en croire l’enquête parue la semaine dernière dans l’«East African», l’escroquerie est grossière : de faux esclaves, encadrés par de faux marchands arabes, sont revendus en moyenne 50 dollars chacun dans les territoires Dinka de la SPLA à des organisations chrétiennes financés en grande partie par des écoliers américains crédules. Bilan : des millions de dollars détournés ces dernières années par la rébellion sudiste et un marché aux esclaves plus florissant que jamais.
L’existence d’un trafic d’esclave au Soudan est pourtant bien réel. Les témoignages abondent sur la brutalité des enlèvements. Ils ont généralement lieux au cours des nombreux raids commis par des milices formés au sein du peule nomade Baggara et soutenues par Khartoum pour affaiblir la SPLA. Ces milices sont généralement appelées Murahilin (de l'arabe Marahil, nomade). «Ils ont brûlé nos maisons et ont volé nos troupeaux», se souvient Amona, une jeune Dinka qui a été enlevé par l’une de ces milices en 1997. «Tous ceux qui ont tenté de fuir ont été tués ainsi que tous les hommes, parce que les attaquants croyaient qu’ils allaient devenir des guerriers. Je fus ligoté avec 16 autres et tirée par un cheval jusqu’à Sitep», se souvient-elle. Après des semaines de voyage à pied, Amon est arrivé dans une famille où elle servit de bonne et où elle fut obligée de se rendre à la mosquée, rapporte Christian Solidarity International (CSI).
Un racket organisé au plus haut niveau
Depuis 1995, cette seule organisation protestante basée en Suisse a racheté 63 000 prétendus esclaves pour environ 50 dollars chacun dans les territoires tenus par la rébellion sudiste. Certains étaient de vrais esclaves, comme Amona, mais beaucoup d’autres étaient des habitants du coin recrutés pour la circonstance par des rebelles connus par ailleurs pour leur absence de scrupules et notamment pour des détournements massifs et systématiques de l’aide humanitaire.
«C’est un vrai racket, organisé au plus haut niveau», a récemment dénoncé le porte-parole de la SPLA, Samson Kwaje, cité par l’«East African». «L’argent vient de ces enfants américains. Mais qui l’encaisse ?», s’interroge-t-il. Au sein de la SPLA, le rapide enrichissement de certains cadres grâce aux «faux esclaves» aura donc créé des envieux.
L’enquête de l’«East African» cite un commandant basé sur le front de Bahr el Ghazal, Paul Malong, qui se seraient acheté 40 femmes grâce à des faux esclaves vendus à CSI. L’on ne sait pas si les femmes de ce commandant ont plus de liberté que des esclaves. La question ne se pose d’ailleurs pas dans la mesure ou la SPLA est massivement soutenu par les États-Unis et la Grande Bretagne depuis le Kenya et l’Ouganda afin officiellement de «freiner» l’expansion de l’Islam en Afrique noire.
Le rachat des esclaves dans les territoires tenus par la SPLA a d’ailleurs été soutenu par le gouvernement Clinton, en témoigne la visite en septembre 2000 de Madeleine Albright, à l’époque secrétaire d’État, dans une école du Colorado où elle a félicité des élèves de sixième d’avoir donné leur argent de poche pour le rachat des esclaves au Soudan.
Plusieurs organisations internationales s’élèvent pourtant depuis des années contre cette pratique. Ainsi du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF). «Alors que l'UNICEF comprend le souci humanitaire instinctif des écoliers aux États-Unis et d'autres personnes de racheter la liberté des esclaves, la triste vérité est que ces efforts ne mettront pas un terme à l'esclavage d'êtres humains», déclarait déjà Carol Bellamy, le directeur de ce Fonds, lors d’une déclaration sur l’esclavage au Soudan, en mars 1999. «De toute évidence, la pratique consistant à payer pour récupérer des enfants et des femmes réduits en esclavage ne s'attaque pas aux causes fondamentales de l'esclavage au Soudan : la guerre civile et ses corollaires de criminalité», soulignait-elle.
Dans une analyse sur l’esclavage au Soudan parue la même année, Human Right Watch, se montrait encore plus accusatrice vis-à-vis de ce marché aux esclaves international initié par quelques associations protestantes proches du SPLA. «De plus en plus d’esclaves sont rachetés», dénonçait cette organisation de droit de l’homme basée à New York. «Le fait de savoir qu’il existe des étrangers (qui ont probablement de larges poches) désireux de payer pour libérer des esclaves ne peut qu’encourager des individus sans scrupules à faire des affaires grâce à ces rachats», analysait-t-elle.
«Le processus du rachat risque d’être entaché de fraude», poursuit cette ONG. «Les rachats se font désormais sans aucune référence à des listes d’enfants et de femmes effectivement disparues…Des intermédiaires sans scrupules pourraient «emprunter» des enfants dans le but d’élargir des groupes d’esclaves (et en cela augmenter les bénéfices du rachat)», explique-t-elle.
Ainsi, un missionnaire italien cité par l’«East African», Mario Riva, a-t-il été été le témoin d’une opération de rachat d’esclaves par CSI entre les villes de Larial Bai et Nyamlell, au sud soudan. A la différence de la plupart des occidentaux présents au sud Soudan, Mario Siva parle parfaitement le Dinka, la langue des rebelles de la SPLA. Il a donc compris ce jour là que les prétendus esclaves rassemblés ce jour-là pour être rachetés par CSI avaient été «collectés en échange d’une promesse d’argent. C’est une sorte de business», remarque-t-il.
Le plus révélateur sur le caractère de telles transactions c’est que les responsables Dinkas du SPLA organisent les reventes des faux esclaves Dinkas qui sont eux-mêmes de vrais Dinkas. Une affaire de famille en quelque sorte.
par Gabriel Kahn

