Trafic d''armes
Jacques Monsieur bientôt jugé en Europe
Après 18 mois passés derrière les barreaux d’une prison iranienne, le marchand d’armes Jacques Monsieur a quitté Téhéran. Destination: Bruxelles, mais il a été arrêté à Istanbul lors d’une escale.
Est-ce la fin d’une longue carrière ou une simple parenthèse judiciaire ? Marchand d’armes, agent secret et logisticien hors pair, Jacques Monsieur a fait un pas vers la liberté en quittant l’Iran la semaine dernière, où il était en prison depuis un an et demi. Ce Belge de 49 ans ne regrettera pas ses anciens amis iraniens. En décembre 2001, un tribunal militaire de Téhéran l’avait condamné, à l’issue d’un procès à huis clos, à 10 ans de réclusion criminelle. Peine commuée en une amende de 400 000 dollars, moyennant quoi il abandonnait toute possibilité d’appel. Samedi 11 mai, Jacques Monsieur est arrêté par les policiers d’Istanbul à sa descente d’avion. Le marchand d’armes, ses geôliers et les services de renseignements occidentaux auront donc mis cinq mois pour trouver un accord sur les conditions de son retour en Europe. Mais, apparemment, tout ne s’est pas déroulé comme il l’aurait souhaité.
D’après l’agence de presse turque Anatolie, Jacques Monsieur n’a pas de passeport, mais un simple «document de voyage» délivré par le consulat belge de Téhéran lorsqu’il arrive à Istanbul. Il serait alors accompagné par un diplomate. D’après son avocat français, des contacts ont bien eu lieu avec les autorités belges. «Comme il n’y a pas de vol direct entre Téhéran et Bruxelles, explique maître Hervé Cabeli, et que la coordination avec les autorités belges n’a pas pu aboutir, il a pris une correspondance pour la Turquie…». Manifestement, les policiers turcs n’ont pas été pris de court, car les services de renseignements français les avaient alerté du passage du marchand d’armes.
Deux mandats d’arrêt internationaux
Sous le coup de deux mandats d’arrêts internationaux -l’un émis par les Belges, l’autre par les Français- cet homme petit, discret et d’apparence très ordinaire n’avait donc aucune chance de passer inaperçu. Mais sa situation judiciaire est encore très floue: contrairement aux informations publiées par le quotidien belge Le Soir, il semble que Jacques Monsieur a été arrêté sur exécution du mandat d’arrêt lancé par le seul magistrat à l’avoir longuement interrogé, le juge français Gérard Canolle. En théorie, le premier arrivé est le premier servi. C’est donc vers Bourges, dans le Cher, qu’il devrait être extradé. Seulement voilà, les Belges aimeraient bien récupérer ce justiciable qui leur a toujours échappé. Dans les années 80, une demi-douzaine de magistrats instructeurs se sont cassés les dents sur le cas de ce courtier en armes de guerre, ancien des services de renseignements militaires (SDRA) et pivot de l’Irangate.
Mais la Convention d’extradition a envisagé les cas complexes. Deux autres critères seront déterminants : la nationalité de Jacques Monsieur et son profil de marchand d’armes. Le juge turc chargé de statuer sur ce cas encombrant devra alors faire preuve d’un sens politique aigu, dans un pays où les militaires américains sont très présents. Les avocats de Jacques Monsieur, eux, ont choisi: ce sera la Belgique. Il est vrai que la France, en décidant de porter plainte pour «commerce illicite d’armes» en 1998, par le biais de son ministre de la Défense, Alain Richard, avait clairement signé son intention de lâcher le marchand belge.
A Bruxelles, Jacques Monsieur a déjà été jugé à l’automne dernier pour des faits connexes à son activité. Un jugement par défaut (incarcéré à Téhéran, il ne pouvait répondre à la convocation du tribunal) qui ouvre la voie à un nouveau procès, devant la même juridiction. Il semble donc croire que le sort lui sera plus favorable du côté de Bruxelles. Quel que soit le scénario retenu, une confession publique à la barre d’un tribunal serait sans doute très instructive. Cet homme passionné par les chevaux lusitaniens pourrait alors raconter les dessous et les ressorts du trafic d’armes. Comment il a pu livrer des missiles Tow à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël… Comment il s’est installé en France, en 1992, pour organiser les livraisons d’armes iraniennes aux soldats bosniaques et croates pendant le conflit des Balkans… Comment aussi il a pu s’introduire dans les réseaux d’Elf Aquitaine chargés de fournir les troupes du Congolais Pascal Lissouba pendant la guerre civile de 1997… Autant d’épisodes souterrains et méconnus de la diplomatie occidentale.
D’après l’agence de presse turque Anatolie, Jacques Monsieur n’a pas de passeport, mais un simple «document de voyage» délivré par le consulat belge de Téhéran lorsqu’il arrive à Istanbul. Il serait alors accompagné par un diplomate. D’après son avocat français, des contacts ont bien eu lieu avec les autorités belges. «Comme il n’y a pas de vol direct entre Téhéran et Bruxelles, explique maître Hervé Cabeli, et que la coordination avec les autorités belges n’a pas pu aboutir, il a pris une correspondance pour la Turquie…». Manifestement, les policiers turcs n’ont pas été pris de court, car les services de renseignements français les avaient alerté du passage du marchand d’armes.
Deux mandats d’arrêt internationaux
Sous le coup de deux mandats d’arrêts internationaux -l’un émis par les Belges, l’autre par les Français- cet homme petit, discret et d’apparence très ordinaire n’avait donc aucune chance de passer inaperçu. Mais sa situation judiciaire est encore très floue: contrairement aux informations publiées par le quotidien belge Le Soir, il semble que Jacques Monsieur a été arrêté sur exécution du mandat d’arrêt lancé par le seul magistrat à l’avoir longuement interrogé, le juge français Gérard Canolle. En théorie, le premier arrivé est le premier servi. C’est donc vers Bourges, dans le Cher, qu’il devrait être extradé. Seulement voilà, les Belges aimeraient bien récupérer ce justiciable qui leur a toujours échappé. Dans les années 80, une demi-douzaine de magistrats instructeurs se sont cassés les dents sur le cas de ce courtier en armes de guerre, ancien des services de renseignements militaires (SDRA) et pivot de l’Irangate.
Mais la Convention d’extradition a envisagé les cas complexes. Deux autres critères seront déterminants : la nationalité de Jacques Monsieur et son profil de marchand d’armes. Le juge turc chargé de statuer sur ce cas encombrant devra alors faire preuve d’un sens politique aigu, dans un pays où les militaires américains sont très présents. Les avocats de Jacques Monsieur, eux, ont choisi: ce sera la Belgique. Il est vrai que la France, en décidant de porter plainte pour «commerce illicite d’armes» en 1998, par le biais de son ministre de la Défense, Alain Richard, avait clairement signé son intention de lâcher le marchand belge.
A Bruxelles, Jacques Monsieur a déjà été jugé à l’automne dernier pour des faits connexes à son activité. Un jugement par défaut (incarcéré à Téhéran, il ne pouvait répondre à la convocation du tribunal) qui ouvre la voie à un nouveau procès, devant la même juridiction. Il semble donc croire que le sort lui sera plus favorable du côté de Bruxelles. Quel que soit le scénario retenu, une confession publique à la barre d’un tribunal serait sans doute très instructive. Cet homme passionné par les chevaux lusitaniens pourrait alors raconter les dessous et les ressorts du trafic d’armes. Comment il a pu livrer des missiles Tow à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël… Comment il s’est installé en France, en 1992, pour organiser les livraisons d’armes iraniennes aux soldats bosniaques et croates pendant le conflit des Balkans… Comment aussi il a pu s’introduire dans les réseaux d’Elf Aquitaine chargés de fournir les troupes du Congolais Pascal Lissouba pendant la guerre civile de 1997… Autant d’épisodes souterrains et méconnus de la diplomatie occidentale.
par David Servenay
Article publié le 18/05/2002 Dernière mise à jour le 18/05/2002 à 00:00 TU

