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France Afrique

La politique de la France a-t-elle évolué ?<br>

Depuis la mutinerie d’une partie de l’armée, le 19 septembre, le rôle de la France, présente militairement en Côte d’Ivoire, est sujet à des interprétations diverses. La rue condamne la France, pendant que les politiques se félicitent de son attitude. Le ministre ivoirien de la Défense, Lida Kouassi résume la situation en parlant de «dépit amoureux».

Dès les premières heures de la mutinerie le 19 septembre, et face au désarroi de l’armée régulière l’appel au secours des Abidjanais s’adressait directement à la France. Elle a, sur place, une garnison de quelque 600 hommes et «pourrait bien faire quelque chose». Mais elle n’a pas bougé, ne voulant pas s’impliquer dans une «affaire ivoiro-ivoirienne» selon Michèle Allilot-Marie, la ministre française de la Défense. Cette ligne politique n’a pas varié malgré les appels des militants du FPI jugeant le laisser-faire de la France comme une complicité, alors qu’elle offre par ailleurs une protection, au leader de l’opposition, Alassane Ouattara, qui a trouvé refuge dans son ambassade. Le seul déploiement des forces françaises a consisté au rapatriement des ses ressortissants et des étrangers qui souhaitent partir des villes occupées par les mutins.

Cette attitude est mise en parallèle avec l’insurrection militaire du 24 décembre 1999 qui a conduit à la chute de du président Henri Konan Bédié. Le général Guéï porté à la tête de l’Etat avait tout juste consenti que l’armée française protège le président déchu, pour le conduire sur le chemin de l’exil. Mais qu’est-ce qui a changé par rapport aux actuels événements ? Le contexte de chaque événement porte la réponse de l’attitude française qui fondamentalement n’a pas changé.

En 1999, la France était présidée par un homme, Jacques Chirac, qui n’était pas du même bord politique que son Premier ministre, Lionel Jospin, qui gouvernait le pays. La «cohabitation» accordait à l’un et l’autre des domaines réservés. Le président de la République qui s’impliquait beaucoup dans la conduite de la politique étrangère, ne pouvait en l’occurrence engager l’armée de son pays sans un accord du Premier ministre et de son ministre de la Défense. En effet, fallait-il intervenir ou non en Côte d’Ivoire en décembre 1999, pour sauver le président légalement élu ? Jacques Chirac et Lionel Jospin en ont débattu, pour arriver aux mêmes conclusions. Non !

La rupture n’est pas franche

L’un, conseillé par l’actuel ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, sortait déjà des vieux réseaux de la France coloniale, savamment entretenus par Jacques Foccart, pour entrer dans une vue plus moderne des relations de la France avec ses anciennes colonies. L’autre, par principe, ne voulait plus que son pays soit accusé de maintenir en place des régimes honnis par les populations. Des exemples récents convainquent les deux têtes de l’exécutif français de tirer des leçons de l’expérience rwandaise, où le soutien accordé à un régime peut se transformer en une gigantesque manipulation. Un génocide. Le traumatisme laissé par ces événements pousse la France, malgré les convictions des uns et des autres, à reconsidérer entièrement sa politique d’assistance militaire en Afrique. Ces réflexions sont à l’origine de la mise en place du programme RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Ce programme créé en 1997 permet à la plupart des pays africains qui y adhèrent de participer à des opérations de formation des armées pour un maintien de la paix sur le continent. Selon le ministère français de la Défense, le RECAMP est «un outil dans le cadre de la politique française de sécurité et de défense en Afrique».

Aujourd’hui encore le même principe fonctionne. En Côte d’Ivoire, les forces françaises sont intervenues pour exfiltrer les Français et étrangers. C’est un fait. Mais certains observateurs voient dans le maintien des forces françaises dans certaines zones, après l’évacuation des candidats au départ, une vraie évolution de la notion de «non-ingérence» dans les affaires intérieures des pays africains. Il est vrai que la présence des troupes françaises à quelques encâblures de Bouaké, et sur la route de Yamoussoukro a freiné la progression des mutins. Ils auraient conclu avec les Français un accord de laisser-faire réciproque, qu’on pourrait résumer par la formule: «récupérez les vôtres et partez».

Mais la présence dissuasive de quelques détachements des troupes françaises a fait dire à certains mutins qu’ils ont été «trahis» par la France. L’envoi sur place par la France d’un commandement opérationnel sème le doute chez les mutins. Mais la diplomatie française se récupère en poussant au dialogue, décidé lors du sommet de la CEDEAO à Accra, le 29 septembre. Elle fait des mutins de vrais interlocuteurs. Mais on ne pourrait mesurer un vrai changement de politique qu’après le règlement total de la crise ivoirienne. Pour l’instant la rupture n’est pas franche.




par Didier  Samson