Union africaine
Konaré veut éviter la dispersion des efforts

(Photo : AFP)
En liant l’emploi et la pauvreté pour en faire un thème de débat au plus haut niveau politique, la Commission de l’Union africaine veut ramener les décideurs africains aux «fondamentaux» de la gouvernance et de la gestion d’un Etat. Procéder par petites touches sans heurter la susceptibilité des hommes d’Etat est le credo du président de la commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, qui veut faire prendre à chaque dirigeant des pays africains un engagement sur une orientation commune. C’est pourquoi, à l’issue de la rencontre de Ouagadougou, un mécanisme de suivi des recommandations sera mis sur pied.
En effet, les programmes pour une « éradication » de la pauvreté en Afrique sont légion. Ils sont lancés à grand renfort de publicité révélant paradoxalement le caractère exceptionnel des œuvres engagées. Or, elles devraient être «normales» et constituer la raison d’être des élus. Mais conscients que les mots n’ont pas la même signification selon les lieux où ils sont prononcés, et que leur poids ne dissuade pas les dirigeants africains qui les utilisent, les experts de l’Union africaine ont mis la pédale douce sur certains engagements réalisables par tous. C’est dans cet esprit que le ministre de l’Emploi du Burkina Faso, Alain Ludovic Thou, lors des travaux des ministres, a préféré parler d’engagements pour «atténuer les effets de la pauvreté» et non plus de «l’ambition d’éradiquer définitivement la pauvreté».
L’emploi contre la pauvretéPlusieurs aspects du problème sont soumis à la réflexion des dirigeants africains dont «le marché de l’emploi». Selon certaines études, les trois quarts de la population active en Afrique seraient au chômage. Pourquoi ? En y répondant les dirigeants africains verraient eux-mêmes que les difficultés résident dans la faiblesse des économies et leur incapacité à créer de la richesse interne. Pendant longtemps la richesse s’est déclinée en exportation de ressources minières et de produits agricoles, toutes choses dont le prix et la transformation échappent aux vendeurs. Une politique de l’emploi ne peut être menée que si l’orientation des économies n’est pas tournée en partie vers un marché propre.
Plusieurs études du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Bureau international du travail (BIT) soulignent que sur 55 pays des plus pauvres au monde, 33 sont en Afrique sub-saharienne. Les travailleurs, entre 46 et 62% de la population active «sont privés de tout espoir de gagner décemment leur vie». Ces chiffres inquiètent la commission de l’Union africaine qui craint que les objectifs de réduction de moitié de la pauvreté d’ici en 2015 ne puissent être tenus si la capacité à créer des emplois n’est pas renforcée. Nombreux sont les économistes qui suggèrent pour cela, un autre regard sur le «fameux secteur informel». Cette économie parallèle que l’officielle n’intègre que par les chiffres de la consommation qu’elle génère.
La commission de l’Union africaine, sur ce terrain reprend la main au Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (NEPAD) au sein duquel les mêmes thèmes sont abordés. Sans opposer les démarches, le président de la commission de l’Union africaine veut les rendre complémentaires. La philosophie générale du NEPAD se tourne plutôt vers la compétitivité sur le marché international, ce qui devrait offrir à l’Afrique une place de choix dans le commerce mondial et elle en tirerait ainsi un bénéfice certain pour son développement. Or, les différents séminaires de l’UA permettent de penser tout le contraire. Elle mise plutôt sur un renforcement du marché inter-africain.par Didier Samson
Article publié le 07/09/2004 Dernière mise à jour le 08/09/2004 à 07:10 TU



