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Etats-Unis

Face-à-face Bush-Kerry à la télévision

L'Université de Miami attend ses débatteurs pour leur premier duel télévisé. 

		(Photo : AFP)
L'Université de Miami attend ses débatteurs pour leur premier duel télévisé.
(Photo : AFP)
George Bush et John Kerry s’affrontent ce jeudi une heure et demie lors du premier des trois débats télévisés de la campagne présidentielle, consacré à la politique étrangère.

Il ne reste plus que trente-quatre jours avant l’élection présidentielle et tous les sondages donnent désormais une confortable avance au président sortant. L’avantage dont bénéficiait au printemps son concurrent démocrate a fondu depuis le milieu de l’été et John Kerry n’a pas su tirer durablement parti de l’effet de la convention démocrate qui l’a adoubé ainsi que son colistier John Edwards. Dans les semaines qui ont suivi, le tandem Bush-Cheney a repris le dessus et ne l’a jamais perdu depuis, même si dans certains sondages, l’avance de Bush reste comprise dans la marge d’erreur statistique.

Pour autant, les jeux ne sont pas faits et George W Bush n’est pas encore assuré du renouvellement de son bail à la Maison Blanche pour les quatre années à venir. D’abord parce que le nombre d’indécis est particulièrement élevé et qu’une inconnue majeure est le nombre d’électeurs qui se déplaceront effectivement le jour du scrutin. Ensuite, l’opinion américaine est notoirement volatile et la tendance peut s’inverser brutalement, comme l’ont appris à leur dépens nombre de candidats qui avaient le vent en poupe. Enfin, parce que le résultat de l’élection se joue non pas à l’échelle du pays, mais dans quelques États-pivots, les swing states, qui feront basculer le pays tout entier dans un sens ou dans l’autre.

Le débat entre les deux candidats n’est donc pas une simple formalité. Le sort des urnes (et par voie de conséquence, des Etats-Unis et du reste du monde) peut parfaitement se jouer sur une maladresse de l’un des protagonistes, ou au contraire, sur une habile répartie. Les deux candidats sont des bretteurs rompus aux joutes oratoires, mais ils ne jouent pas selon les mêmes règles. John Kerry est un débatteur classique, maîtrisant bien ses dossiers, qui peut faire mouche face à un adversaire moins coriace. Mais il ne commettra sûrement pas l’erreur de sous-estimer George Bush, aux méthodes moins orthodoxes, mais à l’efficacité redoutable.

Confronté à des questions précises ou à une argumentation visant à le mettre en difficulté, George Bush s’en tient strictement à message simple qui tient en quelques phrases, qu’il martèle avec constance sans se laisser écarter de la partition écrite par avance. Cependant, il peut aussi se révéler un improvisateur de talent pour déstabiliser le journaliste ou son adversaire et mettre les rieurs de son côté. Les mimiques de son visage, particulièrement expressif, valent également tout un discours. C’est ce qui s’est passé en 2000 avec son concurrent démocrate Al Gore, dont l’expérience des affaires de l’État était incomparablement supérieure à celle de Bush. Mais sa condescendance manifeste à l’égard de celui qui n’était alors que le gouverneur du Texas a choqué l’électeur de base qui s’est davantage identifié à l’« Américain moyen » que Bush prétendait incarner.

Du rôle de challenger à celui de président sortant

Al Gore fait partie des nombreux volontaires qui se sont proposés pour conseiller John Kerry avant le débat afin qu’il ne commette pas les mêmes erreurs. Kerry est donc dans une passe difficile et il le sait. Mais Bush, malgré son avance, n’est pas nécessairement tiré d’affaire. Voici quatre ans, il était dans la situation du challenger et pouvait plus facilement s’en tirer avec des formules. Aujourd’hui président sortant, il porte le poids de ses décisions et c’est autant un avantage qu’un inconvénient. Le bourbier irakien en est évidemment le point faible. Colin Powell, son secrétaire d’État, vient de déclarer que la situation s’aggravait en Irak alors que Bush et le Premier ministre irakien Allaoui venaient d’affirmer le contraire.

Il se peut que les vieilles recettes qui ont si bien réussi jusqu’à présent à George W Bush ne fonctionnent plus si Kerry parvient à imposer les thèmes de discussion et surtout, s’il parvient à surprendre et à « fendre l’armure », pour reprendre l’expression utilisée naguère par Lionel Jospin, un autre candidat réputé « austère ». D’autant que, distancé dans les sondages, Kerry pourrait estimer que n’ayant plus rien à perdre, il peut –et doit– se permettre de prendre des risques, contrairement à la réputation de girouette qu’a réussi à lui tailler l’équipe de Bush.

Loin d’être une formalité dans la campagne, ce premier des trois débats qui vont opposer les deux candidats est en tout cas pris suffisamment au sérieux pour que leurs deux équipes de campagne aient négocié de longues semaines durant le protocole de cette joute qui se traduit par un texte d’une trentaine de pages ne laissant aucun détail au hasard.



par Olivier  Da Lage

Article publié le 30/09/2004 Dernière mise à jour le 30/09/2004 à 12:57 TU