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Etats-Unis

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Le Démocrate John Kerry face au Républicain George Bush lors de leur premier débat 

		(Photo : AFP)
Le Démocrate John Kerry face au Républicain George Bush lors de leur premier débat
(Photo : AFP)
Mais pas de KO… Dominant, articulé, sûr de lui, le candidat démocrate est parvenu au cours du premier de trois débats à mieux expliquer sa position sur le dossier irakien, poussant George Bush dans ses retranchements. Le président s’en est tenu à sa ligne de conduite habituelle, affichant une détermination inébranlable et caricaturant son opposant en girouette.
De notre correspondant à New York

C’est un moment précieux parce que rare. Pour la première fois de la campagne, les deux candidats à la présidentielle étaient face à face, sans discours auquel se raccrocher, sans questions préparées à l’avance, et sans conseillers pour souffler les réponses à leurs oreilles. Débarrassés de leurs oripeaux, George Bush et John Kerry se sont opposés dans un face-à-face intense de 90 minutes sur les questions de politique étrangère, et principalement sur l’Irak. Ceux qui guettaient la gaffe rédhibitoire ou le faux pas fatal en sont pour leurs frais. Aucun des candidats n’a commis l’irréparable et tous deux restent dans la course.

Mais dans ce type d’exercice, le comportement des candidats, la façon dont ils se tiennent et réagissent a souvent plus de poids que les arguments qu’ils avancent. John Kerry était posé, combatif, éloquent et précis, toujours maître de lui et parfois un brin narquois, mais jamais hautain. George Bush était impatient, agacé, hésitant, trop souvent décousu dans son propos, martelant son message sans vraiment répondre aux questions. Les fameux électeurs indécis ont-ils perçu cela ? Les premiers sondages, quoique peu fiables, semblaient l’indiquer. Si vainqueur de ce duel il doit y avoir, il est certainement démocrate.

Un peu comme avant un match de boxe, l’exercice est entouré de beaucoup d’excitation et de spéculations. Les règles précises du débat, contenues sur 32 pages et détaillant la distance entre les candidats, l’éclairage, la couleur du fond (etc.), sont faites pour éviter une confrontation directe. Les candidats n’ont pas le droit de s’interpeller, et une petite lumière verte, puis orange et enfin rouge leur indique quand leur temps de parole touche à son terme. Dans un silence de mort, l’interviewer, le renommé Jim Lehrer, adresse la première question à John Kerry. Feriez-vous mieux que le président Bush pour éviter à l’Amérique un nouveau 11 septembre ? La machine Kerry pense, et se met en branle doucement. Puis il déroule son programme méthodiquement. « Nous n’avions pas besoin d’une réduction d’impôt,  l’Amérique a besoin d’être plus sûre » lance-t-il. Qu’on ne s’y trompe pas, lui aussi peut montrer du muscle. A la manière de son opposant, il promet de « traquer » et de « tuer » les terroristes.

Question identique à George Bush : l’Amérique serait-elle moins sûre avec John Kerry ? La remarque n’est pas anodine. Le vice-président Dick Cheney a insinué qu’une administration démocrate au pouvoir risquait d’attirer un nouveau 11 septembre. Mais le président américain ne répond pas. Selon lui, la question ne se pose pas parce que John Kerry ne gagnera pas. Au cours de sa non-réponse, dans un de ses « bushismes » qui l’on rendu célèbre, il mélange deux expressions, pour caricaturer ceux qui n’ont pas tiré les leçons des attentats du 11 septembre : « être 10 septembre » et « être pré-11 septembre ». Cela devient dans la bouche du président être « pré-10 septembre ».

Un débat centré sur l'Irak

Très vite, l’essentiel du débat se porte sur l’Irak. « Je regrette de le dire, mais ce président a fait une erreur de jugement colossale, et le jugement est ce que l’on cherche dans un Président des États-Unis », lance John Kerry. Oui, Saddam Hussein représentait un danger, oui, il fallait voter pour donner à George Bush l’autorité d’entrer en guerre, explique le candidat démocrate, mais le président Bush s’est précipité tête baissée vers la guerre sans donner une chance à la diplomatie, sans former une alliance solide, et « sans plan pour gagner la paix ». « Je pense que nous avons besoin d’un président assez crédible pour pouvoir ramener les alliés à la table et pour faire ce qui est nécessaire pour que l’Amérique ne soit pas seule dans cette tâche », assène-t-il. Rompu à l’art de la discussion par ses années de collège dans des équipes de débat, John Kerry fait une référence au « papa » de George Bush, qui avait lui refusé d’envahir Bagdad, parce que, a-t-il écrit, il n’y avait pas de porte de sortie.

Secouant la tête, George Bush réplique. Sa défense s’articule autour de deux axes : 1 John Kerry change constamment d’opinion, il a voté pour la guerre, avant de voter contre l’argent nécessaire pour la financer, il multiplie les déclarations contradictoires, c’est une girouette. « La seule chose de constante dans la position de mon opposant est qu’il est inconstant. Il change de position. Vous ne pouvez pas changer de positions dans cette guerre contre la terreur si vous voulez gagner », martèle-t-il (Kerry reconnaîtra ses torts. « J’ai commis une erreur dans ma façon de parler de la guerre, mais le président a commis une erreur en envahissant l’Irak. Où est le pire ? »). 2 Ses déclarations sapent le travail sur place des troupes. « Je ne vois pas comment on peut diriger ce pays vers la victoire en Irak si l’on dit que c’est la mauvaise guerre au mauvais endroit. Quel message cela envoie-t-il à nos troupes ? Quel message cela envoie-t-il à nos alliés ? Quel message cela envoie-t-il aux Irakiens ? », demande-t-il.

Pour prouver qu’il serait un meilleur commandant en temps de guerre, John Kerry utilise son expérience de vétéran du Vietnam, mais par petites touches délicates, sans en abuser. Il s’attache à bien séparer la guerre en Irak de la lutte contre le terrorisme et Oussama Ben Laden, que l’administration aurait laissé fuir par maladresse, en déléguant aux forces afghanes le soin de le capturer. Il reprend le président quand ce dernier avance que les États-Unis ont envahi l’Irak parce qu’ils avaient été attaqués. Le président Bush, lui, confond Oussama Ben Laden et Saddam Hussein et s’enferre dans de vagues déclarations sur les vertus de la liberté dans le monde.

John Kerry poursuit ses attaques sur le danger des matériaux radioactifs hérités de l’URSS – il se vante d’avoir écrit un livre sur le sujet – reproche au président d’avoir laissé la Corée du Nord se doter d’armes nucléaires (qu’elle avait probablement déjà, oublie de dire John Kerry) et l’Iran progresser dans cette voie pendant qu’il avait le nez sur Bagdad, et de donner un mauvais exemple au reste du monde en parlant de développer de nouvelles armes nucléaires, par exemple pour percer des bunkers. John Kerry est clair, il argumente et conclut toujours ses remarques d’une phrase slogan. Le président, lui, semble toujours finir péniblement son propos, attendant la petite lumière rouge comme un gong libérateur. Lorsqu’il tente de montrer qu’il est à l’aise sur les questions internationales, il sonne faux. « J’ai une bonne relation avec Vladimir », dit-il du président Poutine. Kerry, lui, joue de ses années d’expérience au Sénat sur les questions étrangères et évoque ses souvenirs, comme la visite du KGB après la chute de l’empire soviétique.

Les candidats s’accordent sur peu de choses, mais tous deux estiment qu’un génocide est en cours au Darfour, John Kerry n’écartant pas, si les circonstances l’exigent, une intervention américaine. Ils reconnaissent l’un à l’autre certaines qualités et complimentent leurs familles respectives. Curieusement, au terme d’une journée au cours de laquelle 48 personnes sont mortes en Irak dont 34 enfants, le débat porte peu sur la situation actuelle et sur les façons de l’améliorer. A chaud, la plupart des commentateurs reconnaissaient que John Kerry, plutôt en retard dans les sondages, s’en est bien sorti et va probablement revenir dans la course.

Même sur la chaîne très conservatrice Fox News, on lui reconnaît des allures de « commandant des armées ». Mais saura-t-il maintenir cet avantage dans les prochains débats et le transformer en votes ?



par Philippe  Bolopion

Article publié le 01/10/2004 Dernière mise à jour le 01/10/2004 à 13:26 TU

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Correspondante à Washington

«Le candidat démocrate qui avait été anémié par la Convention vient de reçevoir incontestablement une bouffée d'oxigène.»

[01/10/2004]

Philip Golub

Spécialiste américain des relations internationales, enseignant à Sciences Po et à l'université Paris 8

«Kerry a réussi à faire une critique systématique de la manière dont la présidence actuelle a détournée les États-Unis de la lutte contre le terrorisme international.»

[01/10/2004]