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Etats-Unis

Match nul entre Cheney et Edwards

Un seul débat TV de la campagne présidentielle américaine 2004 a été dédié aux deux co-listiers de Bush et Kerry. (Photo; AFP)
Un seul débat TV de la campagne présidentielle américaine 2004 a été dédié aux deux co-listiers de Bush et Kerry.
(Photo; AFP)
Le débat entre le vice-président Dick Cheney et le prétendant à son poste John Edwards fut dense, tendu et disputé. Le Républicain a insisté sur les revirements opportunistes de la paire démocrate, qui en retour dénonce le chaos en Irak et la situation de l'emploi. George Bush et John Kerry, de nouveau au coude à coude, devront se départager vendredi, pour leur second débat, que le camp présidentiel espère être une revanche.

De notre correspondant à New York

Difficile d'être plus différents. L'un est tout sourire. L'autre est renfrogné. L'un incarne la jeunesse et une certaine légèreté. L'autre personnifie l'expérience et la roublardise. Aucun des deux n'a cédé le moindre pouce de terrain. John Edwards a accusé l'administration Bush de «ne pas avoir été honnête avec le peuple américain» sur le dossier irakien. Reprochant au vice-président d'induire en erreur ses concitoyen, les yeux plantés dans la caméra, il a lentement expliqué que «il n'y a pas de connexion entre les attaques du 11 septembre et Saddam Hussein». Les États-Unis ont selon lui besoin d'un «nouveau départ» pour réussir en Irak, avec l'aide de la communauté internationale.

«Vous n'êtes pas crédibles sur l'Irak à cause des énormes revirements dont vous et John Kerry avez fait preuve encore et toujours au cours de la campagne», a répliqué Dick Cheney. Le vice-président n'a concédé aucune erreur de son administration, et a refusé de commenter les déclarations de Paul Bremer, l'ancien représentant américain en Irak, selon lequel les États-Unis n'avaient pas mis assez de troupes sur le terrain. «Le monde est aujourd'hui un endroit plus sûr parce que Saddam Hussein est en prison, (...) et nous avons fait exactement ce qu'il fallait», a-t-il maintenu.

Le sujet de la compagnie Halliburton, dirigée par Dick Cheney avant qu'il devienne vice-président, a été lancée par la modératrice du débat, la journaliste Gwenn Ifill: «En juin 2000, alors que vous étiez encore PDG d'Halliburton, vous avez dit que les compagnies américaines devrait pouvoir faire des affaires avec l'Iran, parce que, je cite, des sanctions unilatérales ne marchent presque jamais. Après quatre ans de vice-présidence, et maintenant que l'Iran a été inclus dans ‘l'axe du mal’, vous pensez toujours que nous devrions lever nos sanctions contre l'Iran ?» «Non», répond Dick Cheney, avant de se lancer dans une explication confuse.

Attaques personnelles

John Edwards s'engouffre dans la brèche et dénonce une entreprise qui faisait des affaires avec la Libye et l'Iran, est accusée d'avoir «soudoyé des officiels étrangers», qui a «payé des millions de dollars d'amende pour avoir fourni de fausses informations sur leur compagnie, tout comme Enron», et qui a obtenu un «contrat sans appel d'offres de 7,5 milliards de dollars». Dick Cheney se contente de dire que les accusations sont fausses, et renvoie les auditeurs à un site Internet, factcheck.com, qui (œuvre d'un pirate ?) fait en fait office de lien avec un site anti-Bush du milliardaire George Soros.

Assis côte-à-côte, les deux hommes ont parfois des échanges vifs. Les attaques se font personnelles. Froid, incisif, sûr de lui, Dick Cheney livre quelques phrases bien senties, se moquant à plusieurs reprises des absences de son opposant lors des votes au sénat et de ses revirements sur la guerre en Irak, pour laquelle il a voté, avant de se mettre à la critiquer, sous la pression du candidat antiguerre aux primaires démocrates Howard Dean. «S’ils n'ont pas pu faire face aux pressions de Howard Dean, comment peut-on espérer d'eux qu'ils fassent face à Al-Qaïda ?»

John Edwards ne se laisse pas démonter et en bon avocat qu'il est revient invariablement à ses deux lignes d'attaques favorites, sur l'Irak et sur l'emploi. Le président Bush est selon lui le premier président depuis Herbert Hoover à présider à une perte sèche d'emplois sous son administration. Dans un moment un rien théâtral et probablement répété, John Edwards se retourne vers Dick Cheney et lui dit en le fixant : «M. le vice-président, je ne pense pas que le pays puisse supporter quatre ans de plus de ce type d'expérience».

Lorsque le débat est serré, comme ce fut le cas mardi soir, chaque camp tente de clamer la victoire. Les états-majors de campagne encouragent les militants à contacter les médias et participer aux sondages sur Internet pour vanter la prestation de leur champion. Le match nul de mardi soir sert toutefois les Démocrates, qui ont le vent en poupe depuis le débat de jeudi soir au cours duquel John Kerry est apparu beaucoup plus présidentiel, posé et cohérent qu'un George Bush qui semblait agacé, déconcentré et à cours d'arguments. A la suite de sa prestation, John Kerry est remonté en flèche dans les sondages, qui le donnent désormais soit au coude-à-coude avec le président, soit très légèrement en dessous. La deuxième manche aura lieu vendredi soir.

par Philippe  Bolopion

Article publié le 06/10/2004 Dernière mise à jour le 06/10/2004 à 11:21 TU