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Guinée Bissau

L’inquiétude, malgré l’accord

Le véritable défi du président Henrique Rosa est la redéfinition de la place des militaires en Guinée Bissau.(Photo : AFP)
Le véritable défi du président Henrique Rosa est la redéfinition de la place des militaires en Guinée Bissau.
(Photo : AFP)
A Bissau la prudence est de mise après la signature d'un mémorandum d’accords entre les mutins et leur hiérarchie. Officiellement le soulèvement qui a débuté mercredi dernier et provoqué la mort de deux officiers de haut rang est terminé mais, de l'homme de la rue au diplomate, on craint qu'il ne s'agisse que d'un répit.

De notre envoyé spécial à Bissau.

« Je ne crois pas au retour des militaires dans les casernes. A chaque fois c'est la même histoire. Il nous font croire que c'est terminé. Et vous allez voir : dans deux mois il vont recommencer », confie Ousmane, gérant d`un hôtel et qui a connu les pires moments lors du soulèvement de 1998 et 1999.

En quittant la Guinée Bissau, lundi après-midi, le prix Nobel de la paix Jose Ramos Horta n`a pas dit autre chose : « Je suis extrêmement inquiet, la situation peut dégénérer a tout moment si les protagonistes de la crise ne font pas preuve de responsabilité », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Timor Oriental dépêché comme envoyé spécial de la Communauté des pays de langue portugaise. D'ou la proposition du secrétaire exécutif de la CPLP, le capverdien Luis Fonseca, de mettre en place un comité de suivi sur place, en Guinée Bissau, chargé de surveiller le respect du mémorandum d'accords.

L’hypothèque de l’armée

« Tout reste à faire, a reconnu le ministre des Affaires étrangères après l'accord de dimanche soir. Mais nous tenons une occasion de lancer une réforme de l'armée ». Dans l'immédiat il faut reconstituer l'Etat-major, littéralement décapité avec le meurtre du chef des armées, Verissimo Correia Saebra, et la fuite de tous les autres hauts gradés, dont certains sont toujours réfugiés dans des ambassades étrangères, par peur de subir le même sort.

Mais le véritable défi est la redéfinition de la place des militaires en Guinée Bissau. Depuis l'indépendance, l'armée est au centre de tout. C`est elle qui a fait et défait la plupart des dirigeants du pays. Et les évènements de la semaine dernière ont montré qu'elle reste le principal  facteur d'instabilité, d'autant qu'il existe de nombreuses connections entre les militaires et les politiques. Cette connivence remonte au temps du parti unique où l'armée, forte de son image de fer de lance de la libération nationale, s’est confondue avec le parti et l'Etat. Mais avec l'avènement du multipartisme, au début des années 90, les divisions se sont accentuées, et le PRS, mouvement de l'ex-président Kumba Yala (arrivé au pouvoir en 1999 et renversé par le général Correia en septembre 2003), a accentué son emprise sur une grande partie des troupes, majoritairement d'ethnie balante comme lui. Ce qui vaut à l'ancien chef de l'Etat et son entourage le soupçon d'être derrière ce que le président portugais Jorge Sempaio a clairement qualifié de « tentative de coup d'Etat ».

La transformation de l'armée en une force respectueuse de l'ordre républicain est donc urgente. Mais aucun pouvoir n'a jusqu'ici osé s'attaquer de front au problème. Le pouvoir reste l’otage des militaires.

« Ils ont fait la guerre d'indépendance »

« Comme ils ont fait la guerre d'indépendance, certains officiers se sont arrogés tous les droits », souligne un expert militaire africain qui ajoute : « Et en arrivant au pouvoir Kumba Yala a empiré les choses. Il nomme un dizaine de généraux de son ethnie qu'il a littéralement engraissés, sans que la troupe ne touche un franc CFA ».

Aujourd’hui le PAIGC, majoritaire à l'assemblée depuis les législatives de mars dernier, et le PRS se renvoient la responsabilité d'une situation qu'aucun n'a pu –ou voulu – résoudre. Cela fait dire à Idrissa Diallo, leader du Parti de l`Unité nationale et premier à avoir dénoncé ouvertement le meurtre du général Verrissimo Correia, que l'accord de dimanche ne règle rien. « Il faut avoir le courage d'affronter ce problème de l'armée. Il faudrait envoyer des jeunes officiers en formation, par exemple au Brésil, ce qui permettrait ensuite de renouveler la hiérarchie, en mettant à la retraite les nombreux officiers qui ont largement dépassé l'âge de garder l'uniforme, tout en redimensionnant notre armée à la mesure des très faibles  moyens de l'Etat ». A peu de choses près, le leader du Parti de l'Unité Nationale dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas à Bissau. Mais la balle est dans le camp d'un pouvoir politique de facto pris en otage par les militaires.


par Christophe  Champin

Article publié le 12/10/2004 Dernière mise à jour le 12/10/2004 à 16:49 TU