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Sommet de la Francophonie: Ouagadougou 2004

L’eau : améliorer sa disponibilité et son utilisation

On estime qu’actuellement, 1,1 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à une eau potable, et 2,4 milliards à des moyens d’assainissement de base. La communauté internationale s’est engagée à réduire de moitié, d’ici 2015, la proportion de population se trouvant dans ces situations, et la Francophonie participe, avec les compétences qui sont les siennes, à cet effort.

 

Cinquante-cinq experts francophones venus de quinze pays ont planché, en avril 2004 à Ouagadougou (Burkina Faso), sur le thème « Economie de l’eau et développement durable : quelle gouvernance ? », lors d’un colloque organisé par l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF, rattaché à l’Agence intergouvernementale de la Francophonie). Leurs travaux ont débouché sur l’adoption d’un cadre d’action sur l’économie et la gouvernance de la ressource eau, ainsi que sur l’identification d’une banque de projets sur la gestion intégrée des ressources en eau.

Le cadre d’action défini par le colloque vise d’abord à identifier les rôles des différents acteurs, pour mieux les sensibiliser et les former sur les questions de l’eau, afin d’aboutir à une meilleure disponibilité de la ressource. Des formations techniques aux métiers de l’eau viendront renforcer l’organisation des services en charge de l’eau, tant en matière d’accès que d’assainissement. Enfin, les spécialistes présents à Ouagadougou ont insisté sur la nécessité d’étayer les partenariats entre acteurs locaux, nationaux et internationaux afin, notamment, de disposer du financement, des outils et des appuis indispensables pour atteindre les objectifs fixés par la communauté internationale. Cependant, tout en prenant en compte les normes internationales existantes, le suivi des opérations définies dans le cadre d’action de l’IEPF nécessite, selon les experts, le développement de critères de contrôle et de détermination des normes appropriés aux contextes locaux. Par exemple, les critères du type Organisation mondiale de la santé (OMS), ont-ils relevé, ne semblent pas toujours adaptés. C’est pourquoi il apparaît essentiel de mettre en réseau les laboratoires d’analyse ainsi que leurs normes afin de renforcer leur capacité.

Aujourd’hui, 106 pays représentant 45 % de la population mondiale sont dans une situation dite de « stress hydrique » c’est-à-dire que l’eau y est rare ou qu’il y est impossible de sécuriser un approvisionnement régulier en eau de qualité. L’eau de mauvaise qualité et le défaut d’assainissement sont à l’origine de près de 90 % des maladies diarrhéiques. Ces maladies tuent chaque année 1,6 million de personnes dont 90 % d’enfants de moins de cinq ans vivant pour la plupart dans les pays en développement. Selon l’OMS, l’amélioration de la qualité de l’eau ferait reculer de 21 % la morbidité attribuable aux maladies diarrhéiques, et un meilleur assainissement éviterait plus de 37 % des cas. L’insuffisance de l’eau et de son assainissement ont par ailleurs un impact décisif sur plusieurs autres maladies comme le paludisme, la schistosomiase, certaines hépatites, la bilharziose, le trachome… Le paludisme à lui seul tue chaque année un million d’enfants en Afrique. Conjointement à des traitements plus efficaces et aux moustiquaires imprégnées d’insecticide, une meilleure gestion des ressources hydriques peut en réduire la propagation.

Un outil de gestion informatisée des infrastructures d’eau potable

Des projets pilotes comme ceux mis en place par l’IEPF ont pour but de pouvoir anticiper et donc contrôler les évolutions en matière d’énergie et d’environnement. Afin de gérer attentivement les ressources naturelles dont l’eau, l’IEPF intervient pour soutenir les efforts de ses membres, comme par exemple à Ouagadougou (Burkina Faso) pour la mise en place, au Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement, d’une base de données et d’un système d’information géographique, ainsi que d’un outil de gestion informatisée des infrastructures d’eau potable. L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), elle, soutient des formations de 3e cycle spécialisées dans la gestion de l’eau à Rabat (Maroc), à Ouagadougou et à Niamey (Niger). Par ailleurs, un réseau de chercheurs appelé « Erosion » a été constitué récemment par l’AUF ; parmi les thèmes retenus, la conservation des eaux et leurs qualités figurent évidemment en bonne place.

L’eau indispensable à la santé figure désormais dans les droits fondamentaux de l’être humain : 145 pays ont ratifié cette « observation générale » émise par les Nations unies en 2002 dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement ; les signataires sont ainsi tenus d’assurer progressivement l’accès universel à de l’eau de boisson sûre et saine (qui peut parfois se résumer à une source ou un puits protégé à moins d’une demi-heure de marche) et à l’assainissement équitable et sans discrimination. Déterminants pour la santé, le manque d’eau et sa mauvaise qualité sont aussi une cause majeure de pauvreté et du fossé croissant entre les riches et les pauvres.

Pour cette raison, la Francophonie multiplie ses actions depuis quelques années pour l’amélioration de l’accès à l’eau, considéré de plus en plus comme une clé pour le développement durable. Un de ses objectifs est de renforcer les capacités des acteurs des pays du Sud à relever les grands défis actuels de la gestion durable de l’eau  Cette solidarité est pour l’OIF le sens même de la « conception francophone du développement » qui s’exprime dans le cadre d’une mondialisation maîtrisée et d’une lutte résolue contre la pauvreté.



par Claire  Viognier

Article publié le 19/11/2004 Dernière mise à jour le 19/11/2004 à 10:55 TU


Priorité internationale de la prochaine décennie

L’eau et l’assainissement sont l’une des six priorités sectorielles concourant à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), identifiées par le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (ministère français des Affaires étrangères). Une note sectorielle sur l’eau du 9 juillet 2004 établit un diagnostic et réfléchit aux engagements de la France en la matière, qui a d’ores et déjà annoncé le doublement de son aide dans le secteur de l’eau, particulièrement en Afrique, et milite pour que l’eau soit reconnue comme un bien public mondial.

Le 21e siècle, rappelle les experts, est marqué par un double défi, sur la ressource en eau
– particulièrement sensible dans les pays du pourtour méditerranéen et sur l’ensemble du continent africain, dont la population a triplé en cinquante ans – et sur l’accès à l’eau. D’ici 2025, la consommation domestique croîtra d’environ 40 % et la consommation pour l’irrigation de 17 %. Face à ces enjeux, la communauté internationale s’est donné comme objectifs de réduire de moitié d’ici 2015 la proportion de la population qui n’a pas un accès durable à l’eau (OMD n°7, septembre 2000) et à l’assainissement (Sommet de Johannesburg, septembre 2002). Ce double défi est considérable : la croissance démographique implique de desservir, d’ici 2015, 1,6 milliard de personnes supplémentaires en eau potable et 2,2 milliards en assainissement (dont respectivement 400 et 410 millions de personnes en Afrique). Atteindre cette cible représenterait 735 milliards US dollars d’investissement (49 milliards US dollars par an), soit plus de 10 fois le montant de l’aide publique au développement consacrée au secteur de 1996 à 2000.

L’Union européenne a lancé, en 2002, l’Initiative européenne en faveur de l’eau. Elle vise l’inscription prioritaire de ce secteur dans les politiques nationales, le renforcement de la coopération entre bailleurs et bénéficiaires, ainsi qu’une plus grande efficacité des mécanismes financiers. Dans cette initiative européenne, la France pilote en particulier la composante « gestion intégrée des ressources en eau », dédiée à l’Afrique. Le 26 avril 2004 a d’ailleurs été créé le partenariat international pour le bassin du Niger. Sous l’impulsion de la Commission européenne et de la France, le Conseil a créé une facilité européenne pour l’eau, dotée d’au moins 500 millions d’euros, la décision d’affectation de 500 millions supplémentaires devant être prise en 2005.

Les gouvernements se sont retrouvés lors du 3e Forum mondial de l’eau à Kyoto en mars 2003. Le panel mondial présidé par Michel Camdessus y a présenté son rapport, Financer l’eau pour tous, qui comprend de nombreuses propositions dont celle d’un doublement des financements. Et recommande une meilleure mesure de l’impact de l’aide, l’utilisation souple d’instruments de financement visant par exemple les prêts à des entités publiques non souveraines, ou d’aide versée sur la base de l’impact aux bénéficiaires (mécanisme dit output based aid), etc. Le président Jacques Chirac a proposé la mise en place d’un Observatoire mondial de l’eau, chargé de suivre la réalisation des objectifs de Johannesburg, ainsi que d’une « Charte (qui) énonce les principes généraux d’une bonne gouvernance des ressources en eau et les droits et devoirs de chacun ».

La France a placé l’eau au cœur des priorités du G8 à Evian (juin 2003). Un plan d’action pour l’eau a été adopté. Il encourage la bonne gouvernance, vise à mieux coordonner les ressources financières disponibles, à s’appuyer sur des autorités ou communautés locales, à renforcer le suivi, l’évaluation et la recherche, et à accroître l’engagement des organisations internationales. La France soutient par ailleurs l’initiative britannique sur la facilité de financement international (IFF) dont l’objectif est de sécuriser les engagements nécessaires à l’achèvement des OMD et d’en accélérer le déboursement.

La Banque africaine de développement (BAD) a mis en place une facilité africaine de l’eau, créée à l’initiative de la conférence ministérielle africaine sur l’eau (AMCOW) et du Nouveau partenariat pour le développement (Nepad). Cette facilité sera l’un des piliers de l’initiative de la BAD pour l’accès à l’eau et à l’assainissement en milieu rural.

L’eau restera dans la prochaine décennie une priorité internationale. Le secrétaire général des Nations unies a nommé en mars 2004 un Conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement chargé d’évaluer les progrès réalisés. Ce suivi sera à l’ordre du jour de plusieurs réunions internationales (réunions annuelles de la Commission pour le développement durable, rencontre en 2005 à New York des chefs d’Etat et de gouvernement consacrée à la réalisation des OMD, lancement d’une nouvelle décennie de l’eau en mars 2005, 4e Forum mondial de l’eau à Mexico en 2006).

Extraits sélectionnés par Ariane Poissonnier


Lire l’intégralité de la note sectorielle (format PDF):
http://www.diplomatie.gouv.fr/cooperation/cicid_07_04/02/pdf/doc.pdf