Sommet de la Francophonie: Ouagadougou 2004
Education : la baisse de l’aide compromet les chances des pays francophones
Les experts sont unanimes : la qualité médiocre et le faible développement, du point de vue quantitatif, de l’éducation en Afrique francophone sont liés, en partie, aux contraintes financières qui pèsent sur le secteur. Les ressources publiques mobilisées pour l’école sont insuffisantes. « L’effort fiscal pour l’éducation n’est pas facilement élastique, car il résulte des recettes fiscales prélevées par les Etats sur le financement de leur économie, et de la proportion de ces ressources qu’ils affectent au financement des activités d’enseignement », soulignent Alain Mingat et Bruno Suchaut. Les auteurs du livre Les systèmes éducatifs africains, une analyse économique comparative (1) expliquent : « Chacun des deux termes est à la fois matière de choix politiques et sujet à des contraintes qui peuvent parfois être sévères, notamment sur le plan des recettes fiscales, eu égard aux caractéristiques des structures économiques de certains pays dans lesquels l’économie informelle joue un rôle important et où l’impôt n’est pas facile à collecter. » Cette description illustre parfaitement la situation qui prévaut dans l’écrasante majorité des pays francophones d’Afrique au sud du Sahara.
Bien plus, les ressources extrabudgétaires (par exemple, les frais de scolarité ou la contribution au financement d’activités de formation par des entreprises) sont tellement faibles qu’elles ne peuvent même pas couvrir partiellement les besoins les plus élémentaires en matière d’éducation. Le taux effectif de scolarisation est d’autant moins élevé que ces pays pauvres ne réussissent pas à mobiliser les ressources publiques pour l’éducation et les ressources extrabudgétaires pour compléter celles-ci. Pour rendre leurs systèmes éducatifs viables, ils sont alors obligés de tendre la main à l’étranger.
Quand les pays riches ne tiennent pas leurs promesses
Le financement international de l’éducation dans les pays francophones se fait généralement suivant deux modalités. La première consiste en l’octroi de fonds par les donateurs. En mai 2003, le commissaire européen en charge des questions de l’éducation, Poul Nielsen, estimait par exemple à 1,3 milliard d’euros le montant attribué par l’Union européenne à l’éducation dans les pays en développement, pour les cinq prochaines années. Dans sa programmation 2004/2005, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie consacre, elle, 1 160 000 euros comme appui à l’enseignement du français dans les pays francophones du Sud, ou 1 780 000 euros comme appui à la conception des politiques nationales d’éducation, ou encore 680 000 euros comme appui à la production de manuels scolaires dans ces pays.
L’annonce de ces sommes relativement importantes ne doit toutefois pas faire perdre de vue une autre réalité : depuis quatre ans, l’on note une tendance à la baisse drastique de l’aide globale à l’éducation. Plus grave, la plupart des pays riches ne tiennent plus leurs engagements. Dans un rapport publié fin novembre 2003, la Campagne mondiale pour l’éducation, coalition internationale d’organismes et de syndicats, critique l’écrasante majorité des 22 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces pays avaient promis, lors du Forum de Dakar en 2000, de fournir l’aide nécessaire pour que chaque enfant puisse aller à l’école. Or, « les pays riches investissent actuellement 1,4 milliard de dollars américains dans l’éducation de base dans les pays pauvres ; une somme additionnelle de 5,6 milliards de dollars est nécessaire pour que tous les enfants aillent à l’école primaire », indique le rapport intitulé Doit mieux faire.
Des aides sous conditions
Fin novembre 2004, les donateurs de l’OCDE se réunissent à nouveau. A l’issue de cette rencontre, l’on saura si la courbe de l’aide des pays riches reste descendante ou si elle remonte. Pour l’heure, tout laisse croire que les donateurs sont tentés de se réfugier derrière d’autres mécanismes de financement international de l’éducation.
Au premier rang de ces mécanismes, l’Initiative de financement accéléré de l’Education pour tous, lancée en juin 2002 à Washington par le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn. Cette institution énumère une série de critères qui, selon elle, sont essentiels pour réaliser l’éducation primaire universelle de qualité d’ici 2015 : amener les dépenses éducatives à 20 % du budget ordinaire total, l’éducation primaire représentant 50 % du budget de l’éducation, et parvenir à un rapport maître/élèves inférieur à 40. En outre, elle énonce les critères nécessaires à la production d’un plan crédible prévoyant une bonne utilisation des ressources nationales et des efforts pour améliorer la fourniture de services, comme le paiement à temps des salaires des enseignants. Toutes ces conditions doivent être réunies par les pays pour être éligibles à l’Initiative.
Ces États sont aussi tenus de satisfaire à une batterie d’exigences pour bénéficier de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés. Ce programme leur permet notamment de bénéficier de remises de dettes, un autre moyen de financer l’éducation.
par Gervais Nitcheu
Article publié le 19/11/2004 Dernière mise à jour le 19/11/2004 à 10:57 TU
(1) Les systèmes éducatifs africains, une analyse économique comparative, par Alain Mingat et Bruno Suchaut, éditions De Boeck Université, 2000.

