Sommet de la Francophonie: Ouagadougou 2004
Le difficile financement du développement
Inscrit à l’ordre du jour du sommet biennal de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), fin novembre à Ouagadougou, l’accès aux financements internationaux a fait l’objet, en mai 2004, d’un séminaire international à Paris sous la présidence du secrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf. Projeté sur le devant de la scène mondiale à la conférence de Monterrey (Mexique) en 2002, le financement du développement préoccupe depuis deux ans l’ensemble de la communauté internationale, qui s’est engagée en 2000 à faire diminuer de moitié la pauvreté d’ici 2015 (objectifs du millénaire).
En 2002, bailleurs de fonds et pays en développement ont conclu une sorte de pacte moral appelé « consensus de Monterrey », selon lequel les riches s’engageaient à augmenter leurs aides à condition que les pauvres s’engagent dans la voie des réformes économiques. A l’époque, les experts des Nations unies (Onu) avaient estimé que les pays riches devraient doubler leur aide publique au développement (APD) pour la porter à plus de 100 milliards de dollars par an afin de réduire de moitié d’ici 2015 l’extrême pauvreté dans le monde.
On est encore loin de ce chiffre, même si les États-Unis avaient annoncé juste avant Monterrey une augmentation de 5 milliards de dollars de leur aide annuelle aux pays en développement pour la porter à 15 milliards de dollars d’ici 2007. L’Union européenne avait de son côté décidé de porter son aide de 0,33 % à 0,39 % du produit national brut (PNB), ce qui représente une augmentation de plus de 20 milliards de dollars.
Des formules « innovantes et solidaires »
Du côté des pays donateurs, l’aide au développement est toutefois de plus en plus concurrencée par la lutte contre le terrorisme international et les dépenses militaires dans une conjoncture budgétaire difficile pour plusieurs grands pays. Cela a d’ailleurs été reflété au dernier sommet du G8, à Sea Island aux États-Unis. Hôtes du président américain George W. Bush, six chefs d’État africains ont certes parlé brièvement de développement et de commerce, mais ils ont surtout vu les problèmes du continent éclipsés par l’Irak, la crise au Moyen-Orient et les craintes de l’impact de la hausse des prix du pétrole sur l’économie mondiale.
Le président français Jacques Chirac a présenté, le 20 septembre 2004 à New York, lors d’une réunion au sommet en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, des propositions sur de nouvelles taxes pour financer le développement. Ces propositions résultent d’une étude préparée à sa demande depuis novembre 2003. Le rapport Landau, du nom du haut fonctionnaire français qui préside le groupe de travail, évoque plusieurs formules « innovantes et solidaires » comme une taxe sur les gaz à effet de serre, les transactions financières internationales, les bénéfices des entreprises multinationales, les transports aériens et maritimes, les achats par carte de crédit ou les ventes d’armes. Mais aussi la création d’une loterie mondiale, sans exclure une nouvelle distribution de DTS (droit de tirage spécial), l’unité de réserve du FMI.
Les Américains notamment restent toutefois réticents à la fois à de nouvelles taxations et à l’accroissement de l’aide au développement (APD), préférant l’encouragement au secteur privé. En 1970, les Nations unies avaient fixé comme objectif de l’APD 0,7 % du PNB, aujourd’hui encore atteint par seulement cinq pays : Danemark, Norvège, Pays-Bas, Suède et Luxembourg. La France a également donné son soutien à une proposition de la Grande Bretagne – qui présidera le G8 en 2005 – concernant la création d’une facilité de financement internationale (IFF), fondée sur l’emprunt, les donateurs finançant l’augmentation de leur aide par l’émission d’obligations sur les marchés financiers. Le FMI et la Banque mondiale examinent cette proposition.
Une information spécifique et en français sur chaque bailleur de fonds
Conscientes de la difficulté de la tâche, la Francophonie s’efforce d’améliorer les capacités de négociation de ses membres afin de leur permettre d’opérer des choix, de défendre leurs positions et de valoriser leurs avantages. Elle leur fournit une information spécifique et en français sur chacun des bailleurs de fonds. Elle cherche aussi à renforcer les contacts entre négociateurs en vue de favoriser les échanges, la connaissance et la confiance, et insiste pour la prise en compte particulière des pays en sortie de crise ou de conflit qui connaissent des situations d’urgence.
Le symposium, déjà cité, de la Francophonie a travaillé autour de trois idées centrales : l’accès aux financements internationaux existants, les moyens de permettre une meilleure utilisation de ces financements à travers des projets valables et la promotion de financements novateurs. « Il n’y a pas de recette miraculeuse garantissant le succès d’une demande d’appui. En revanche, il existe une certitude : il y a toujours un financement possible pour un projet clairement conçu et bien défendu », avait notamment déclaré Abdou Diouf.
Concernant les pays sortis de crise, de conflit ou en transition, le symposium a notamment évoqué les cas de la République démocratique du Congo, de Haïti, de la Côte d’Ivoire, des Comores et de la République centrafricaine, insistant sur l’implication des organisations régionales dans les processus d’accompagnement. Insistant également sur la nécessité pour la communauté internationale de cesser de « jouer aux sapeurs pompiers », et d’agir davantage en amont sur les causes des conflits, qui peuvent aller de l’absence de développement jusqu’aux violations des droits de l’homme, en passant par la faiblesse des institutions et le déficit démocratique. Le ministre centrafricain des Finances, Jean-Pierre Lebouder, a fait une intervention remarquée résumant les maux dont souffre ce genre de pays. Il a notamment dénoncé la mutation, naguère en Centrafrique, d’un président démocratiquement élu en un véritable dictateur, la dérive des forces de sécurité, la mauvaise gestion économique et financière et l’absence d’accompagnement de la communauté internationale.
par Marie Joannidis
Article publié le 19/11/2004 Dernière mise à jour le 19/11/2004 à 11:25 TU
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La bonne gouvernance, objet et condition du financement du développement La difficulté à définir la bonne gouvernance et sa nécessité ont été soulignés au cours d’une table-ronde organisée par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) en novembre 2003, en vue du symposium international sur le financement du développement de mai 2004 à Paris. Les participants à cette table-ronde ont reconnu que beaucoup de pays africains avaient l’impression d’avoir progressé en matière de gouvernance mais qu’en revanche, en ce qui concerne l’aide et l’ouverture de leurs marchés, les bailleurs de fonds étaient perçus comme étant en deçà de leurs engagements. Les discussions ont également porté sur la réalité de la bonne gouvernance et la difficulté que les populations africaines rencontrent pour s’en approprier la dimension démocratique. A cet égard, des représentants d’organisations financières comme le FMI ont estimé qu’il était important que les pays africains prennent l’initiative de décider eux-mêmes la gouvernance qui leur convient et de définir les objectifs qu’ils lui assignent. Tous ont toutefois souligné que l’approche du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), mettant au centre de ses préoccupations la question de la gouvernance et son mécanisme d’évaluation par les pairs, mérite d’être encouragée. Ils ont préconisé que la Francophonie travaille sur un nouvel ordre international qui prenne en compte les contraintes des sociétés et des États, les traditions socioculturelles et les aspirations sociales des populations et approfondissent la réflexion sur la décentralisation, la démocratisation de la gouvernance et la participation de la société civile à son émergence et sa consolidation. Sur la relation entre bonne gouvernance et financement, ils ont estimé qu’il s’agit d’une relation réciproque dans laquelle la bonne gouvernance facilite la gestion efficace de l’aide, et où l’aide contribue à l’amélioration de la gouvernance, ce qui ouvre ensuite la porte aux investissements privés. Au terme de cette table-ronde, Christine Desouches, déléguée aux droits de l’homme de l’AIF, a suggéré deux pistes d’action pour la Francophonie. D’une part, l’élaboration d’un guide pratique sur les procédures d’accès aux financements internationaux et, d’autre part, un engagement plus formel et plus actif de la Francophonie au sein du Nepad, particulièrement dans le cadre du mécanisme d’évaluation de la gouvernance. M. J. |

