Sommet de la Francophonie: Ouagadougou 2004
Le Burkina face au développement durable
Lorsque le professeur Alfred Traoré fait visiter le centre d’excellence en biotechnologies de l’Université de Ouagadougou, dont il est le responsable, il sait transmettre au visiteur sa passion pour la recherche en biochimie, acquise à Marseille où il fit ses études. Surtout, l’homme sait parfaitement illustrer en quoi l’école doctorale régionale de formation et de recherche en biotechnologies, financée par l’Agence universitaire de la francophonie, peut être utile à son pays et, plus largement à tous ceux de la région dont sont originaires les jeunes chercheurs accueillis : comment, si on arrive à développer la symbiose chenille/arbre à karité, on espère raccourcir le délai nécessaire à cet arbre pour entrer en fructification. Ou comment, si on arrive à mettre au point des bio-fertilisants, on espère éviter l’accumulation des pesticides dans des sols mal drainés. Ou encore, en imaginant une application particulière de la cytométrie des flux, comment on propose des tests indiquant le statut sérologique d’une personne à 3 500 F CFA au lieu de 15 000…
Les chercheurs du pôle d’excellence de l’Université de Ouagadougou travaillent sans aucun doute en faveur du développement durable, surtout si on entend celui-ci comme « un processus de maîtrise progressive de l’environnement », pour reprendre la définition d’Adama Samassékou, ancien ministre de l’éducation du Mali. Processus qui correspond, en Afrique, à la nécessité de « maîtriser les outils de production permettant de nourrir les populations, de maîtriser les maladies qui continuent à faire des ravages alors qu’on a les moyens de les combattre, de faire en sorte que l’analphabétisme soit un vieux souvenir ». Reste qu’au Burkina Faso, la tâche est immense.
Une croissance de 4,6 % en 2002, estimée à 6,3 % en 2003
La capacité de l’économie burkinabè à surmonter la crise ivoirienne – après une croissance en 2002 de 4,6 %, le pays a enregistré un taux estimé à 6,3 % en 2003 – ne doit en effet « pas faire oublier les faiblesses structurelles du pays, au premier rang desquelles figurent l’absence de diversification d’une économie dominée par l’activité cotonnière, la dépendance à l’égard des financements extérieurs, les très faibles performances dans le domaine sanitaire et éducatif, et des progrès modestes en matière de réduction de la pauvreté », soulignent la Banque africaine de développement et l’OCDE dans leur rapport commun Perspectives économiques en Afrique 2003/2004. Les experts du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), eux, classent le Burkina parmi les 5 derniers pays du monde en matière de développement humain (rapport 2003), juste avant le Niger et la Sierra Leone. L’espérance de vie est faible (45,4 ans), le taux de mortalité infantile élevé (104 pour 1 000 naissances).
Un peu plus de 46 % de la population se situe en deçà du seuil national de pauvreté en 2003, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie, 92 % de ces pauvres vivant en milieu rural ; l’enquête de l’INSD met « en exergue, rapportent encore les PEA 2003/2004, une progression de l’incidence de la pauvreté de 2 points au cours de la période 1994-2003, progression essentiellement imputable à la paupérisation des ménages en milieu urbain, où l’incidence de la pauvreté a doublé en neuf ans, de 10,4 % à 19,9 %. »
Des progrès en matière d’eau potable et de scolarisation dans le primaire
Depuis 1998, le programme pour un développement solidaire proposé par le président Blaise Compaoré se décline autour de quatre axes : moderniser l’économie en partenariat avec le privé ; construire une société plus solidaire ; promouvoir le développement institutionnel et la culture démocratique, notamment la décentralisation ; réussir l’insertion du pays dans la processus de mondialisation. En 2000, la pays met en place, en partenariat avec le secteur privé et les partenaires au développement son Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP). Il reprend et approfondit les quatre axes du programme du président : accélérer la croissance économique avec un souci d’équité ; assurer aux plus pauvres un accès aux services de base ; élargir les opportunités d’emploi et, enfin, promouvoir la bonne gouvernance. Cependant, le rapport de mise en oeuvre du CSLP 2000-2002, publié en décembre 2003, souligne la faible prise en compte de ce document, y compris au sein de l’administration. Les autorités procèdent donc à la mise en place d’un plan d’action actualisant cette mise en œuvre, mettant l’accent notamment sur l’assainissement, l’environnement et la lutte contre la désertification, l’électrification rurale, la promotion des PMI/PME.
Des progrès ont cependant été constatés en matière d’accès à l’eau potable (49 % des ménages ruraux en 2003, contre 38 % en 1994) et d’accès à la scolarisation dans le primaire (le taux brut de scolarisation est passé de 42,7 % à 52,2 % entre 2002 et 2003), même si globalement moins d’un tiers de la population est alphabétisée. Si la lutte contre la pauvreté consiste avant tout à donner des outils permettant à chaque acteur de subvenir à ses besoins, l’éducation est forcément un investissement à suivre de près. En 1994, le Burkina choisit de permettre le développement des classes bilingues, la loi n° 013/96/ADP portant loi d’orientation de l’éducation soulignant que « le français et les langues nationales sont les langues d’enseignement ». L’école bilingue est un cycle de cinq ans, au lieu de six ans pour l’école classique. La langue maternelle de l’élève est utilisée la première année dans une proportion de 90 %, contre 10 % pour le français. Au fil des ans, le français prend de l’importance pour, la dernière année, constituer 90 % des activités pédagogiques contre 10 % pour la langue nationale. De deux classes bilingues (mooré-français) en 1994, on est passé à une quarantaine d’écoles concernées aujourd’hui.
par Ariane Poissonnier
Article publié le 19/11/2004 Dernière mise à jour le 19/11/2004 à 11:47 TU

