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Togo

Carburant : la flambée

Depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, les salaires des fonctionnaires n'ont pas augmenté.(Photo : AFP)
Depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, les salaires des fonctionnaires n'ont pas augmenté.
(Photo : AFP)
Les Togolais ont eu la désagréable surprise de constater le 1er décembre, dans les stations d’essence, que les prix du carburant ont augmenté de plus de 36%. Sans aucune explication officielle préalable, comme par le passé. La flambée entraîne une cascade d’augmentations.

De notre correspondant au Togo.

Cette journée du 1er décembre a été une dure journée pour les automobilistes et les autres usagers de la route. Dans les stations-service, les prix sont loin de ce qu’ils étaient la veille. Le prix du litre du gazole passe du coup du 300 FCFA à  410, alors que celui du super passe de 365 à 420. Cette hausse, comprise entre 8 et 36%, a même surpris les pompistes. En effet, c’est tard dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre que certains d’entre eux ont été informés par leur chef de cette montée du prix à la pompe. D’autres l’ont appris tard dans la journée après avoir servi plusieurs clients aux anciens prix. Les automobilistes qui s’étaient présentés ce matin du 1er décembre ont crié leur ras-le-bol et protesté avec véhémence mais rien n’y a fait. Les pompistes aussi surpris et confus qu’eux n’ont pu fournir d’explications cohérentes pour calmer l’ardeur de ces conducteurs, surtout ceux de deux roues plus connus ici sous le nom de Zemidjan.

« Ces augmentations étaient prévisibles vue la flambée du prix du baril sur le marché international. Mais ce que nous dénonçons, c’est la manière cavalière avec laquelle elle a été annoncée aux consommateurs, sans aucune explication préalable ou avertissement comme cela se faisait auparavant. C’est nous manquer de respect », explique Jean Apélété, cadre au ministère de l’Education. Certains responsables des sociétés pétrolières installées au Togo n’ont eu la décision de cette hausse que la veille. Les réactions des Zémidjan ont été les plus violentes et spontanées, tout comme ces hausses. Ils se sont regroupés par endroits et ont dressé des barricades  sur certaines voies de la capitale pour manifester leur mécontentement. Il a fallu l’intervention de la police pour les disperser et ramener l’ordre dans les rues de Lomé. « On n’a pas de travail malgré nos diplômes. Le petit bénéfice que nous tirons en faisant Zémidjan, le gouvernement veut encore nous le prendre avec cette augmentation brusque et importante. Trop c’est trop. Nous n’acceptons pas cette décision », vocifère Sényo, conducteur de taxi-moto à Lomé.

« Un peuple togolais clochardisé »

Depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, les salaires des fonctionnaires n’ont augmenté comme ce fut le cas dans nombre de pays de la zone franc. Et pourtant c’est au moins la troisième fois que le prix du carburant augmente dans le pays depuis cette dévaluation. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement, par le biais du ministre du Commerce, justifie un peu tardivement par communiqué interposé cette hausse par la flambée persistante des prix du pétrole sur le marché international entraînant les sociétés pétrolières dans d’innombrables difficultés de trésorerie tout en mettant l’Etat dans une situation d’endettement à chaque importation de carburant . C’est donc pour éviter, selon le ministre, une rupture de stocks donc une pénurie et une spéculation incontrôlable, que le gouvernement s’est trouvé « dans l’obligation de revoir à la hausse les prix du carburant à la pompe ».

 Le ministre a beau indiqué que le gouvernement a tenu compte du pouvoir d’achat des populations et a donc « juste cédé à une augmentation modérée qui ne couvre pas les prix réels que devrait payer le consommateur », les consommateurs justement ne décolèrent pas. « Le ministre dresse un tableau des prix du carburant des pays de la sous-région et en conclut que le Togo  est le dernier à suivre la vague haussière et dans une proportion raisonnable. Il a oublié  de  nous dire que le pouvoir d’achat des Togolais n’est pas celui d’un Ivoirien ou d’un Sénégalais. Et dans ces pays, les fonctionnaires ne reçoivent pas un salaire de misère comme chez nous », s’insurge un professeur de lettres dans un lycée de la capitale. La Ligue togolaise des droit de l’Homme (LTDH) va pus loin et « proteste énergiquement contre cette gestion cavalière du pays qui ne tient aucun compte du pouvoir d’achat du peuple togolais clochardisé économiquement ». Elle appelle les syndicats et la société civile « pour qu’ils se mobilisent et pèsent de tout leur poids pour exiger du gouvernement soit l’annulation pure et simple de cette mesure soit l’adoption des mesures d’accompagnement salariales ».

Cascade d’augmentations

Conséquence de cette hausse, les prix des transports ont automatiquement augmenté dans le désordre, chaque taximan fixant son propre tarif en attendant les prix officiels. Les observateurs craignent dans les jours à venir une flambée des denrées alimentaires et de première nécessité. « Les commerçantes qui vont dans les villages acheter les produits alimentaires vont répercuter la hausse du prix des transports sur le prix des denrées d’une manière incontrôlée. Le meunier fera de même et ainsi de suite », explique un syndicaliste. L’Association togolaise des consommateur (ATC) demande au gouvernement de  prendre des mesures d’accompagnement nécessaires pour relever le pouvoir d’achat.

Cette décision de hausse interprétée comme un cadeau de Noël empoisonné ne profite qu’aux sociétés pétrolières, au gouvernement et surtout à ceux qui s’adonnent au commerce illicite du carburant. Malgré leur interdiction, on a constaté depuis quelques jours une affluence des Zemidjan devant leur étalage où les prix sont plus bas que ceux affichés dans les stations services. A quelque chose malheur est bon, résume un de ces commerçants. « Vivement que les recherches de pétrole aux larges de nos cotes lancées depuis quelques années aboutissent », souhaite  pour sa part un chauffeur de taxi dans sa déception.


par Guy  Mario

Article publié le 08/12/2004 Dernière mise à jour le 08/12/2004 à 08:50 TU