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Tsunami et séisme en Asie

La Terre a tremblé sur son axe

La terre a vibré pendant trois minutes et vingt secondes de façon continue dans la région épicentrale.(Image : DR)
La terre a vibré pendant trois minutes et vingt secondes de façon continue dans la région épicentrale.
(Image : DR)
Dimanche 26 décembre, la violente énergie libérée par le déplacement de masses sous-marines, en direction du centre de la terre, a impulsé une vibration supplémentaire qui a fait trembler la planète sur son axe. Bien que mesurable par satellite, cette accélération reste infime, et le déplacement de l’axe ne dépasse pas «quelques centimètres»: pas de quoi en somme, engendrer des perturbations sur les périodes diurnes et nocturnes, sur les rythmes des saisons, et encore moins avoir quelque conséquence sur des changements climatiques.

Sous la terminologie «précession des équinoxes», les astronomes regroupent les mouvements infimes, vieux de vingt mille ans, auxquels obéit la terre. Ces mouvements modifient les dates d’avènement des saisons, et l’oscillation périodique de l’axe du globe autour de sa position moyenne, appelée «phénomène de nutation». La secousse enregistrée lors du séisme meurtrier  au sud-est de Sumatra a «donné trois minutes et vingt secondes de vibration continue dans la région épicentrale, c’est colossal», a indiqué Paul Tapponnier, directeur du laboratoire de tectonique à l’institut de Physique du Globe (IPG). Plus de 1 000 fois plus puissante qu’en Guadeloupe le 21 novembre dernier, la catastrophe a effectivement «irradié suffisamment d’énergie pour donner une impulsion à la Terre, comparable à une pichenette sur une toupie».

Outre la catastrophe naturelle et humaine, le séisme d’une magnitude 9 enregistrée sur l’échelle de Richter (soit l’équivalent de l’explosion de 30 000 bombes atomiques similaires à celle d’Hiroshima), dont l’épicentre se situe à 250 kilomètres au sud-est de Sumatra, a donc également fait vibrer la terre sur son axe. Mais, Paul Tapponnier relativise: «le jour terrestre augmente d’une milliseconde par an en temps normal, car la terre ralentit tout le temps, et le jour était beaucoup plus court au précambrien; le cataclysme qui vient de se produire a entraîné une légère accentuation de l’ordre du huit millionième de seconde, c’est totalement négligeable».

«De la même façon qu’une cloche petit à petit va se taire, la terre aussi»

En effet, les pôles terrestres effectuent en permanence un trajet circulaire d’environ une dizaine de mètres, et Paul Tapponnier souligne: «Si le déplacement du pôle est de l’ordre de un mètre ou deux par an en temps normal, il faut considérer que l’impulsion donnée par ce dernier séisme est de l’ordre de un ou deux centimètres, soit un centième des déplacements réguliers annuels normaux». Il précise: «des séismes de cette importance mettent toute la terre en résonance, comme une cloche. De la même façon qu’une cloche petit à petit va se taire, la terre aussi; la vibration va s’arrêter. Mais actuellement, dans tous les enregistrements, on voit encore passer les ondes sismiques du séisme principal».

Que faudrait-il pour modifier considérablement cet axe de rotation de la Terre ? Paul Tapponnier distingue «des causes d’origine interne», comme «des séismes d’une plus grande amplitude que ce dernier» engendrant un changement notoire de répartition des masses en surface, ou «des irruptions volcaniques catastrophiques», et «des causes liées à des cataclysmes d’origine cosmique avec impact météoritique extrêmement brutal susceptible de modifier la trajectoire de la planète». Ce dernier séisme a donc peut-être accéléré légèrement la rotation et, tient à le souligner Paul Tapponnier, «il est certain qu’infime ne signifie pas zéro», mais il ne faut pas oublier que «le mouvement de rotation n’est pas en réalité si précis que ça. La terre ralentit parfois, changeant de vitesse de rotation».  

C’est à Paris, au service international de la Rotation de la Terre, le SIRT, que l’axe de rotation est mesuré. Les données provenant de nombreux postes d’observation y sont centralisées. Le SIRT détermine la position de la terre dans l’espace afin de régler des tâches géophysiques, géodésiques et astronomiques. Ce service veille par ailleurs au rapport entre le temps universel, mesuré par la rotation de la terre, et le temps atomique, mesuré par l’horloge atomique.


par Dominique  Raizon

Article publié le 30/12/2004 Dernière mise à jour le 30/12/2004 à 18:15 TU