publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle

Proche-Orient

La corruption dans le collimateur

Dans un rapport du Parlement palestinien sur les dérives de l'Autorité en 1997 une dizaine d'officiels était mis en cause pour la corruption, parmi eux, Nabil Chaath, le ministre des Affaires étrangères.(Photo : AFP)
Dans un rapport du Parlement palestinien sur les dérives de l'Autorité en 1997 une dizaine d'officiels était mis en cause pour la corruption, parmi eux, Nabil Chaath, le ministre des Affaires étrangères.
(Photo : AFP)
La corruption, souvent dénoncée, de l’Autorité palestinienne est une réalité. Mais pas davantage que dans nombre de pays, y compris occidentaux.

De notre correspondant dans les Territoires palestiniens

Dans le dictionnaire des idées reçues sur le Proche-Orient, la corruption de l’Autorité palestinienne figure en très bonne place. Qu’ils s’agisse des porte-parole israéliens, des diplomates américains ou des habitants des Territoires occupés, tous pour une fois s’accordent à penser que le régime du défunt Yasser Arafat est gangrené par les malversations. Dans un sondage mené au début de l’été par le Jérusalem Media and Communication Center, 90% des Palestiniens interrogés reconnaissaient l'existence de la corruption au sein de l'Autorité et 65% la disaient «largement répandue». La critique de ces agissements et la promotion de la «bonne gouvernance», concept flou mais prisé par les donateurs étrangers, font partie du kit de campagne de la plupart des «petits» candidats à l’élection présidentielle.

C’est durant l’agonie de Yasser Arafat que l’image calamiteuse de l’Autorité palestinienne a resurgi. À cette occasion, les médias internationaux ont volontiers spéculé sur le magot secret du raïs que le magasine américain Forbes avait évalué à 300 millions de dollars en 2003. Un butin composé d’avoirs placés à l’étranger et de participations occultes, alimenté, disait-on, par le siphonnage des finances publiques orchestré par Mohamed Rashid, le trésorier privé d’Arafat. A l’époque, la direction palestinienne avait jugé «ridicule» ce chiffrage en arguant que l’argent détenu par le raïs était constamment réinvesti dans la cause palestinienne.

Longtemps rétifs à critiquer directement Arafat, les habitants des Territoires concentrent leur vindicte sur les fidèles de l’ancien président. Souha Arafat, la veuve en exil volontaire à Paris, est régulièrement épinglée pour son train de vie fastueux. Ces critiques avaient été relancées en février dernier quand  Le Canard enchaîné avait révélé qu'elle faisait l’objet d'une enquête préliminaire du parquet de Paris pour deux transferts suspects, de 9 millions d'euros, en provenance de Suisse. L’été dernier, Jamil Tarifi, le ministre des Affaires civiles, et Maher Al-Masri, le ministre de l'Économie, ont été accusés par des députés d'avoir aidé une entreprise israélienne à acheter du ciment égyptien au moyen de licences d'importation palestiniennes. Même Mohammed Dahlan, qui a fait de la lutte contre la corruption son porte-étendard, est visé par des rumeurs insistantes. De l'avis général, l'ancien chef du contre-terrorisme dans la bande de Gaza a profité de la supervision par son service du terminal de Karni, le point de passage obligé pour les marchandises palestiniennes vendues en Israël, pour engranger quelques commissions juteuses.

La pratique du pot-de-vin peu répandue

Cependant, au-delà d'une poignée d'officiels véreux, tous les bons connaisseurs du dossier considèrent que le niveau de corruption dans l'Autorité palestinienne est bien moins préoccupant que dans la plupart des pays en voie de développement. «La multiplication des rumeurs crée une impression d'épidémie, dit Abdel Jawad Salah, un député indépendant, pourfendeur des dérives du système Arafat. Mais ce n'est pas le cas. La corruption est concentrée au sommet de l'Autorité. Pour l'instant, elle ne s'est pas diffusée dans les rouages du régime.» En 2002, un rapport de la Banque mondiale avait établi que le pot-de-vin était une pratique à peine plus fréquente dans les Territoires occupés que dans les pays occidentaux. «En Palestine, il n’est pas nécessaire de graisser la patte des fonctionnaires pour obtenir le moindre service comme c’est le cas en Syrie ou en Égypte», affirme Ghassan Abdallah, un professeur d’université.

Certes, en septembre 2003, un rapport du FMI avait révélé qu'entre 1995 et 2000, 900 millions de dollars provenant des activités commerciales de l'Autorité palestinienne avaient été détournés du budget vers un compte personnel de Yasser Arafat. Mais depuis, selon les experts du FMI, le ministre des Finances palestinien, Salam Fayad, a ramené tous ces revenus occultes sous sa tutelle. «Du fait de ces réformes, le niveau de transparence budgétaire de l'Autorité palestinienne est parmi les meilleurs de la région», estiment les auteurs du rapport.

Le ressentiment populaire tient en fait à l'impunité des brebis galeuses. Pas un seul cadre du régime n'a été jugé pour des faits de corruption depuis la mise en place de l'Autorité en 1994. Faute de volonté politique, dit Sadi Al-Krounz, un député du Fatah. «Dans le premier rapport du Parlement sur les dérives de l'Autorité en 1997, nous avions épinglé une dizaine d'officiels, dont Nabil Chaath [le ministre des Affaires étrangères]. Le rapport avait été transmis à Yasser Arafat, qui n'a rien fait sinon remanier le gouvernement en maintenant la plupart des ministres mis en cause. Si l'on avait pris des décisions à cette époque, la situation serait plus saine aujourd'hui » Abdel Jawad Salah renchérit : «Yasser Arafat aimait s'entourer de personnalités corrompues car ces hommes sont en général faibles et, ce faisant, il pouvait les manipuler à sa guise». La disparition du raïs offre donc l’opportunité de rompre avec un système qui privilégiait l’allégeance sur la compétence. C’est sur capacité ou non à opérer ce changement de culture que le futur président palestinien sera en partie jugé.

par Benjamin  Barthe

Article publié le 04/01/2005 Dernière mise à jour le 04/01/2005 à 11:45 TU