Togo
La CEDEAO refuse l’invitation à Kara de Faure Gnassingbé

(Photo: AFP)
Après son exclusion des instances de la Francophonie, le Togo est aussi sous la menace des sanctions de la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Une délégation de cette institution, au niveau ministériel, a prévu de rencontrer les nouvelles autorités togolaises, afin de préparer le terrain pour les chefs d’Etat, Mamadou Tandja du Niger et président en exercice de la CEDEAO, Mathieu Kérékou du Bénin, John Kufuor du Ghana, Amadou Toulani Touré du Mali, Olusegun Obasanjo du Nigeria et président en exercice de l’UA et Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’UA.
Un incident avait, dans un premier temps, poussé le président Olusegun Obasanjo à refuser d’effectuer le voyage. La délégation ministérielle de son pays qui le précédait n’a pas reçu l’autorisation d’atterrir à Lomé. Les autorités togolaises expliquant qu’elles avaient tout simplement demandé à la délégation nigériane de se rendre plutôt à Kara, « là où la réunion est prévue ». Devant le refus qu’il lui a été signifié d’atterrir à Lomé, la délégation nigériane a rebroussé chemin. Mais le président Olusegun Obasanjo rejoint par Alpha Oumar Konaré a finalement quitté Abuja pour Cotonou où la délégation présidentielle de la CEDEAO a prévu de tenir une première réunion à laquelle prend part également Mohamed Ibn Chambas, le secrétaire général de l’organisation.
Olusegun Obasanjo, a également dit toute sa réserve sur le lieu de la rencontre avec le président contesté Faure Gnassingbé. Ce dernier, rentré au village natal de son père « Pya », près de Kara, devenu un haut lieu de la République, à quelque 400 km de Lomé, a souhaité y recevoir la délégation présidentielle de la CEDEAO. Mais les chefs d’Etat de la CEDEAO se sont rangés derrière le président nigérian et ont refusé de se rendre à Kara au nord du Togo, dans le fief du défunt président. C'est aussi une manière de signifier à Faure Gnassingbé qu'ils ne reconnaissent pas son régime.
Le camp du « non » s’étoffeParallèlement à ce ballet diplomatique, les condamnations fusent contre la transition truquée qui a porté Faure Gnassingbé au pouvoir. Le régime est de plus en plus isolé et la complaisance de la France, appréciée à Lomé, paraît tout aussi isolée. La France qui avait officiellement tenu un discours embarrassé et qui voulait « vérifier si le nouveau président allait tenir ses promesses » en organisant des élections (législatives) transparentes, se rallie progressivement à la condamnation ferme internationalement exprimée contre la succession héréditaire au Togo, en dépit des dispositions constitutionnelles existantes. A Paris, le ministère des Affaires étrangères déclare que la France appelle le Togo à « mettre un terme à la transition » en cours en observant un retour à la légalité constitutionnelle.
C’est aussi le souhait des partis de l’opposition qui cherchent à défier le pouvoir, mais leur front est friable. Le manque de consensus entraîne des actions isolées qui ne serrent pas l’opposition mais qui constituent cependant un harcèlement du pouvoir. Le Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du développement (RSDD) de Harry Olympio a appelé ses militants à manifester dans les rues de la capitale, le 11 février. Quelques centaines de personnes ont répondu à cet appel, mais elles ont été rapidement dispersées par les forces de l’ordre qui ont tiré de grenades de gaz lacrymogènes. Le RSDD, qui se dit de l’opposition « constructive », représenté à l’assemblée nationale togolaise servait de faire valoir au régime du Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti au pouvoir qui justifiait sa politique d’ouverture face au refus des compromis continuellement soutenu par les autres partis de l’opposition. Ces derniers réunis au sein d’un forum affirment n’avoir pas été informés de l’initiative de « résistance pacifique » lancé par le RSDD et renouvellent leur appel en faveur de la « marche pacifique contre le coup d’Etat » qu’ils organisent le 12 février à Lomé.
A Dakar, le président Abdoulaye Wade appelle les autorités togolaises à entendre raison car « le Togo va être isolé aussi longtemps que va durer cette situation », précise-t-il. Quant au gouvernement nigérian, il prévient les autorités togolaises contre tout débordement ou « harcèlement des étrangers, qu’ils soient africains ou non » et annonce des mesures de restriction aux visites des officiels togolais au Nigeria. Le président sud-africain Thabo Mbeki dénonce aussi la « mascarade anticonstitutionnelle » au Togo.
par Didier Samson
Article publié le 11/02/2005 Dernière mise à jour le 11/02/2005 à 16:28 TU




