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Trafic d’armes

Jacques Monsieur extradé en France

Jacques Monsieur.(Photo: David Servenay/RFI)
Jacques Monsieur.
(Photo: David Servenay/RFI)
Le marchand d'armes belge Jacques Monsieur a été extradé la semaine dernière par Bruxelles. Un juge d'instruction de Bourges (dans le centre de la France) l'a placé en détention, car il est soupçonné d'avoir monté de nombreuses opérations de trafic d'armes depuis la France, en particulier en Afrique, en 1997, au moment de la guerre au Congo-Brazzaville. Jacques Monsieur fait partie de la dernière génération des marchands d'armes de la guerre froide.

Son surnom, c'est "The Fox", le renard, celui qui travaille en solitaire, avec la ruse pour principale méthode. Costume bleu, attaché-case d'hommes d'affaires, Jacques Monsieur a 51 ans, dont une bonne vingtaine passés à vendre des armes un peu partout dans le monde.

Fils de notaire, étudiant en droit, il est recruté à la fin des années 70 par les services secrets belges en lien avec les services de l'Otan. Sa mission : vendre des armes à des pays sous embargo avec qui l'Occident ne peut se compromettre officiellement. Dans les années 80, c'est l'Iran. Dix ans plus tard, la Bosnie et la Croatie. Puis l'Afrique, notamment le Congo-Brazzaville en guerre.

Inquiété par la justice belge, il déménage en France en 1993 dans un hara près de Bourges (centre de la France). Il voue une passion sans borne aux chevaux de dressage portugais.

Deux ans de prison en Iran

Il fréquente alors les milieux du pétrole, notamment les hommes d'Elf, qui l'introduisent en Afrique. En novembre 2000, au cours d'un voyage à Téhéran, il est arrêté par les Iraniens qui l'accusent d'espionnage. Depuis, il a passé plus de deux ans derrière les barreaux, lâché par ses anciens protecteurs.

Libéré par Téhéran, Jacques Monsieur se trouvait depuis lors en Belgique et c'est en exécution d'un mandat d'arrêt européen qu’ila été extradé, vendredi dernier vers la France, puis incarcéré à la maison d'arrêt de Bourges.

Depuis deux ans, il attendait tranquillement cette arrestation à Bruxelles, après avoir été condamné d'abord par un tribunal révolutionnaire iranien, puis par un tribunal correctionnel belge, à chaque fois, pour des activités de trafic d'armes ou d'espionnage.

Pour qui travaille Jacques Monsieur ?

En France, la justice lui reproche le dernier volet de ses aventures : la livraison d'armes au régime Lissouba, en pleine guerre contre les troupes de Sassou N’Guesso en 1997 : des hélicoptères russes et leurs pilotes ukrainiens, mais aussi quantité de munitions -roquettes, missiles et balles de fusils d'assaut. Des munitions fournies par l'Iran. Or, ces livraisons facturées 60 millions de dollars, ont été réglés par les fonds de souveraineté du Congo, fonds gérés par la Fiba, la banque d'Elf. Autrement dit, l'argent du pétrole.

Comment Jacques Monsieur a-t-il pu monter ces opérations ? Avec ou sans le soutien des services secrets français ? Lors de plusieurs entretiens à Bruxelles, il y a quelques mois, il nous avait affirmé travailler sous le contrôle de la DST, le contre-espionnage français. A l'époque, la Direction de la surveillance du territoire n'avait pas souhaité commenter l'information.


par David  Servenay

Article publié le 25/04/2005 Dernière mise à jour le 26/04/2005 à 10:56 TU