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Congo Brazzaville

Une ONG locale veut rendre le manioc moins cher

Loder-Congo fabrique 12 t de foufou par jour. L'ONG vend son produit environ 10% moins cher que les prix pratiqués sur le marché.  (Photo: Gervais Nitcheu/RFI)
Loder-Congo fabrique 12 t de foufou par jour. L'ONG vend son produit environ 10% moins cher que les prix pratiqués sur le marché.
(Photo: Gervais Nitcheu/RFI)
Le manioc est un produit stratégique au Congo; c’est la seule culture agricole qui permet à ce pays d’Afrique centrale de prétendre à l’autosuffisance alimentaire. En optant pour sa transformation semi-industrielle, l’organisation non gouvernementale Loder-Congo, Locomotive du développement rural au Congo, voudrait diviser par deux les coûts de fabrication du chicouang (pain de manioc) et du foufou (farine de manioc). Objectif: contribuer à la lutte contre la pauvreté en rendant ces deux aliments de base plus accessibles aux trois millions de Congolais qui les trouvent encore chers.

De notre envoyé spécial à Brazzaville

Son siège est à Talangaï, le sixième arrondissement de Brazzaville; mais c’est à M’Pila, dans le nord de la capitale, que se concentre l’essentiel des activités de l’ONG Loder-Congo, créée par Armand Liza –un des descendants du roi Makoko, le roi des Batéké, la tribu la plus importante numériquement du pays–, quelques mois avant la guerre civile de 1997. «Lorsque cette guerre a éclaté en juin, le quartier a été plusieurs fois pilonné. Nous avons dû suspendre nos activités pendant plusieurs mois», raconte Moussa N’Diaye, le responsable des opérations de l’ONG.

Ce quartier, fief des Cobras, la milice du général Sassou N’Guesso à la fin des années 1990, abrite le Centre d’études et de recherches agricoles de l’ONG congolaise. Ce centre d’expérimentation est un site de 600 m² environ sur lequel sont érigés quelques bâtiments. Au fond, un petit bureau, où le chef du centre expédie, quelques rares fois, les affaires d’ordre administratif. A l’extrême gauche, un grand hangar où une dizaine d’hommes robustes, torse nu, s’attellent chaque jour à la fabrication de machines et de grands four. «Nous utilisons ces outils, qui sont fabriqués par nos propres ouvriers, pour transformer le manioc», explique Moussa N’Diaye.

12 tonnes de foufou et 500 pains de manioc par jour

Enfin, une usine, située dans le côté droit du site. C’est le centre névralgique de l’activité de l’ONG Loder-Congo. Ici, tous les jours, de 7h à 17h, une vingtaine de personnes, des femmes pour la plupart, transforment, à l’aide de quelques machines peu sophistiquées voire rudimentaires, le manioc en foufou et en chicouang. «Nous faisons de la transformation semi-industrielle du manioc», insiste Moussa N’Diaye. Ce type de transformation se situe à mi-chemin entre la transformation industrielle, qui nécessite des machines de très haute technologie –celles qui sont utilisées dans l’usine de transformation de manioc en foufou du président de la République, le général Denis Sassou N’Guesso– et la transformation artisanale, extrêmement pénible, où tout se fait à la main et au feu de bois.

Chaque jour, dans cette usine, douze tonnes de foufou sont fabriquées. Cela équivaut à plusieurs sacs de 25 kilos et de 50 kilos qu’une camionnette de l’ONG –véhicule sur lequel est inscrite en gros caractères la formule publicitaire «foufou de qualité supérieure»– achemine immédiatement sur les marchés brazzavillois. Le foufou portant l’estampille de l’ONG Loder-Congo est relativement moins cher. «Son prix est inférieur de 10% au prix pratiqué sur le marché», signale Moussa N’Diaye. Et d’expliquer: «Nos prix sont bas parce que nos coûts de production sont moins importants que ceux des fabricants artisanaux de foufou». Mais les quantités écoulées par l’ONG sont loin de satisfaire la demande locale en foufou. «Nous ne représentons pas plus de 5% de part de marché; or, pour satisfaire les besoins des Congolais, il faut produire chaque jour plusieurs centaines de tonnes de foufou», indique Moussa N’Diaye. Et d’ajouter: «Les fabricants artisanaux de foufou ne sont donc pas nos concurrents; nous nous complétons pour le bonheur du consommateur congolais». L’ONG Loder-Congo n’arrive pas non plus à couvrir les besoins des Congolais en chicouang. Elle n’en produit que 500 par jour.

La réhabilitation urgente des pistes agricoles

Une quantité bien trop faible pour assurer à chacun des 900 000 Brazzavillois son pain de manioc quotidien. «Les habitants de la capitale, qui ne parviennent pas à acheter nos chicouang, sont alors obligés de débourser plus d’argent pour acheter un produit fabriqué artisanalement», regrette Moussa N’Diaye. Le prix d’un chicouang, provenant de l’usine de l’ONG, est inférieur de 20% au prix du marché. Malgré la relative modicité de leurs prix, les responsables de l’ONG Loder-Congo ne s’estiment toujours pas satisfaits. Ils souhaitent vivement diviser par deux les prix de leur foufou et de leur chicouang. «Notre objectif, c’est de pratiquer des prix très concurrentiels, afin de contribuer efficacement à la lutte contre la pauvreté dans le pays», indique le responsable des opérations de l’ONG.

Un pari bien difficile à tenir. A l’ONG Loder-Congo, on sait en effet que la baisse drastique du prix du foufou ou du chicouang signifie la résolution, en amont, d’une série de problèmes liés à la production du manioc. Au premier rang de ces problèmes, les difficultés de transport. «Nos plantations de manioc se trouvent à Mbé, petit village situé à une centaine de kilomètres de Brazzaville», note Moussa N’Diaye. «Or pour acheminer nos productions jusqu’à notre usine de transformation à Brazzaville, c’est un calvaire. Les routes sont dans un état piteux, elles sont défectueuses, nos véhicules s’embourbent en saison des pluies, ce qui ralentit nos activités et nous cause un important manque à gagner. Pendant la saison sèche, nos véhicules sont malmenés par les nids-de-poule; ils se cassent parfois». Les promoteurs de l’ONG Loder-Congo appellent à la réhabilitation rapide des pistes agricoles. Quelques-unes dateraient du XVe siècle, la période où les Portugais avaient introduit au Congo le manioc, pour nourrir les esclaves qu’ils capturaient.


par Gervais  Nitcheu

Article publié le 14/08/2005 Dernière mise à jour le 14/08/2005 à 14:42 TU