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Sport

Les Lions domptés du Cameroun

La déception du Camerounais Rigobert Song après le match nul de l'équipe de football de son pays face à l'Egypte.(Photo: AFP)
La déception du Camerounais Rigobert Song après le match nul de l'équipe de football de son pays face à l'Egypte.
(Photo: AFP)
Le Cameroun sera absent de la prochaine Coupe du monde pour cause de match nul face à l’Egypte, la Côte d’Ivoire ayant battu le Soudan. Cette perspective a plongé le pays des «Lions indomptables» dans une profonde désolation. A Yaoundé, les forces de l’ordre sont même intervenues pour disperser brutalement des groupuscules inconsolables.

Terrible coup du sort. Lions et Pharaons en sont rendus à la troisième minute du temps additionnel. Salomon Olembe est déséquilibré dans la surface de réparation égyptienne déjà assaillie par les Lions. L’arbitre de la partie accorde un penalty à l’équipe camerounaise. Seize millions de Camerounais retiennent leur souffle. Les deux équipes sont à égalité: un but partout. Pierre Wome Nlend, le défenseur latéral droit, connu pour ses tirs-canons, choisit la finesse. Mal lui en prend: le ballon va heurter le montant gauche des buts égyptiens. Silence consterné dans le stade omnisports de Yaoundé et dans l’ensemble du pays. Deux minutes plus tard, c’est la fin du match. La fin d’un rêve aussi. Le début d’un cauchemar. Les Lions n’iront pas en coupe du monde en Allemagne. La Côte d’Ivoire vaincue à domicile par le Cameroun quelques semaines auparavant, mais victorieuse ce samedi face au Soudan, prend la tête du classement du groupe C. Le pays des Eléphants arrache du même coup son ticket de qualification pour la Coupe du monde.

Des joueurs camerounais s’effondrent sur la pelouse. Le capitaine Rigobert Song et le libero Raymond Kalla regagnent les vestiaires, en larmes. Silence et désolation dans le pays, notamment dans les rues de Yaoundé, d’ordinaire tonitruantes en cas d’exploit des Lions. A l’exception notable du quartier Mfandena. Aux abords du stade omnisports, des centaines de jeunes gens sont inconsolables. Ils ne sont pas prêts à pardonner aux Lions leur contre-performance du jour. Ils sont bruyants. Les Lions sont immobilisés à la sortie du stade. Les forces de l’ordre entrent en action, sous prétexte de dissuasion. Elles ne font pas de quartier. Des débits de boisson sont détruits, des coups de feu résonnent dans la nuit noire, sans que l’on sache, s’il s’agit de balles à blanc ou pas, ou bien encore des tirs de grenades lacrymogènes.

Le résultat ne se fait pas attendre. Il y a des blessés parmi les fuyards. Mais la dispersion est effective. Ceux qui attendaient les Lions pour on ne sait quelle fête en sont pour leur frais. Selon des sources concordantes, les joueurs ont dû quitter le stade à bord de véhicules militaires. Dès jeudi, les plus hautes autorités avaient d’ailleurs convoqué une réunion d’urgence, sur prescription du Premier ministre, Ephraïm Inoni, pour inviter les médias d’Etat, en particulier, à préparer l’opinion à l’éventualité d’une non qualification des Lions. Un certain matraquage s’en était suivi. Il a été prolongé samedi, au journal du soir de la télévision d’Etat.

«Ce n’est pas la fin du monde»

«Les Lions ont perdu une occasion de qualification, mais ils n’ont pas perdu leur crinière», assure la présentatrice. De leur côté, les chroniqueurs ont invité les Camerounais à accepter ce coup du destin, rappelant au passage, ces paroles d’un générique bien connu d’une célèbre émission de sport: «Nous, acceptons la défaite, mais enfin, ce n’est pas la fin du monde». Dans ce pays, où les victoires des Lions ont souvent fait l’objet d’une récupération politicienne, le président Biya avait déjà promis la veille aux joueurs, une «prime spéciale» en cas de qualification. Il n’aura pas à le faire.

Samedi soir, beaucoup de supporters de Yaoundé, Douala, Ebolowa, Garoua ou Bafoussam, se consolaient en soulignant que «d’autres grandes nations de football en Afrique n’iront pas à la Coupe du monde». Ils se rabattaient sur un possible cinquième trophée continental que les Lions pourraient récolter en Egypte, début 2006, où les Nations unies les voient jouer pleinement un rôle «d’ambassadeurs itinérants du sport pour le développement et la paix». Nombreux sont ceux qui, dans un étonnant calme, se sont rapidement tournés vers le match France contre Suisse, suivi par la magie du câble. La vie a repris son cours normal, ou presque. Dimanche matin, dans ce pays où le football est une religion, par petits groupes, on commentait encore le match de la veille. Mais samedi soir, les dieux du football n’étaient pas camerounais.


par Valentin  Zinga

Article publié le 09/10/2005 Dernière mise à jour le 09/10/2005 à 14:17 TU