par Sabine Cessou
Article publié le 10/10/2005 Dernière mise à jour le 10/10/2005 à 16:41 TU

Salomon Kalou a demandé sa naturalisation pour jouer dans les rangs de l’équipe nationale néerlandaise lors de la prochaine Coupe du monde de football, en 2006 en Allemagne.
(Photo : AFP)
De notre correspondante à
Arrivé en août 2003 aux Pays-Bas, ce jeune footballeur ivoirien, frère cadet de Bonaventure Kalou, joueur au Paris-Saint-Germain (PSG), a aussitôt intégré Feyenoord, le club de Rotterdam. Là, il a fait une grande différence : 20 buts marqués en 33 matches. Redoutable avant-centre, Salomon Kalou n’est pas seulement soutenu par le gratin du football néerlandais : Marco van Basten, l’entraîneur de l’équipe nationale et Johan Cruijff, ancien joueur de haut vol surnommé le «Pelé blanc», qui défend ce qu’il considère comme des «talents uniques» chez Salomon Kalou. Johan Cruijff est prêt à témoigner au cours du procès.
Au Parlement, un débat urgent s’est tenu le 30 septembre sur cette affaire, à la demande du Parti travailliste (PVDA) et des Verts, qui ont insisté pour que le gouvernement accorde la citoyenneté néerlandaise à Kalou, selon une procédure exceptionnelle réservée aux ressortissants étrangers susceptible de contribuer de manière «indiscutable» à la société néerlandaise.
Rita Verdonk, elle, n’en démord pas. «Ce joueur pourra obtenir son passeport néerlandais après cinq ans de séjour dans le pays, comme les autres étrangers», a-t-elle répété devant l’Assemblée nationale. Forte du soutien de son camp politique, la coalition de centre-droit au pouvoir, Rita Verdonk a déclaré qu’elle ne cèderait ni aux pressions, ni à la «prétendue» popularité de l’avant-centre ivoirien. «Je suis libre et j’ai pesé ma décision. Je ne suis pas là pour être populaire», a-t-elle déclaré, en dépit de sa propre cote de popularité dans les sondages, la plus élevée de tous les ministres néerlandais.
L’opinion publique satisfaite
Car la fermeté de Rita Verdonk satisfait l’opinion, aussi bien sur les procédures d’expulsion des sans-papiers que les nouveaux tests de langue et de culture néerlandaises qui seront bientôt imposés à tous les ressortissants étrangers non naturalisés (un demi-million de personnes). Selon un sondage effectué par la station de radio Standpunt, 73 % des Néerlandais ne sont de toutes façons pas d’accord pour que Kalou joue en 2006 dans l’équipe nationale des Pays-Bas.
Une autre enquête d’opinion publiée le 4 octobre par l’institut Maurice de Hond confirme cette tendance : plus de 75 % des citoyens néerlandais soutiennent la position de Rita Verdonk dans l’affaire Kalou. Même chez les amateurs de football, ce soutien s’avère nettement majoritaire (63 %), contre 33 % d’opinions contraires. Personne n’a encore prononcé le mot «racisme» dans le cadre de ce dossier, dans un pays qui assume de plus en plus l’échec de son modèle «multiculturel».