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Séisme en Asie

Course contre la montre

Muzaffarabad, la capitale du Cachemire pakistanais, est rasée à plus de 70%. (Photo: Eric de Lavarène)
Muzaffarabad, la capitale du Cachemire pakistanais, est rasée à plus de 70%.
(Photo: Eric de Lavarène)
Dix-sept jours après le terrible séisme qui a ravagé le nord du Pakistan et le Cachemire, la situation humanitaire est toujours aussi préoccupante sur le terrain. Les secouristes sont en effet engagés dans une course contre la montre pour tenter de venir en aide aux quelque trois millions de sinistrés. Leur travail, déjà très perturbé par les nombreuses répliques du tremblement de terre du 8 octobre –il y en a eu plus de 700–, est désormais sérieusement menacé par l’approche de l’hiver. Les Nations unies estiment ainsi que la communauté internationale n’a plus que trois semaines pour venir en aide aux victimes avant les premières chutes de neige.

La situation dans les zones sinistrées est à ce point préoccupante que Kofi Annan n’a pas hésité à employer l’expression «nouvelle hécatombe» pour décrire ce qui risque de se produire si rien n’est fait rapidement pour venir en aide aux quelque trois millions de réfugiés jetés sur les routes depuis le 8 octobre. Le secrétaire général des Nations unies, qui doit participer mercredi à une réunion des pays donateurs, a déploré que l’appel de fonds d’urgence de 312 millions de dollars lancé par son organisation au lendemain du séisme n’ait été honoré qu’à hauteur de 12% (soit environ 37 millions de dollars). En comparaison, l’appel de fonds lancé en décembre dernier pour porter secours aux victimes du tsunami avait été financé à près de 80% dans les dix jours qui avaient suivi la catastrophe. «Quelque trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont sans abri et beaucoup n’ont ni couverture, ni tente pour les protéger de l’impitoyable hiver himalayen. Cela veut dire qu’une seconde hécatombe se produira si nous ne redoublons pas d’efforts maintenant», a déploré Kofi Annan.

Sur le terrain, les responsables multiplient les appels à la mobilisation, insistant sur l’approche de l’hiver. «La denrée la plus rare  à l’heure actuelle est le temps qui passe, a ainsi souligné le coordinateur humanitaire de l’ONU pour le Pakistan, Jan Vandemoortele. Le temps ne peut pas s’acheter avec de l’argent et le climat est contre nous». Jan Egeland, en charge au sein de l’organisation de l’aide d’urgence, a pour sa part ouvertement évoqué «un cauchemar logistique». «Nous pensions que le tsunami était la pire chose que nous pouvions avoir. Mais ceci est bien pire», a estimé ce responsable qui presse la communauté internationale d’agir au plus vite. Dix-sept jours après la catastrophe, environ 10 à 20% des villages sinistrés n’ont encore reçu aucune aide et les Nations unies estiment qu’il ne reste guère plus que trois semaines pour porter secours aux victimes dans ces régions montagneuses avant l’arrivée des premières neiges. L’ONU affirme en outre que de fortes pluies sont d’ores et déjà prévues dans les trois ou quatre jours qui viennent, ce qui devrait considérablement retarder le travail des secouristes.

L’Otan se mobilise

Selon un dernier bilan encore provisoire, plus de 53 000 personnes ont été tuées dans le séisme du 8 octobre et près de 80 000 autres ont été blessées. La catastrophe a laissé plus de trois millions de sans-abri, pour la plupart livrés à eux-même. Pour faire face à l’ampleur du désastre annoncé, les Nations unies, qui manquent considérablement de moyens, n’ont pas hésité à faire appel à l’Otan qui, pour la première fois de son histoire a accepté de mettre ses forces à la disposition d’une opération humanitaire. Un millier d’hommes, dont 500 spécialistes du génie qui aideront notamment à la réouverture des routes, devraient être ainsi rapidement opérationnels. L’Alliance atlantique doit également dépêcher sur le terrain une unité médicale multinationale dont la mission sera d’installer des hôpitaux de campagne. Ce dispositif doit en outre être complété par l’envoi de quatre hélicoptères gros porteurs. «C’est la première fois que l’Otan entreprend quelque chose de ce genre et avec une telle ampleur», a d’ailleurs déclaré son secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer, précisant que l’Otan, qui n’est pas une organisation humanitaire, «jouait néanmoins son rôle dans le cadre de ses statuts».

L’Alliance atlantique a, de fait, d’ores et déjà aidé au transport de plus de mille tonnes d’aide de première urgence grâce notamment à un pont aérien qui a été mis en place depuis le 19 octobre entre la Turquie et le Pakistan. Et près de 40% des hélicoptères à l’œuvre actuellement dans les zones sinistrées appartiennent à des pays membres de l’organisation.

Alliés traditionnels d’Islamabad, les Etats-Unis ont, de leur côté, annoncé un renforcement de leur flotte d’hélicoptères pour venir en aide aux sinistrés. En visite dimanche à Muzzafarabad, la capitale du Cachemire pakistanais, le chef du commandement central américain, le général John Abizaïd, a déclaré que treize nouveaux appareils allaient être envoyés d’Afghanistan, ce qui portera à 25 le nombre des hélicoptères américains engagés dans les opérations de secours. Au total, une centaine d’appareils multiplient les rotations pour évacuer les blessés toujours très nombreux à attendre des soins et acheminer des vivres et des tentes pour les dizaines de milliers de sinistrés. Mais l’arrivée du mauvais temps devrait rapidement entraver leur travail.


par Mounia  Daoudi

Article publié le 24/10/2005 Dernière mise à jour le 24/10/2005 à 18:04 TU