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Pakistan

La générosité manque encore à l'appel

Avant l’arrivée de l’hiver, il faut mettre à l’abri les survivants toujours bloqués dans les montagnes.(Photo : AFP)
Avant l’arrivée de l’hiver, il faut mettre à l’abri les survivants toujours bloqués dans les montagnes.
(Photo : AFP)
Les Nations unies ont organisé ce mercredi à Genève une conférence pour demander aux pays riches d’augmenter de toute urgence leurs dons afin d’aider le Pakistan à faire face aux besoins des sans abris. Pour donner plus de poids à la demande, le secrétaire général des Nations unies était à Genève, siège de l’OCHA, le bureau des Nations unies pour la coordination de l’aide humanitaire.

Le tremblement de terre a dévasté une région montagneuse de 28 000 kilomètres carrés.
(Carte : RFI)
Kofi Annan a donc appelé les représentants des pays donateurs a augmenter leur aide aux victimes du séisme pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire avant l’hiver. «Plus de trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont sans toit et beaucoup trop dorment encore en plein air», a déclaré le secrétaire général des Nations unies. Il a précisé : «La provision mondiale de tentes étant  pratiquement épuisée, il faut trouver de toute urgence d’autres formes d’abris».  

Le tremblement de terre du 8 octobre dernier a causé la mort de 54 000 personnes, selon un dernier bilan qui s’est encore alourdi. Selon les autorités pakistanaises, 77 000 personnes ont été blessées. Les maisons de 3, 3 millions d’habitants du Cachemire ont été détruites, le nombre de sans abris est presque équivalent. 

«Eviter un désastre dans le désastre». C’est ainsi que l’ambassadeur du Pakistan aux Nations unies, à Genève, a interpellé les pays donateurs à l’ouverture de la conférence chargée d’engranger de nouveaux fonds destinés au Pakistan. «Certains faits sont connus, mais l’étendue exacte de la tragédie reste à évaluer», a affirmé Masood Khan.  Le tremblement de terre a dévasté une région montagneuse de 28 000 kilomètres carrés, privé d’emplois plus d’un million de personnes, démoli des milliers d’écoles, d’hôpitaux, et détruit des routes.

«Les abris, les abris, les abris»

«Si nous n’arrivons pas à rallier les villages les plus isolés et les plus ravagés d’ici deux semaines, nous allons faire face à une nouvelle vague de morts», a prévenu hier Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). La zone dévastée est difficile d’accès et le temps presse avant l’arrivée de la neige, prévue mi-novembre, et du froid. «On va demander un peu plus d’hélicoptères, mais ce n’est plus l’essentiel. C’est à présent les abris, les abris, les abris», a encore indiqué la responsable de l’OCHA. L’Onu a qualifié ces opérations de secours de «pire cauchemar»  qu’elle ait jamais connu.

Sur les 900 tonnes d’aide promises, 350 environ ont été acheminées par l’Otan, par le biais d’un pont aérien depuis la base turque d’Incirlik. Comme il reste moins de trois semaines, avant l’arrivée de l’hiver, pour mettre à l’abri les survivants toujours bloqués dans les montagnes, «il faut utiliser efficacement cette fenêtre étroite avant que les routes ne ferment et que les villages éloignés se retrouvent prisonniers», a encore expliqué l’ambassadeur du Pakistan à Genève. Devant l’urgence, l’Otan va, et c’est une première, envoyer un bataillon de 500 soldats, espagnols, polonais et italiens, chargés essentiellement de dégager les routes. Un autre contingent de 500 soldats, appartenant à une unité d’élite de l’Otan devrait également arriver au Pakistan avant la fin de la semaine, ainsi qu’une nouvelle antenne médicale internationale.

Malgré ces manifestations concrètes de l’aide internationale, la générosité n’est pas au rendez-vous. Les Nations unies réclament des dons à hauteur de 550 millions de dollars, au lieu des 312 initialement demandés. «Nous avions besoin de l’argent hier. Nous amputons beaucoup trop» (faute de moyens d’évacuation), a déclaré Jan Egeland, coordinateur de l’aide d’urgence des Nations unies. Jusqu’à présent, l’organisation n’a réellement reçu que 67,8 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 35 millions de dollars promis pour les six prochains mois.

A plusieurs reprises, depuis le 8 octobre, les responsables onusiens ont lancé des appels à la communauté internationale pour qu’elle se mobilise en faveur des rescapés pakistanais. Mais dans les pays occidentaux, les opinions publiques n’ont pas réagi comme pour les victimes du tsunami en Asie du Sud-Est. Probablement un manque de touristes et d’appareils photo dans le Cachemire en guerre, un déficit de clichés, de caméras familiales, pour donner la mesure du désastre.

A la veille de la conférence de Genève, l’organisation britannique Oxfam s’est montrée solidaire des responsables onusiens en déclarant que les pays riches ne font pas assez pour le Pakistan. Six d’entre eux ont été pointés du doigt par l’organisation non gouvernementale pour ne pas avoir encore répondu à l’appel de l’Onu. Il s’agit de la Belgique, de la France, de l’Autriche, de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, six pays qui sont cependant impliqués dans l’aide fournie dès le départ par l’Union européenne.

Les sautes d’humeur de l’aide

Des tentes, des bâches, des couvertures, des kits de survie, des fourneaux, des jerricans, des latrines, des pompes, des groupe électrogènes, des systèmes de purification d’eau arrivent au Pakistan même si leur nombre reste insuffisant. A Muzaffarabad, des camps de toile ont été installés dans lesquels vivent plusieurs milliers de personnes. Le système de distribution d’eau de la ville a été partiellement rétabli, il n’avait pas été complètement détruit. La situation reste plus difficile dans les villages de montagne.

Pour éviter les sautes d’humeur de l’aide humanitaire, les Nations unies aimeraient bien créer un fonds qui serait doté de 500 millions de dollars, afin de parer aux urgences en cas de catastrophe naturelle. C’est Jan Egeland, l’un des responsables onusiens aux affaires humanitaires, qui lance cette idée. «En moyenne, nos appels sont seulement financés à 16% durant le premier mois d’opérations, alors que c’est le plus critique. Un fonds global pour les catastrophes doit nous permettre d’agir sans délai», a-t-il déclaré avec ce nouvel appel aux donateurs. «Il faut sortir du système de la main tendue», estime pour sa part une représentante du Programme alimentaire mondial (PAM), seule agence de l’Onu à posséder un fonds d’urgence.    


par Colette  Thomas

Article publié le 26/10/2005 Dernière mise à jour le 26/10/2005 à 16:47 TU