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Sommet de l’information

A Tunis, des promesses et rien d’autre

Le président tunisien, Ben Ali, a prononcé le discours de clôture du Sommet mondial de la société de l'information.(Photo: AFP)
Le président tunisien, Ben Ali, a prononcé le discours de clôture du Sommet mondial de la société de l'information.
(Photo: AFP)
Le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) s'est conclu vendredi soir à Tunis, laissant un goût d’inachevé à tous ceux qui attendaient des engagements concrets contre la fracture numérique. Ce sommet n’a pas non plus apporté de réponse à la question fondamentale de la gouvernance de l’Internet, question qui oppose depuis des mois les Etats-Unis –qui ont la mainmise sur la régulation du réseau des réseaux– à la communauté internationale. Cette dernière plaide pour un contrôle plus équitable.

De notre envoyée spéciale à Tunis

Vingt-deux pages, cent vingt-deux articles et aucun engagement concret. Le «sommet des solutions» du président Zine El Abidine Ben Ali a accouché d’une souris. L’Agenda de Tunis, qui a clôt les trois jours de débats du SMSI, n’est en effet qu’une suite de déclarations de bonnes intentions. Les participants ont ainsi affirmé que «le moment était venu de passer des principes à l'action». Ces participants se sont également déclarés «conscients de l’ampleur du problème que pose la réduction de la fracture numérique» et se sont félicités de la création du Fonds de solidarité numérique (FSN), initié en décembre 2003 par le président sénégalais Abdoulaye Wade, fonds qu’ils ont qualifié de «mécanisme financier innovant et volontaire». Mais pour faire face concrètement au fossé qui ne cesse de se creuser entre les pays du Nord et du Sud, l’Agenda de Tunis se contente d’affirmer l’engagement des participants à «rester pleinement mobilisés aux plans national, régional et international». C’est dire la déception de ceux qui attendaient de véritables mesures pour lutter contre la fracture numérique.

L’absence de la plupart des dirigeants occidentaux, qui jusqu’à présent ont refusé le principe d’une contribution financière obligatoire pour aider les pays les plus pauvres à rejoindre la révolution numérique, a sans aucun doute pesé sur les résultats de ce Sommet. Le secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT), organisatrice du rendez-vous de Tunis, le Japonais Yoshio Utsumi, n’a d’ailleurs pas caché sa déception face à la défection des Etats du Nord. «Leur compréhension du sujet est limitée», a-t-il regretté faisant observer que l’on était «encore très loin des objectifs fixés» à Genève qui, selon lui, nécessiteront du temps et des efforts de toutes les parties prenantes, gouvernements, secteur privé, société civile et organisations internationales.

La seule note d’espoir de réduire la fracture numérique a sans doute été l’initiative présentée par le chercheur américain Nicholas Negroponte de créer un portable à 100 dollars pour les enfants des pays les plus défavorisés. Le directeur du prestigieux MediaLab du Massachusetts Institute of technology (MIT) a en effet dévoilé, au cours de ce sommet, le prototype de cet ordinateur dont la fabrication devrait débuter d’ici la fin de l’année. Avec le Fonds de solidarité numérique, qui jusqu’à présent n’a réuni que huit millions d’euros là où il en faudrait plusieurs centaines de millions, ce projet a été le seul engagement concret pris pour lutter contre la fracture numérique. Deux initiatives louables, mais extérieures au sommet officiel, et à ses multiples réunions préparatoires.

Rendez-vous à Athènes

L’autre sujet phare, sur lequel devaient se pencher les représentants des quelque 170 pays présents au SMSI, portait sur la gouvernance de l’Internet. Là encore, le bilan est des plus décevants. Les diplomates sont en effet parvenus in extremis à un accord qui n’a fait qu’entériner le statu quo actuel et dont les Etats-Unis, pourtant totalement isolés à la veille du Sommet, sont sortis les grands vainqueurs. La gestion technique de la Toile reste ainsi entre les mains de l’Icann, une société privé californienne sur laquelle le département américain du Commerce continuera d’exercer une tutelle. La communauté internationale, qui réclamait une internationalisation de cette gestion, n'a obtenu qu'une maigre compensation avec la création d'un forum international pour la gouvernance de l’Internet (IGF), qui aura pour seul pouvoir celui de débattre de questions concernant, en priorité, les contenus circulant sur le Net : spams, cybercriminalité…

La première édition de ce Forum, que Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, doit convoquer, devrait avoir lieu avant la fin du premier semestre 2006, et la Grèce a d’ores et déjà proposé de l’accueillir. Mais cette nouvelle instance est déjà l'objet d'une polémique, plusieurs organismes revendiquant en effet la prise en charge de son organisation, et la mise au point de son ordre du jour. L'Union internationale des télécommunications, organisme affilié à l'ONU, est ainsi en concurrence avec l'Internet Society (Isoc), une organisation à but non lucratif, dirigée par la plupart des pionniers américains et européens de l'Internet.

Rendez-vous donc à Athènes pour un nouveau round de discussions. Car si le Sommet de Tunis peut se targuer d’avoir réuni plus de 18 000 participants, ces derniers n’auront finalement fait qu’enfoncer des portes grandes ouvertes. Et tout reste à faire pour construire une société de l’information véritablement équitable. Sur les six milliards d’habitants de la planète, cinq milliards n’ont en effet toujours pas accès à la Toile.


par Mounia  Daoudi

Article publié le 19/11/2005 Dernière mise à jour le 19/11/2005 à 11:49 TU