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Kazakhstan

Le président Nazarbaev fébrile avant sa réélection

Affiches électorales à Almaty, le 2 décembre 2005.(Photo: AFP)
Affiches électorales à Almaty, le 2 décembre 2005.
(Photo: AFP)
Ce dimanche, les Kazakhstanais se rendront aux urnes pour élire leur président. La victoire est promise à l’autoritaire Noursoultan Nazarbaev, au pouvoir depuis la fin de l'ère soviétique en 1989. Malgré tout, l'ancien apparatchik et son équipe semblent nerveux.

De notre correspondant à Almaty

Noursoultan Nazarbaev devrait être tranquille. Il semble pourtant fébrile. Les quelques signes de nervosité que l'entourage présidentiel a montré ces dernières semaines, indiquent que quelque chose change au Kazakhstan. Comme si de petites fissures apparaissaient dans l'édifice politique bâti autour du président depuis 1991 et sa première élection à la tête du Kazakhstan indépendant. Certes, M. Nazarbaev, 65 ans, sera réélu dès dimanche soir. Et confortablement. Mais ce ne sera peut-être pas assez pour cet ancien apparatchik, devenu secrétaire du Parti communiste kazakh en 1989, habitué aux scores fleuves.

«Le président sortant est le véritable poids lourd de cette élection.»
Sophie Malibeaux
Journaliste à RFI  [04/12/2005] 04 min 14 sec
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Selon le sociologue Sabit Joussoupov, le Président Nazarbaev pourrait ne récolter «que» 60% des suffrages des 8,6 millons de Kazakhstanais appelés à voter ce dimanche. Ce qui laisserait augurer d'un bon score de la principale coalition d'opposition, Pour un Kazakhstan juste, conduite par Zhamarkhan Tuyakbaï. Cet ancien procureur général, devenu président du Parlement, est sorti des rangs du pouvoir après les élections parlementaires de septembre 2004. Selon beaucoup d'observateurs de la vie politique de ce pays grand comme cinq fois la France, le mouvement Pour un Kazakhstan juste peut raisonnablement espérer rassembler 20 à 25% des voix.

Mais les fraudes pourraient être élevées. Plusieurs voix se sont élevées pour dire que la campagne a été inéquitable, toute à l'avantage du président sortant. Selon le second rapport intermédiaire de la mission d'observation de l'élection de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), trois des cinq candidats «se sont plaints de restrictions de leur capacité à s'adresser aux votants», qu'il s'agisse de l'accès aux médias, beaucoup étant contrôlés par la fille et le gendre du président, de la possibilité de se réunir ou d'obtenir des espaces pour coller des affiches.

Naissance du multipartisme ?

La coalition Pour un Kazakhstan juste a fait campagne notamment en critiquant la personne du président et la corruption de son entourage. Pour beaucoup d’observateurs, si ce mouvement obtient un score significatif, il aura une chance réelle de s'inscrire durablement dans le jeu politique kazakhstanais. Tout dépendra alors de sa capacité à conserver son unité après l'élection et approfondir sa relation avec la population.

«Le vrai enjeu de cette élection, c'est la naissance du multipartisme, estime Eugeny Zhovtis, directeur du Bureau international du Kazakhstan pour les droits de l'homme et le règne de la loi. La question est à la fois de savoir si le pouvoir va laisser l'opposition émerger dans le paysage politique et si cette dernière va être capable de se constituer comme une vraie alternative». Une question cruciale dans un environnement politique post soviétique habitué au monopartisme.

Pour l'heure, voter pour l'opposition est davantage un acte de protestation qu'une vraie adhésion à un programme. «Si vous demandez aux Kazakhstanais pour qui ils vont voter, la plupart répondent Nazarbaev, raconte Eugeny Zhovtis. Mais si vous leur demandez si ils sont d'accord avec les critiques que l'opposition adresse au pouvoir, la corruption, la mauvaise répartition de l'argent issu du pétrole, la pauvreté qui demeure très grande dans le pays, ils répondent presque tous oui. C'est donc que l'opposition n'est pas crédible».

L’opposition est en fait tout droit sortie des rangs du pouvoir, notamment après 2001. Elle a l'image d'être moins poussée par un réel désir d'améliorer le sort de la population que de simplement prendre la place de l'actuelle l'équipe dirigeante. Pour autant, de fortes personnalités la constituent et sont porteuses d'une vision plus libérale de la politique et de l'économie. L’une de ces personnalités, l'ancien ministre Zamanbek Nourkadilov, a été vraisemblablement assassiné le 12 novembre dernier. Ce meurtre, paradoxalement, affaiblit M. Nazarbaev, selon le journaliste Sergueï Doudanov, qui explique que le premier souci du président, c’est de mettre en avant la stabilité de son régime.

Pas de révolution colorée à l’horizon

Toutefois, pas de révolution colorée à attendre dans la steppe, comme en Géorgie, en 2003, ou en Ukraine, il y a tout juste un an. Même si le pouvoir semble prendre ce scénario au sérieux, de façon presque irrationnelle. Certes, la politique du chef de l’Etat fait l’objet de critiques; certes, son régime n’est pas exempt de scandales et de corruption. Mais Noursoultan Nazarbaev, l'homme, demeure populaire.

L'argent du pétrole et, d'une façon générale, celui des richesses du sous-sol kazakh, retombe dans toutes les couches de la population. Très inégalement, il est vrai. Mais avec de 9 à 10% de croissance depuis cinq ans, le président Nazarbaev parvient à un peu améliorer le quotidien des Kazakhstanais et à donner de l'espoir à chacun, à coup de promesses de campagne.

Quelques 130 minorités se côtoient au Kazakhstan. Aux XIXe et XXe siècles, le pays était une terre de colonisation et de déportation des peuples de l'empire tsariste et de l'Union soviétique. Et aujourd’hui, cette mosaïque ethnique est reconnaissante au président Nazarbaev d'avoir su maintenir la concorde civile. Ce qui ne fut pas le cas dans les autres ex-républiques de l'URSS, notamment en Asie centrale.

Côté diplomatique, aucune des grandes puissances qui courtisent ce pays n'a envie d'un changement de régime à Astana, la capitale kazakhe depuis 1997. Que ce soit la Russie, pays le plus proche du Kazakhstan par son histoire et sa géographie, la Chine voisine, pour qui il est crucial de sécuriser ses approvisionnements énergétiques en Asie centrale, ou les Etats-Unis, pour qui la position de ce pays au coeur du continent eurasiatique est de première importance stratégique.

D'où le désir kazakhe de devenir le grand leader régional. C'est pourquoi le pays rêve d'obtenir, en 2009, la présidence de l'OSCE. Cette organisation internationale aide les nouveaux Etats de l'Est à se construire sur une base démocratique et libérale. Un objectif de premier ordre pour Astana. En ce sens, l'élection de ce dimanche devrait servir de «test démocratique».



par Régis Genté

Article publié le 03/12/2005 Dernière mise à jour le 03/12/2005 à 10:34 TU