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Chronique Médias

Harry Roselmack, un journaliste d’origine antillaise, à la tête du 20 heures de TF1 cet été

Amaury de Rochegonde
Amaury de Rochegonde

L’événement est à la fois symbolique et sociétal, comme on dit : un journaliste noir sera le présentateur du 20 heures de TF1, c'est-à-dire qu’il présentera pendant l’été le journal télévisé le plus regardé de France et même d’Europe. Alors disons-le, c’est bien là le signe que la France est en train de changer, qu’elle est en train d’accepter son métissage à l’heure même où l’Assemblée nationale impose le CV anonyme pour les entreprises de plus de 50 salariés. L’homme a 33 ans, il s’appelle Harry Roselmack, c’est un ancien de la radio France Info, un présentateur sur la chaîne I-télé du groupe Canal+. Il s’apprête à remplacer pendant les beaux jours la star incontestable du 20 heures, l’indéracinable Patrick Poivre d’Arvor. Alors c’est sûr, c’est là une avancée très forte dans le sens de la représentation des minorités visibles à la télévision. D’autant que TF1 est plutôt connu pour son conservatisme, pour son manque d’audace en matière de casting même si la chaîne assure compter dans ses rangs 10% de journalistes issus de l’immigration. Cela nous rapproche un peu de l’Angleterre où on trouve des présentateurs de couleur depuis vingt ans. Le principal journal du soir de la BBC est, par exemple coprésenté par George Alagiah, un Tamoul d’origine sri-lankaise qui a grandi au Ghana. Sur Channel Four, un tiers des intervenants à l’écran dans les sessions d’information ne sont pas blancs. Alors, en France, le groupe TF1, qui a également recruté la journaliste guadeloupéenne Christine Kelly sur LCI, est loin d’être le seul à s’engager dans cette diversité. Le groupe public France Télévisions a aussi fait un effort important dans ce sens à travers son plan d’action positive pour l’intégration, qu’il souhaite d’ailleurs amplifier. Et en septembre dernier, il a pour la première fois confié à une femme noire, Audrey Pulvar, les rênes du journal du soir de France 3. Pourtant, comme dit Dominique Baudis, le président du CSA, « il reste encore trop d’écart entre la réalité de la société française et sa représentation à l’antenne ». Bref, la nomination d’un présentateur noir à TF1 ne règle pas tout.

Polémique sur l’influence de Nicolas Sarkozy

Et oui, Harry a un ami qui lui veut du bien et cet ami, c’est Nicolas Sarkozy. Vous savez que la discrimination positive est un des dadas du président de l’UMP, surtout quand ses propos sur la « racaille » passent difficilement auprès des personnes de banlieue issues de l’immigration. Or, voilà que Nicolas Sarkozy, comme l’a révélé le Monde, était au courant avant tout le monde de cette nomination. Le 17 février, au cours d’un déjeuner avec les membres du club Averroès, une association qui milite pour la diversité dans les médias dont est membre Harry Roselmack, il a déclaré : « Grâce aux liens qui me rapprochent de Martin Bouygues, je sais qu’il y aura un Noir au 20 heures de TF1 cet été ». De là à penser que le président de l'UMP a eu de l’influence sur cette décision, il n’y a qu’un pas… Nicolas Sarkozy sait que le patron de Bouygues, propriétaire de TF1, va envoyer un signe fort au pays comme il savait qu’Europe 1, la radio de son ami Arnaud Lagardère, allait recruter un journaliste politique. Jean-Pierre Elkabbach, le patron de la station, avait même eu l’idée de lui demander son avis sur les candidats en lice. Cela a provoqué un communiqué de protestation de la Société des journalistes d’Europe 1. Et puis, c’est passé. Plus personne ne s’offusque vraiment que derrière des recrutements dans les médias, il y ait la main du politique. Finalement, la France est-elle vraiment en train de changer ?



par Amaury  de Rochegonde

[11/03/2006]

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