Egypte
Libération de prisonniers islamistes

(Photo : AFP)
En libérant ces centaines de membres de la Jamaa Islamyia, les autorités égyptiennes marchent sur traces de la Tunisie, de la Libye, du Maroc et de l’Algérie qui ont élargi plusieurs centaines d’islamistes depuis deux mois. En Algérie, plus de 300 islamistes ont été graciés dans le cadre de la loi sur la « réconciliation nationale », dont l’ancien chef du Groupe islamique armé, Abdelhak Layada. Le roi Mohamed VI du Maroc a gracié 30 membres du Groupe Djihadiste salafiste et le président Ben Ali de Tunisie a autorisé la libération de 70 intégristes musulmans. La Libye a libéré le 2 mars la totalité des 84 islamistes détenus depuis la fin des années 90.
Certains des militants islamiques aujourd’hui libérés en Egypte avaient été arrêtés il y a plus de vingt ans, suite à l’attentat qui a provoqué la mort du président Anouar el-Sadate, le 6 octobre 1981 au Caire. La Jamaa Islamiya est aussi responsable de l’organisation de l’attaque contre des touristes occidentaux qui provoqua 58 morts, en novembre 1997 dans un temple pharaonique à Louxor.
Depuis quelques années, des divisions s’étaient manifestées au sein de ce mouvement clandestin qui avait adopté des positions plus modérées, renonçant officiellement à la violence en 1999. On pense que la Jamaa Islamiya a voulu suivre l’exemple de la confrérie des « Frères Musulmans » qui, tout en restant dans la clandestinité, ont réussi à s’intégrer dans plusieurs secteurs de la société égyptienne et qui se présentent actuellement comme une véritable alternative au régime du président Hosni Moubarak.
Le Caire veut contenir la masse critique des menaces islamistes
L’Egypte vit, depuis plusieurs années, une situation économique très difficile, pour ne pas dire grave. Cela peut expliquer la montée en puissance des islamistes, comme c’était déjà le cas dans d’autres Etats de la rive sud de la Méditerranée. Avec à peine 960 dollars par habitant et par an, l’Egypte connaît une grave crise sociale. Ces sombres perspectives socio-économiques préoccupent aussi les gouvernements européens et les Etats-Unis, qui sont les principaux alliés du régime égyptien.
La décision de libérer les éléments de la Jamaa Islamyia peut être expliquée par le souhait du président Moubarak de neutraliser une « masse critique » qui deviendrait incontrôlable à court terme. Le gouvernement de l’Egypte a voulu aussi répondre aux critiques des organisations humanitaires internationales qui exigent toujours la libération de milliers d’autres islamistes arrêtés depuis les années 80 dont beaucoup n’ont pas été jugés.
On sait aussi que Washington veut éviter que l’Egypte ne subisse les effets d’une révolution islamique, comme celle qui s’est produite en Iran en 1979. Il est vrai que, contrairement à l’Iran, 90% des 75 millions d’Egyptiens sont des musulmans sunnites.
Moubarak et les forces armées égyptiennes ne veulent pas que le pays bascule dans la situation de violence que l’Algérie a connu à partir de 1992. L’initiative de M. Moubarak à l’égard de « ses » islamistes intervient également dans un contexte d’offensive idéologique visant à contenir l’influence de Téhéran notamment sur les populations chiites des autres pays de la région.
par Antonio Garcia
Article publié le 12/04/2006 Dernière mise à jour le 12/04/2006 à 19:30 TU





