Etats-Unis
Un jour sans immigrants

(Photo : AFP)
« Un jour sans immigrants », c’est le mot d’ordre de cette journée. Il s’agit d’un appel à ne pas travailler, à ne pas envoyer les enfants à l’école et à ne pas consommer. En se tenant ainsi à l'écart de la vie économique du pays, les membres de la communauté immigrée entendent montrer leur poids économique, aussi bien du côté de la production que de la consommation.
En toile de fond le projet de loi sur l’immigration en discussion au Sénat
Le texte adopté en décembre par la chambre des représentants prévoit un net durcissement des sanctions contre les illégaux, criminalise le fait de porter assistance à des clandestins et renforce les contrôles aux frontières, avec la construction de mille kilomètres supplémentaires du mur de séparation entre le Mexique et les Etats-Unis. Le Parti républicain est cependant divisé sur le texte : si la base conservatrice soutient cette approche essentiellement répressive, d’autres préconisent un point de vue plus pragmatique et demandent la régularisation d’un certain nombre de travailleurs en situation irrégulière. Le président Bush prône ainsi l’octroi de permis de travail temporaires aux clandestins qui effectuent les tâches dédaignées par les Américains. Les milieux d’affaires ont en effet besoin de cette main d’œuvre bon marché. Les illégaux représentent près de 5% de la force de travail aux Etats-Unis.
L’approche des élections à mi-mandat complique le débat
Le scrutin de mi-mandat (mid-term elections) prévu à l’automne s’annonce difficile pour le parti au pouvoir. Les sondages sont mauvais et les rapports sont tendus au sein du camp républicain à l’approche de ce rendez-vous électoral. Il faut satisfaire la base conservatrice, mais George Bush et le Parti républicain ne veulent pas non plus se mettre à dos un électorat hispanique qu’ils courtisent depuis dix ans avec un certain succès. Près de 20% des Hispaniques votaient républicain en 1996, 40% en 2004. Avec ses 40 millions de membres, la communauté hispanique forme la minorité la plus importante des Etats-Unis et son poids électoral va s’accroître aux cours des prochains scrutins.
Il s’agit aujourd’hui pour le camp républicain de ne pas s’aliéner le vote d’une communauté sensible au sort des clandestins, majoritairement issus d’Amérique latine. Il y a cependant urgence à statuer. Le président américain souhaite pouvoir présenter aux électeurs au moins un projet de loi d’envergure sur le plan intérieur avant le prochain scrutin. Un accord semblait être trouvé au Sénat début avril, qui prévoyait la régularisation de 7 millions de clandestins mais le texte est finalement toujours bloqué. George Bush a convoqué la semaine dernière des sénateurs des deux partis pour discuter de la réforme. Le leader de la majorité au Sénat Bill Frist essaye lui de pousser les républicains au compromis avant la fin du mois de mai.
L’organisation d’une « journée sans immigrants » ne fait pas l’unanimité
Au sein même du mouvement de protestation contre le projet de loi sur l’immigration, certains dénoncent l’impact négatif que pourrait avoir le boycott de produits américains. L’absence au travail, à l'école, le fait de ne pas acheter américain aujourd'hui risquent, en effet, d’être interprétés par l’opinion comme un non respect des règles du jeu, comme une volonté de nuire à l'économie du pays d’accueil. D’importantes organisations de défense des droits des Minorités, qui craignent aussi le licenciement des employés qui suivraient le boycott, ont donc appelé à manifester après le travail ou après l’école. Malgré ces réticences, certains secteurs de l’économie américaine risquent d’être affectés par cette journée sans immigrants. Les travaux agricoles, de nettoyage, de restauration vont sans doute enregistrer quelques retards, et de nombreuses boutiques seront fermées aujourd’hui, en particulier dans le comté de Los Angeles, qui compte jusqu’à 15% de travailleurs en situation irrégulière.par Anne Corpet
Article publié le 01/05/2006 Dernière mise à jour le 01/05/2006 à 11:58 TU



