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Chronique des matières premières

Le soja brésilien en crise

Dominique Baillard(Photo : RFI)
Dominique Baillard
(Photo : RFI)

Alors que la récolte de soja bat son plein dans l’hémisphère sud, au Brésil, l’activité commerciale est paralysée par le mouvement de protestation des producteurs, dans la rue depuis 15 jours maintenant, qui exigent des aides d’urgence afin de faire face à des charges devenues astronomiques. Dans l’Etat du Mato Grosso, où la production est la plus importante, les camions transportant l’oléagineux sont bloqués. Les barges ne descendent plus non plus vers les ports du Sud et, depuis quelques jours, une partie des usines de trituration se retrouvent au chômage technique faute de graines à transformer.

Il y a deux ans à peine, grâce à la boulimie de la Chine, le soja faisait encore la fortune de ces nouveaux venus dans l’agro-business. Accourus du sud du pays, parfois totalement dépourvus de savoir faire agricole comme de moyens financiers, ils ont acheté ou loué les terres du Mato Grosso pour réussir dans ce filon prometteur en s’endettant lourdement. Un poids devenu écrasant ces derniers mois. Alors que les cours du soja stagnent à des niveaux trop bas, les coûts de production ont explosé : du carburant au fret en passant par les engrais et les pesticides pour lutter contre la rouille asiatique. Mais c’est surtout le raffermissement du real face au dollar, au plus haut depuis cinq ans, qui pénalise cette culture destinée aux trois quarts à l’exportation. Pour une productrice du Rio Grande do Sul, le Brésil paie aujourd’hui le manque de rigueur de la filière. Lorsque la Chine remet brusquement en cause ses importations de soja brésilien au printemps 2004 pour des traces de fongicide retrouvées dans certains chargements, ce n’est pas qu’une manœuvre commerciale de la part du géant asiatique. Le Brésil produit à tout va pour répondre à cette demande mais n’a pas encore les moyens logistiques de traiter au mieux ce client sourcilleux. A cette époque le pays triomphe au deuxième rang mondial des producteurs de soja et compte bien détrôner les Etats-Unis détenteurs de la premier place. Cet objectif qui aurait pu être atteint cette année s’évanouit pour quelques temps car l’heure est plutôt à la baisse des surfaces plantées.

Selon le ministre de l’Agriculture qui parle de la plus grave crise du soja des quarante dernières années, la production pourrait sérieusement diminuer dans les deux ans qui viennent si les coûts de production restent les mêmes. Une évolution qui assainira sans doute le marché grevé par des stocks représentant presque l’équivalent du tiers de la consommation. Pour l’instant les échanges ont été peu affectés par cette crise mais les exportateurs américains sont à l’affût : l’écart entre les prix brésiliens et américains favorables aux premiers à cette période de l’année est en train de se réduire dangereusement, sur une balle de soja, seulement quelques pennies font aujourd’hui la différence.



par Dominique  Baillard

[09/05/2006]

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