Exposition
Les trésors du Qatar invités au Louvre

(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
«De Cordoue à Samarcande» : petite, mais belle et très soignée dans sa mise en scène, l’exposition présentée au Louvre est une véritable invitation au voyage à travers treize siècles d’histoire dans l’espace et dans le temps. Quelque quarante-deux objets illustrent le rayonnement de la civilisation arabo-musulmane qui s’est affirmée dès 715 après J.-C. et qui a étendu son influence sur trois continents. Une coupe en pâte argileuse d’une admirable sobriété, en provenance de Bassora (Irak, IXe siècle), une très belle biche en bronze coulé et décor gravé qui évoque l’art espagnol du Xe siècle, des soieries précieuses en provenance d’Iran, datées du XVIe siècle, une amulette indienne du XVIIe siècle… Epurés ou, au contraire, précieux et sophistiqués, ces objets ont en commun un vocabulaire plastique où domine le décor d’arabesques.
(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
Les décors renvoient à la calligraphie arabe, alors même que l’arabe s’est très vite imposée, non seulement comme langue administrative mais aussi comme langue de culture, dans un empire prospère. « On pourrait penser que le voyage du prophète Muhammad de La Mecque fut un petit déplacement entre deux villes d’Arabie. Ce fut pourtant un voyage important, puisqu’il marqua le début de l’ère musulmane.(…) Dès 715 après J.-C., le monde musulman s’étendait d’Ouest en Est, de l’Espagne à l’Asie centrale, englobant ainsi une myriade d’ethnies, de races, de langues et d’histoires différentes », souligne Sabiha al Khemir, conservateur en chef du musée d’Art islamique de Doha, commissaire de l’exposition, en France, avec Francis Richard.
(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
L’inspiration des potiers, par exemple, illustre les influences mutuelles entre la Chine et l’Irak. « Au début du IXe siècle, les potiers musulmans étaient fascinés par la porcelaine chinoise et cherchaient à l’imiter (…). Les ingrédients nécessaires à la fabrication n’existaient cependant pas au Proche-Orient. Les potiers de Bassora (…) eurent alors l’ingénieuse idée de recouvrir leurs modestes céramiques d’une glaçure opaque afin de lui donner un aspect plus raffiné. Mais la véritable innovation fut l’introduction de décors bleu cobalt sur fonds blancs. Les potiers musulmans du IXe siècle furent ainsi à l’origine de la céramique "bleu et blanc" qui fleurit entre les mains des potiers chinois quelques siècles plus tard », explique Sabiha al Khemir .
D’ici 2007, un département des arts islamiques au Louvre
(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
Du monde persan à l’Asie centrale, de l’Espagne à l’Inde musulmane, de l’Egypte copte à la Syrie chrétienne : les frontières géographiques ont été perméables à l’influence de la civilisation arabo-musulmane qui s’est, au cours de siècles, emparée de toutes les branches du savoir, des techniques et des arts. Pour raconter la vitalité des échanges qui ont enrichi l’expression artistique, les commissaires ont pris soin de sélectionner un florilège de pièces originaires d’Espagne, d’Egypte, de Syrie, d’Irak, de Turquie, d’Iran, d’Inde, et d’Asie centrale. Ils ont également pris le parti de présenter une gamme de matériaux très diversifiés : céramique, métal, verre, soie, or, ivoire et pierres précieuses -jade, agate, émeraude.
(Photo : Hugues Dubois / musée d’Art islamique de Doha )
D’ici 2007, les arts islamiques doivent bénéficier d’une meilleure visibilité au Louvre. Ils seront installés cour Visconti, une des anciennes et des plus prestigieuses constructions du musée. Jusqu’au 26 juin, le musée du Louvre donne ainsi un avant-goût du redéploiement des collections nationales. En outre, l’exposition préfigure une collaboration entre Doha et Paris qui devrait se poursuivre, au gré d’échanges et de prêts. Trait d’union entre les deux Etats, les deux architectes dont les noms sont accrochés à la Pyramide du Louvre : l’architecte Ieoh Ming Pei et l’architecte-muséographe, Jean-Michel Wilmotte, qui ont également conçu le futur musée de Doha.
par Dominique Raizon
Article publié le 10/05/2006 Dernière mise à jour le 10/05/2006 à 11:00 TU





