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Chronique armée-défense

L'Afghanistan, mère des batailles

Philippe Leymarie 

		(Photo RFI)
Philippe Leymarie
(Photo RFI)

Les ministres de l'OTAN, jeudi, les Français et les Britanniques, vendredi, et bien d'autres ont commenté  l'élimination, par l'armée américaine, du «commandant opérationnel du mouvement terroriste en Irak», comme l'a appelé le président Bush. «L'un des trois principaux commandants d'al-Qaida dans le monde», a renchéri son ministre de la Défense, Donald Rumsfeld .

Les uns et les autres s'en sont en général félicités et il est vrai que l'activisme sanguinaire de cette «tête brûlée du djihad», assassin des envoyés de l'ONU, grand exécuteur d'otages, tueur de civils innocents, dynamiteur de mosquées - qui avait dévoyé et déformé l'image de la résistance en Irak - n'appelle aucune compréhension ou indulgence. George Bush, qui réunit demain son cabinet de sécurité à Camp David, voit dans la disparition de cet ennemi public numéro Un «une chance de renverser la tendance» en Irak et , peut-être, de promettre une sérieuse diminution de son corps expéditionnaire avant la fin de l'année. Et cela, même si de partout on convient que cela ne suffira pas à éteindre le feu irakien.

Zarkaoui, comme Ben Laden et al-Zawari - les deux autres grands commandants d'al-Qaida encore vivants - avaient fait de l'Afghanistan leur premier champ de bataille, leur sanctuaire, leur terre d'entraînement au Djihad d'où ils cherchaient à rayonner dans le monde.  Zarkaoui, dans les années quatre-vingt-dix, avait participé aux combats entre factions afghanes. Il avait ensuite créé son propre camp pour moudjahidine. En 2001, il faisait le coup de feu contre les soldats américains dans les montagnes de Tora Bora, aux côtés de son mentor Ben Laden.

Cinq ans plus tard, l'Afghanistan n'est toujours pas pacifié. Les forces spéciales américaines, épaulées par un contingent français, n'ont toujours pas capturé ceux qui, entre autres exploits, avaient pulvérisé les tours du World Trade Center à New York. L'offensive de printemps lancée par des talibans en partie ressuscités  et plus agressifs, rappelle que leur chef, le Mollah Omar, est également insaisissable. 

Certains évoquent même une «seconde guerre d'Afghanistan» dans un pays «en voie d'irakisation» avec l'apparition d'attentats suicides et le recours aux engins explosifs improvisés, les IED, auxquels il est difficile de trouver une parade. Les talibans ont été en mesure de constituer des groupes de 100 ou 200 attaquants. Leur coordination serait assurée par un ancien de la lutte contre les Soviétiques. Une agressivité qui pourrait découler d'un triple facteur : le retrait prévu de 3 000 soldats américains, vécu comme un «encouragement», la montée en puissance de l'armée afghane, qui se porte plus souvent «au contact» de l'adversaire et l'extension vers le sud de la zone d'action de la Force de l'OTAN, qui bouscule le narcotrafic.

Tout cela au moment où, à Mogadiscio, le chef des Tribunaux islamiques - qui ont chassé les chefs de guerre soutenus par les Américains au nom de l'anti-terrorisme - assure que la seule constitution qu'il ambitionne pour son pays est celle du Coran - faisant craindre que la Somalie, déjà soumise à l'anarchie, devienne un nouveau sanctuaire pour djidahistes en déroute.


par Philippe  Leymarie

[11/06/2006]

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