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Chronique des matières premières

La ferraille, un marché en plein essor

Dominique Baillard 

		(Photo : RFI)
Dominique Baillard
(Photo : RFI)

Quatre cent quatre-vingt millions de tonnes d’acier de récupération ont trouvé preneur en 2005. A titre indicatif, la production d’acier primaire, c’est un peu plus du double, on a franchi l’année dernière le cap du milliard de tonnes. Avec cet acier recyclé qu’on appelle communément ferraille on fabrique des casseroles en fonte en Occident tandis qu'en Asie on le réinjecte directement dans l'industrie après l'avoir aplati sur les grands chantiers de désossement des navires. Mais à 90%, la ferraille est réintroduite dans le cycle de la sidérurgie. Un tiers de l’acier produit dans le monde est fabriqué à partir de ce matériau. Production primaire et secondaire fonctionnent donc en tandem, des quantités produites au prix, les deux sont liées. Seule différence de taille : ce n’est pas la Chine qui en absorbe la plus grande quantité, mais la Turquie, avec une consommation de l’ordre de 15 millions de tonnes par an.

Le gros des ressources se trouve dans les vieux pays industrialisés comme les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. Une situation qui s’explique par l’abondance des sources d’approvisionnement dans ces contrées. Il y a d’abord la sidérurgie qui fournit la meilleure qualité avec ses chutes, de l’ordre de 10% de sa production. Viennent ensuite les voitures, en moyenne 10 ans après sa sortie d’usine l’automobile restitue de l’acier. Le bâtiment enfin alimente le marché de la ferraille, à une autre échelle temporelle puisqu’on estime que l’acier utilisé dans la construction est immobilisé pendant quarante ans. Les pays exportateurs de ferraille, qui sont aussi des grands producteurs d’acier, ont régulièrement la tentation de limiter leurs ventes à l’étranger pour contrôler les prix intérieurs, auxquels sont très sensibles les sidérurgistes, mais en vain jusqu’à aujourd’hui, les groupes qui contrôlent ce commerce restant hermétiques aux pressions étatiques. Si la Chine n’a pas participé à la hausse de la demande pour le marché secondaire, elle a en partie contribué à son embellie en faisant grimper les prix sur le marché primaire. La demande pour l’un influençant la demande pour l’autre.

Dans les années 90, l’Union soviétique en pleine décomposition va inonder le marché avec le démantèlement des tanks ou des aciéries, faisant plonger les prix à 100 dollars la tonne. Aujourd’hui entre le premier choix, les chutes de la sidérurgie, et la troisième, c’est-à-dire la récupération en provenance du bâtiment, les prix varient en moyenne de 325 à 250 dollars la tonne, soit trois fois plus qu’il y a cinq ans. Contrairement au prix du fer négocié chaque année et à celui de l’acier qui fait l’objet de contrat de longue durée, la ferraille voit son prix fluctuer très rapidement, ce qui en fait l’un des meilleurs indicateurs sur la santé de la sidérurgie et au-delà sur la vigueur de l’économie des pays fournisseurs.


par Dominique  Baillard

[20/06/2006]

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