Editorial politique

C'est la session qui s'achève. Je veux parler de la session parlementaire 2005-2006, celle qui a vu les députés d'une majorité refuser d'être plus longtemps, ce que l'on a coutume d'appeler des « godillots ». Un vieux terme qui signifie que les élus appartenant à un camp n'ont d'autre possibilité que de se taire et de faire du suivisme, qu'ils soient d'accords ou non avec la politique qui est menée par leur collègues. Cela a été particulièrement vrai avec l'UDF, mais aussi avec l'UMP qui considère, pour partie, que le Premier ministre est avant tout, aujourd'hui, «un poids », « un handicap ».
Il faut se souvenir ici que lors du débat sur la motion de censure déposée par les socialistes, près de 200 députés de l'UMP avaient choisi la buvette plutôt que leur fauteuil : autant dire qu'ils signifiaient là à Dominique de Villepin que l'aventure était terminée. Qu'ils souhaitaient le voir partir. Mais qu'en l'absence d'alternative, ils préféraient le voir expédier les affaires courantes et se contenter de cela, en attendant, non pas Godot - ce personnage énigmatique de Samuel Beckett -, mais Nicolas Sarkozy qui devrait, selon eux, être élu sans coup férir et tout simplement sauver le pays, alors qu'il est déjà l'actuel numéro 2 du gouvernement sans que l'on puisse réellement juger des bienfaits de son apport personnel. On pourrait d'ailleurs presque dire qu'en optant pour l'attente, les élus UMP définissent l'espace temps dramatique, comme au théâtre, et suggèrent et préparent la conclusion : l'arrivée de leur héros.
Sans doute l'état de la France, la révolte des banlieues, celle des étudiants contre le CPE ou plus simplement les rivalités qui opposent Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy ont-elles été propices à ce changement d'attitude, cette évolution que l'on qualifiera de qualitative pour peu que l'on soit attaché à un renforcement du pouvoir du Parlement. Sans doute également devrions-nous y voir la preuve tangible que malgré le raidissement des uns et des autres, il y a quelque chose qui change en France. Un changement lent, presque imperceptible, mais irrémédiable et c'est tant mieux, car encore quelques mois à ce rythme et tous les Français auraient dû s'abonner aux médicaments psychotropes, tranquillisants, antidépresseurs et autres somnifères pour résister.
Fin de la session parlementaire et fin de Serge July à la tête du journal Libération. Observons la concomitance. Le grand capital aura donc eu raison de celui qui, aux côtés de Jean-Paul Sartre, avait voulu donner au pays une voix, celle du refus d'un modèle de société, celle de la révolte et de la dénonciation du « vieux monde ». Mais le vieux monde est solide. Si solide, qu'il a toujours couru derrière Serge July pour finir par le rattraper. Terrassé par Edouard de Rothschild pour d'obscures raisons de recapitalisation, Serge quitte Libération parce que c'est la dernière chose, a t-il dit, qu'il peut faire pour que vivent l'entreprise et son équipe. Il y a quelque chose de navrant dans cette affaire. Cela revient presque à affirmer que le seul remède en lequel croient la plupart des gens, n'est peut-être pas si efficace qu'on veut bien le dire. Ce remède étant - vous l'avez compris - l'avenir !
par Patrice Biancone
[30/06/2006]
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