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Italie

Football : grandeur et décadence

L'ex-directeur général de la Juventus de Turin Luciano Moggi est le grand absent du procès disciplinaire qui se déroule cette semaine à Rome.  

		(Photo : AFP)
L'ex-directeur général de la Juventus de Turin Luciano Moggi est le grand absent du procès disciplinaire qui se déroule cette semaine à Rome.
(Photo : AFP)
Le football italien jouait mardi sa place en finale de la Coupe du monde contre l’Allemagne, mais aussi un match judiciaire délicat à Rome, dans le scandale qui secoue le calcio depuis quelques semaines. Récit d’une drôle de journée.

De notre correspondant à Rome

D’un côté, le visage rayonnant de bonheur de Fabio Grosso et d’Alex Del Piero, auteurs des deux buts de l’Italie face à l’Allemagne ; de l’autre, les mines sombres des dirigeants sportifs impliqués dans le scandale des matchs truqués : la Une des quotidiens italiens de ce mercredi dit tout en deux photos. Pour reprendre le titre d’un commentaire du quotidien romain La Repubblica, le football italien a en effet vécu « une folle journée ».

Dans tous les esprits, c’est surtout l’exploit sportif qui domine pour l’instant. « Nous vous aimons », barre à sa Une le Corriere dello Sport. « Plus forts que tout », renchérit le Messaggero. L’Italie vient de conquérir sa sixième finale, qui plus est contre l’Allemagne, un adversaire qui, en 5 rencontres en Coupe du monde, n’est jamais parvenu à battre l’équipe italienne. Tous les commentateurs s’accordent pour saluer l’esprit collectif de la Squadra. En témoigne le fait que les 11 buts inscrits  depuis le début du mondial l’ont été par 10 joueurs différents. Le mérite en revient certainement au sélectionneur, Marcello Lippi, qui a su transformer le défi sportif en occasion de rachat pour le football italien, dont l’image ne cessait de se ternir après les scandales des paris clandestins, des bilans comptables dopés et des matches truqués.

La journée de mardi avait pourtant commencé sur un coup de théâtre. L’annonce des peines demandées par le procureur, au procès qui se déroule depuis la semaine dernière dans une grande salle de la fédération, au Stade olympique de Rome. Des peines « particulièrement sévères », comme le remarque la presse italienne. Si le verdict devait confirmer le réquisitoire, la Juventus de Turin serait dépossédée de ses deux derniers titres de champion et reléguée en troisième division, la Fiorentina, la Lazio de Rome et le Milan AC en deuxième division. Un véritable séisme si l’on considère que la Juve est le club le plus titré d’Italie et que ces quatre clubs comptent, à eux seuls, environ 20 millions de tifosi.

Un nettoyage en profondeur du calcio

Parallèlement, le procureur a requis la radiation des instances sportives, pour une durée allant de 2 à 5 ans, de la plupart des dirigeants de la fédération, des clubs et des arbitres impliqués dans ce scandale. Fallait-il annoncer de telles demandes de peines à quelques heures d’un match aussi capital qu’une demi-finale de coupe du monde ? C’est ce que  se demande la presse italienne, même les quotidiens les plus favorables à des sanctions exemplaires. La réponse de la Squadra n’en a été, en tous les cas, que plus éloquente, concluent les éditorialistes.

Outre le choc pour les supporters, les peines requises contre ces quatre grands clubs auront, si elles sont confirmées, un impact économique considérable. Les contrats passés avec les sponsors et les droits de retransmission télévisée prévoient tous des clauses de sauvegarde pour les annonceurs en cas de relégation. Pour les finances déjà chancelantes des clubs italiens, habitués à vivre au-dessus de leurs moyens, le coup pourrait être fatal. Sans compter l’impact boursier pour les clubs déjà cotés, comme la Juventus et la Lazio. En 2002, l’action de la Juve valait  3,63 euros, hier elle ne valait plus que 1,29 euros, soit une chute de 66%.

Mercredi, les avocats des accusés ont tous nié les faits qui leurs sont reprochés. Silvio Berlusconi, le président du  Milan AC, parle d’une nouvelle persécution judiciaire et d’un procès très « politique ». Le nouveau gouvernement et le commissaire nommé à la tête de la fédération italienne de football semblent effectivement souhaiter un nettoyage en profondeur du calcio. Chez les arbitres, par exemple, le ménage risque d’être  important. Entre pressions politiques, enjeux économiques et  impacts médiatiques la justice sportive italienne doit faire vite pour des  raisons de calendrier, car l’UEFA doit connaître avant le 27 juillet la liste des clubs italiens qui participeront aux prochaines coupes européennes. Après le réquisitoire, le premier verdict est attendu en début de semaine prochaine. Autrement dit après la finale de la coupe du monde. D’ici dimanche, c’est tout un pays qui va vivre suspendu à ce match décisif, en mettant les scandales entre parenthèses.

par Laurent  Morino

Article publié le 05/07/2006Dernière mise à jour le 05/07/2006 à TU