Russie
La difficile rentrée scolaire des étudiants africains à Moscou

(Photo: Virginie Pironon/RFI)
Avec ses restaurants, où paraît-il, les étudiants peuvent déguster «les meilleurs shaurmas de tout Moscou», ses kiosques et ses embouteillages quasi-permanents à la sortie des cours, la rue Mikloukho-Maklaï, au sud de la capitale, se distingue de toutes les autres. Chinois, japonais, kirghize, bengali, russe, espagnol, français: ici, le long de la grille d’entrée de l’université de l’Amitié entre les peuples, les oreilles du visiteur sont chatouillées par une multitude de langues dont il ne connaît même pas forcément l’origine. Parmi les quelque 25 000 élèves, l’université accueille des étudiants venus de plus de 130 pays.
Si l’Asie est le continent le plus représenté, la communauté africaine forte de 1 200 personnes environ se démarque par son dynamisme. Pour accueillir chaque année environ 200 nouveaux arrivants et entretenir «une plate-forme favorable pour l’épanouissement de l’étudiant africain», une association a été créée il y a tout juste 10 ans. «Dès la rentrée, explique Juldas Okie Etoumbi, l’actuel président de l’association, nous nous réunissons et nous leur expliquons le mode de vie en Russie : comment il faut se comporter, quelles sont les démarches administratives à remplir.» Et ces «bleus» en ont bien besoin.
Un parcours semé d’embûchesPremier obstacle: la langue. Avant d’entamer à proprement dit son cursus universitaire, chaque étudiant suit un an de classe dite «préparatoire», consacrée à l’apprentissage du russe. A 22 ans, Jean-Desiré, Burundais, entre cette année en première année de droit international. Dénonçant à mi-voix les regards de travers qu’il a senti peser sur lui dans la rue, il confie que sa première année en Russie «n’a pas été facile», avant de soupirer: «Jusqu’à présent, je vais bien.» Dans la rue, les agressions verbales et physiques envers les personnes de couleur sont quotidiennes. Plusieurs étudiants sont morts suite à des attaques, comme au mois d'avril à Saint-Pétersbourg, où un étudiant sénégalais a été tué d’une balle dans la tête. Les Asiatiques, Africains et Latinos osent à peine s’aventurer seuls dans la rue. «Le problème ici, confie Herman, Béninois, qui vit à Moscou avec ses parents diplomates, c’est que notre sécurité n’est pas assurée. On se sent agressé tous les jours. A l’université, on se sent bien, parce qu’on est entre nous, mais dès qu’on sort de la rue Mikloukho-Maklaï, c’est une autre histoire.»
Mais des facilités administratives et financières Malgré ça, le nombre d’étudiants étrangers arrivant en Russie chaque année ne faiblit pas. Pourquoi? Pour les jeunes Africains, qui découvrent cette triste situation à leurs dépends, ces années d’études en Russie reviennent beaucoup moins cher que dans n’importe quelle université européenne ou américaine. La plupart d’entre eux reçoivent une bourse de leur pays d’origine, qui couvre leurs frais d’inscription (environ 5 000 dollars par an), le logement (une chambre à partager avec trois personnes), et un billet d’avion par an. Parfois, cette bourse est même complétée par l’Etat russe. Ainsi, selon Abdoulaye Barry, étudiant en 5e année de droit international, ancien président de l’Association des étudiants africains, 300 dollars par mois peuvent suffire à un étudiant pour payer sa nourriture, ses (rares) sorties, le téléphone et l’accès à l'Internet.Ensuite, par rapport à la France notamment, les démarches pour venir étudier en Russie sont beaucoup moins contraignantes. «Mon dossier avait été accepté à l’université de Nancy II, en administration sociale et économique, se souvient Abdoulaye. Mais quand j’ai vu la montagne de papiers à remplir, j’ai du renoncer. L’ambassade de France me demandait d’avoir 5 000 euros sur un compte en banque! C’est plusieurs années de salaires de mon père!». Du coup, «la Russie fait désormais partie de ma vie, explique cet étudiant. Et si un jour, de retour en Guinée-Conakry, je dois être amené à choisir entre la France ou la Russie pour la signature d’un contrat par exemple, je ne pourrai rien refuser aux Russes. Car la chance qu’ils m’ont donné de venir étudier ici est unique.»
par Virginie Pironon
Article publié le 10/09/2006 Dernière mise à jour le 10/09/2006 à 10:38 TU





