Energie
L’Egypte se lance dans le nucléaire

(Carte : RFI)
Dans un contexte régional instable, l’Egypte semble vouloir marcher dans les pas de l’Iran et gagner de l’influence au Moyen-Orient à travers un programme nucléaire civil. Jeudi dernier, le président Moubarak avait indiqué que son pays voulait développer l’énergie nucléaire «à des fins pacifiques» afin d’être présente dans la course à l’innovation scientifique.
Hier dimanche, cette nouvelle orientation de la politique énergétique du pays a été confirmée par une réunion du Conseil national supérieur pour l’énergie. Les travaux de cet organisme officiel avaient été suspendus il y a vingt ans, après la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine. Un porte-parole du gouvernement égyptien a donc annoncé, à la suite de la réunion du Conseil, que la décision a été prise d’étudier «immédiatement» l’alternative offerte par l’énergie nucléaire «à la lumière des besoins croissants de l’Egypte».
Le ministre égyptien de l’Electricité, Hassan Younes, a été encore plus précis. Il a déclaré, dans une interview au quotidien officiel al-Ahram, que l’Egypte avait l’intention de construire une centrale sur la côte méditerranéenne, à Dabaa, à l’est d’Alexandrie. Le coût de la centrale est estimé à 1,17 milliard d’euros et devrait nécessiter des investissements étrangers. Pour construire cette première centrale destinée à produire de l’énergie nucléaire civile, l’Egypte envisage de recourir à la technologie chinoise ou russe. En 2001, un accord de coopération a été signé avec la Russie. Le ministre a précisé que la centrale de Dabaa pourrait être opérationnelle dans une dizaine d’années.
Le quotidien indépendant al-Masri al-Yom affirme, citant des sources officielles, que le gouvernement égyptien envisagerait de construire trois centrales nucléaires en tout, représentant une capacité de 1 800 mégawatts d’ici 2020. L’ancien président du Conseil national supérieur pour l’énergie, Ahmed al-Qadi, a précisé que la centrale de Dabaa, si elle est construite, produira plus d’électricité que le barrage d’Assouan.
Les Etats-Unis n’ont aucune objection au développement d’un secteur énergétique d’origine nucléaire en Egypte. L’ambassadeur américain au Caire, Francis J. Ricciardone, l’a indiqué à la télévision. «Les Etats-Unis encouragent l’utilisation pacifique à des fins civiles du nucléaire». Dans cet interview à la télévision al-Mehwar, le représentant américain a opposé les politiques égyptienne et iranienne dans ce secteur.
Une relance mondiale
Face à la pénurie annoncée de pétrole et à son prix élevé, le président Bush a déjà annoncé à plusieurs reprises une relance du nucléaire civil aux Etats-Unis. Plusieurs projets de construction de centrales américaines sont à l’étude. La Finlande, la Russie, la Chine et l’Iran, sont en train de construire des installations civiles pour produire ce type d’énergie qui dépend du marché de l’uranium sur lequel il n’y a pas de tensions. L’Egypte, après la Libye dont la décision a été annoncée au mois de mars, veut donc se lancer dans cette technologie.
L’Egypte n’est pas membre de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep). Pourtant, elle extraie du pétrole et exporte une petite partie de sa production qui s’élève à 686 000 barils par jour, soit le tiers de la production de l’Algérie. L’Egypte est beaucoup plus riche en gaz naturel. Elle en produit 34,7 milliards de mètres cube par an, soit 31,3 millions de tonnes d’équivalent pétrole, selon les statistiques fournies par British Petroleum.
Malgré sa richesse en eau, la Turquie a eu le projet, pendant la précédente décennie, de construire une centrale nucléaire. Le projet a été abandonné après un tremblement de terre qui a rappelé aux autorités turques que le sous-sol du pays n’était pas des plus stables. L’Egypte, elle aussi, a connu plusieurs séismes dans les siècles passés.
Un acte fort dans la région
Dans le monde entier, l’énergie est devenue une ressource à la fois stratégique et politique. Si le gouvernement égyptien veut diversifier son approvisionnement, c’est pour assurer ses besoins mais également pour fournir de l’électricité à ses voisins palestiniens. Si tout se déroule comme prévu, l’année prochaine, la bande Gaza importera de l’énergie en provenance d’Egypte. La construction d’une ligne à haute tension, allant du nord du Sinaï jusqu’à Rafah, dans la bande de Gaza, a été décidée. Pour l’instant, les Palestiniens de Gaza sont dépendants d’Israël pour leur approvisionnement en fuel et en essence.
La décision prise par l’Egypte de se lancer dans le nucléaire civil a été annoncée alors que vendredi dernier, le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Aboul Gheït, a critiqué la manière dont les pays occidentaux traitent la question du nucléaire israélien : «Il est inacceptable que ces pays continuent de fermer les yeux sur le danger que représente la menace nucléaire israélienne pour la stabilité et la sécurité au Proche-Orient». Les déclarations du ministre sont intervenues après l’adoption, dans le cadre de l’Agence internationale pour l’énergie atomique de Vienne, d’une résolution très édulcorée concernant le probable secteur nucléaire militaire israélien. «Si les puissances occidentales veulent que les pays en développement et les pays arabes comprennent l’inquiétude qu’elles ressentent au sujet du problème nucléaire iranien, elles doivent convaincre tout un chacun qu’elles défendent le droit dans tous les cas et qu’elles ne sont pas partiales», a encore expliqué le ministre dont le pays, réputé proche des Etats-Unis, décide, à son tour de développer la technologie nucléaire. L’Egypte est membre du Traité de non prolifération nucléaire.
par Colette Thomas
Article publié le 25/09/2006 Dernière mise à jour le 25/09/2006 à 16:35 TU





