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Inde

Une nouvelle loi sanctionne la maltraitance des femmes

Avec la nouvelle loi contre les sévices domestiques, une fois la plainte déposée, ce sera à l’homme de prouver qu’il n’a pas abusé de sa femme 

		(Photo : Marie Perruchet/RFI)
Avec la nouvelle loi contre les sévices domestiques, une fois la plainte déposée, ce sera à l’homme de prouver qu’il n’a pas abusé de sa femme
(Photo : Marie Perruchet/RFI)

Toutes les trois minutes, une Indienne est battue, violée ou victime de violences conjugales et familiales diverses, soit selon les autorités, 70% des femmes du pays. Mais depuis le 26 octobre, une loi protège les femmes au sein de leur foyer. Elle prévoit de punir les auteurs de maltraitance à l'encontre des femmes d’amendes allant jusqu’à 400 euros et/ou d’une peine de prison d’une année.


De notre correspondante à New Delhi

La nouvelle loi prévoit de sanctionner tout viol conjugal, coups, insultes, menaces d’aggressions physiques, verbales ou financières, mais aussi, par exemple, le visionnage forcé d’images ou de vidéos pornographiques. Jusqu’à présent, la femme devait apporter la preuve physique de maltraitance pour pouvoir porter plainte auprès de la police. Très souvent, on la renvoyait chez elle, lui intimant de régler ses problèmes avec sa belle-famille, entre quatre murs, loin des regards. Désormais, une fois la plainte déposée, ce sera à l’homme de prouver qu’il n’a pas abusé de sa femme.

Une loi indienne datant de 1983 interdit déjà les violences domestiques, mais cette fois-ci, la nouvelle législation punit le viol conjugal, jusque là  reconnu comme faisant partie des «droits» de l’époux. La ministre indienne pour le Développement de l’enfant et de la femme, Renuka Chowdhury, espère que cette mesure va «aider les femmes à se battre pour leurs droits et à prendre les précautions nécessaires pour se donner autonomie et indépendance».

Autre avancée, les victimes de sévices domestiques pourront continuer à vivre au sein du foyer familial, très souvent partagé avec la nombreuse belle-famille. «On pourra demander à ce que l’homme responsable des abus quitte la maison ou ne communique plus avec la femme, qu’elle soit concubine, épouse ou parente», explique Sudha Sundararaman, de l’AIDWA, l’Association démocratique indienne des femmes à New Delhi. Surtout, cette loi permettra à la femme de bénéficier d’une pension alimentaire, financière et immobilière, mais aussi d’avoir accès à un service médical. La peur de se retrouver à la rue, les enfants sous le bras, privée de tout revenu, sans même le soutien de ses propres parents, reste un des obstacles majeurs à la dénonciation des cas.

Stigmatisation sociale

L’apathie et le sexisme largement répandu des policiers indiens ne seront plus un frein au dépôt des plaintes. Selon les associations, seuls 10% du nombre réel de crimes commis contre les femmes sont dénoncés, par crainte de stigmatisation sociale. «Le seul fait de se présenter au poste de police se transforme en problème et devient une cause de poursuite contre la femme par le mari et sa belle famille. Dans cette loi, la femme n’a pas besoin de recourir à la police et peut porter plainte directement auprès d’un magistrat», ajoute Sudha Sundararaman, qui poursuit : «très souvent, vous verrez qu’être battue par son mari est considéré comme un comportement très acceptable. Et on dira ah oui il était saoûl et il t’a battue, il ira mieux demain. Et la police dira, pourquoi ton mari t’a-t-il battue ? Moi-même je bats ma femme».

Dans un pays qui reste assez conservateur, dominé par une société patriarcale, la nouvelle législation s’attaque aussi au harcèlement pour dot, dorénavant prohibé. Ce système est pourtant interdit en Inde, par une loi de 1961, mais largement pratiqué. Dans la seule ville de Bangalore, la Silicon Valley indienne située au sud du pays, toutes les six heures, une femme est brûlée lors d’un «accident de cuisine», battue ou poussée au suicide par sa belle-famille. Si la majorité de la dot est donnée lors du mariage, les nombreux festivals hindous sont aussi une façon déguisée de rappeler à l’épouse ses devoirs de belle-fille. 

Reste, comme le soulignent les associations, que la loi risque de se heurter à des mentalités profondément ancrées dans la culture indienne. Une étude menée en Inde montre que 56% des femmes interrogées pensent que les coups portés par leur mari sont dans certains cas justifiés.



par Marie  Perruchet

Article publié le 30/10/2006 Dernière mise à jour le 30/10/2006 à 14:57 TU