Sri Lanka
Une rencontre pour rien

(Photo : AFP)
Les négociateurs tamouls, qui ont participé à ce tout dernier round de discussions avec les représentants du gouvernement sri-lankais, ont finalement décidé de rentrer directement dans leur pays. Il était prévu que la délégation rebelle fasse un détour par la Norvège, pays médiateur dans le conflit. Mais après l’échec de ces négociations, pour les séparatistes, l’urgence semble ailleurs. «Notre peuple attend avec impatience des informations de première main sur ce qui s’est passé à Genève», a indiqué le chef de la délégation des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Pour S.P. Thamilselvan, «le choix entre la guerre et la paix est désormais entre les mains du gouvernement sri-lankais».
A travers ces déclarations, le représentant des rebelles renvoie la responsabilité de l’échec des pourparlers sur ses adversaires. Le médiateur norvégien, dont le pays tente depuis plusieurs années de mettre d’accord les deux camps, a pour sa part donné une indication sur le blocage : «Aucun accord n’a été obtenu sur les questions humanitaires ou sur une prochaine date pour des discussions», a déclaré Erik Solheim, une fois les entretiens ajournés.
Depuis 1972, les rebelles des Tigres de libération de l’Eelam tamoul se battent pour obtenir l’autonomie du nord-est du Sri Lanka, zone majoritairement peuplée de Tamouls. L’insurrection a commencé il y a plus de trois décennies et dans cette guerre sans fin, les combats entre les rebelles et l’armée ont fait au moins 60 000 morts, aussi bien civils que militaires. En 2002, une trêve a tout de même été conclue entre belligérants. Ils s’étaient mis d’accord pour aller vers un système politique décentralisé, basé sur l’adoption d’une Constitution fédérale. Mais le gouvernement d’aujourd’hui n’est pas celui qui s’était engagé en faveur de cette transition. Et si, à l’époque, les Tamouls pensaient entrevoir un début d’autonomie, par la suite, elle ne fut plus à l’ordre du jour.
Samedi, à l’ouverture des travaux de Genève, l’espoir d’une avancée était pourtant là. Car Nimal Siripala de Silva, le chef de la délégation gouvernementale, envisageait l’avenir du Sri Lanka par le biais de la décentralisation. «Un modèle sri-lankais de décentralisation sera conçu pour un pays indivisible afin de répondre aux causes profondes de ce conflit», déclarait-il, évoquant le système politique indien. Pourtant, selon les déclarations des rebelles, aucune offre de ce genre n’a été mise sur la table à Genève.
Pas de paix, plus d’aide ?
Difficile de savoir ce qu’ils se sont vraiment dit. Les rebelles, en tout cas, ont expliqué qu’aucune offre ferme n’avait été mise sur la table pendant ces pourparlers en Suisse. Comme la guerre se poursuit sur le terrain, les discussions ont achoppé sur la situation dans la péninsule de Jaffna. Cette région située au nord de l’île serait concernée au plus haut point par un nouveau statut acceptable par les rebelles. Mais depuis le mois d’août, la péninsule est coupée du reste du pays en raison de la recrudescence des combats. Les deux camps se renvoient la responsabilité de cet isolement qui affame un demi-million d’habitants. A Genève, le chef de la délégation rebelle a accusé les autorités gouvernementales de refuser de rouvrir la route, pour mettre fin au blocus de la péninsule. De son côté le représentant de Colombo a reproché aux séparatistes de s’opposer à la mise en place d’une route maritime afin de ravitailler la péninsule. Malgré l’ouverture des discussions en Suisse, les violences ont d’ailleurs continué sur le terrain. Cinq personnes ont été tuées durant le week-end, dont deux soldats.
Alors que les belligérants continuent leur guerre de positions, la communauté internationale voudrait que la paix revienne. Les principaux bailleurs de fonds menacent de suspendre leur aide au gouvernement sri-lankais s’il n’y a pas d’avancée. Pour que les rebelles soient, eux aussi, plus ouverts, les Occidentaux parlent d’encourager leur isolement. Ces petits chantages politico-diplomatiques ont abouti à cette ébauche de dialogue. Une nouvelle fois, il s’est terminé sur un échec.
Il ne sera certainement pas sans conséquences car les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon doivent décider, courant novembre, de la ligne à adopter avec le Sri Lanka. Si la paix ne revient pas, le robinet de l’aide pourrait être coupé comme il l’a été pour les Territoires palestiniens après la victoire du Hamas aux dernières élections, le parti islamiste étant resté sur une ligne intransigeante concernant Israël.
par Colette Thomas
Article publié le 30/10/2006 Dernière mise à jour le 30/10/2006 à 16:19 TU




