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Naissance d’une internationale syndicale

(Photo: AFP)
Les deux grandes centrales mondiales, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL, réformiste et laïque) et la Confédération mondiale du travail (CMT, de tendance chrétienne) ont tenu, mardi, leur congrès de dissolution officielle. De cette double disparition est née, mercredi 1er novembre, la Confédération syndicale internationale (CSI) à Vienne en Autriche: «La plus unie et la plus représentative de l’histoire», selon les termes du Britannique Guy Ryder, futur numéro un de la CSI. Celle-ci aura pour vocation d’«opposer au capitalisme sauvage un front uni», selon le Belge Willy Thys, secrétaire général de l’ex-CMT.
Cette nouvelle structure unitaire reçoit en outre le renfort d’une dizaine de syndicats indépendants, dont certains, comme la CGT française, ont longtemps appartenu au troisième courant, communiste, du syndicalisme international. Ce courant, jadis porté par l’Union soviétique, est toujours représenté par la Fédération syndicale mondiale (FSM) qui compte surtout des centrales en situation de monopole dans leurs pays respectifs, comme à Cuba ou en Corée du Nord. Il a décidé de se tenir à l’écart de la CSI. Le siège de la CSI sera basé à Bruxelles, comme ceux des confédérations dont elle est issue. L’ancien secrétaire général de la CISL, Guy Ryder, devrait donc prendre la tête de la nouvelle centrale. Agé de 50 ans, ce syndicaliste professionnel issu du Trade Union Congress britannique est considéré comme un pragmatique.
Le respect des droits syndicaux à travers le monde
Précarisation de l’emploi, délocalisation des usines, perte d’adhérents dans les bastions historiques du Nord (Angleterre, Allemagne, Etats-Unis), répression et difficulté à prendre en charge les travailleurs du Sud, le syndicalisme international subit depuis près de vingt ans les contrecoups de la libéralisation économique. L’union faisant la force, avec 166 millions d’adhérents de 156 pays du monde, la CSI espère peser davantage face à la libéralisation des échanges internationaux comme l’explique Guy Ryder : «le rassemblement que nous créons nous permettra d’être mieux entendus. Vis-à-vis des institutions multilatérales comme le FMI, l’OMC ou la Banque mondiale, nous serons plus efficaces si nous parvenons à aider nos syndicats nationaux à peser sur les gouvernements. Nous devons infléchir la politique de ces organisations pour modifier le cours de la mondialisation».
A la nécessité de s’unir pour peser davantage s’ajoute la remise en question des méthodes des syndicats face à la mondialisation. Premier objectif de la CSI: lutter pour la défense et le respect des droits syndicaux, en mettant à l’index les pays qui répriment les pratiques revendicatives. Le problème est particulièrement criant dans plusieurs pays d’Amérique latine et centrale (Nicaragua, Guatemala, Colombie) où les syndicalistes sont régulièrement assassinés et dans certains pays d’Afrique et d’Asie (Chine, Corée du Nord) où les syndicats indépendants du pouvoir ne sont pas tolérés.
Second objectif : faire contrepoids face à des organisations multilatérales comme le FMI, l’OMC et la Banque mondiale et face aux multinationales. La CSI va tenter d’inscrire les droits des salariés dans les accords commerciaux internationaux. Elle annonce aussi son intention de travailler étroitement avec les Global Unions, ces super-syndicats de branches professionnelles à l’échelon international, qui ont su faire plier certaines multinationales et notamment celles qui opèrent dans le secteur du transport maritime.
Dernier objectif et non des moindres: le rapprochement avec la société civile et les ONG altermondialistes. La CSI sera ainsi présente au prochain Forum social mondial, à Nairobi. Cette nouvelle structure unitaire veut également diversifier ses terrains de lutte. Elle devrait notamment lancer des campagnes sur l’environnement, le développement durable mais aussi les droits de l’homme.
par Myriam Berber
Article publié le 01/11/2006 Dernière mise à jour le 01/11/2006 à 15:41 TU





