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Littérature

La mort de William Styron

L'écrivain américain william Styron, à la Havane, en mars 2000. 

		(Photo : AFP)
L'écrivain américain william Styron, à la Havane, en mars 2000.
(Photo : AFP)

Pour des millions de lecteurs, il était l'auteur du «Choix de Sophie», roman qui a fait le tour du monde et donné lieu à une adaptation cinématographique avec Meryl Streep dans le rôle d'une rescapée de l'Holocauste. William Styron est décédé ce mercredi à l'âge de 81 ans. L'écrivain américain laisse une oeuvre hantée par l'idée du mal. En proie à ses propres démons, il sombre dans les années 80 dans la dépression. Pour témoigner de cette descente aux enfers, il écrira «Face aux ténèbres», chronique d'une folie qui sera aussi l'un de ses derniers livres importants.     


William Styron naît le 11 juin 1925 en Virginie, dans le sud des Etats-Unis. Détail biographique moins anodin qu’il n’y paraît puisque les questions raciales palpitent au cœur de l’œuvre de ce fervent admirateur de William Faulkner. Dans «Un lit de ténèbres», son premier livre publié en 1951, il dépeint une bourgeoisie sudiste décadente sur fond de culpabilité. En 1967, la parution des «Confessions de Nat Turner» tourne même au scandale; lui, le Blanc du Sud, vient de commettre le sacrilège de se glisser dans la peau d’un esclave, et pas n’importe lequel : le premier révolutionnaire noir de l’histoire des Etats-Unis. Parodiant Gustave Flaubert, William Styron ira même jusqu’à déclarer «Nat Turner, c’est moi». Les militants afro-américains pour les droits civiques ne décolèrent pas. Accusations de racisme d’un côté, gloire de l’autre :  «Les confessions de Nat Turner» lui vaut l'année suivante de recevoir le Prix Pulitzer.

Des confessions au choix

(Photo : DR)
(Photo : DR)

Adepte des sujets forts, William Styron réitère en 1979 avec «Le choix de Sophie», son roman sans conteste le plus connu. Cette fois, il prend pour héroïne une rescapée d’Auschwitz non juive. Il décrit la vie sentimentale de cette Polonaise rongée par le remord d’avoir dû choisir, sous la menace des nazis, lequel de ses enfants serait tué et qui expie sa faute dans les bras d’un amant juif américain au fil d’une relation névrotique et suicidaire. «Le choix de Sophie» ou la dénonciation du mal absolu : la domination, la destruction de l’homme par l’homme. Mais là encore, polémique. Un écrivain a-t-il le droit d’utiliser le drame de la Shoah, s’interrogent certains critiques de l’époque? Quoi qu’il en soit, «Le choix de Sophie» connaît un succès énorme que l’adaptation cinématographique, en 1982, signée Alan Pakula avec Meryl Streep dans le rôle-titre, amplifiera encore. D'autant que la comédienne obtient l'Oscar de la meilleur actrice.

Voyage au bout de la nuit

C’est à cette époque que William Styron, alors au faîte de sa gloire, connaît l’Enfer, ainsi qu’il le confiera bientôt lui-même : une dépression nerveuse à tendance suicidaire, consécutive à la décision prise en 1985 d’arrêter de boire. Cinq ans plus tard, délivré de l’alcoolisme, il publiera «Face aux ténèbres»,  récit poignant de ce voyage au bout de la détresse avec son cortège d’angoisses, d’insomnies et de désirs de mort. Depuis 1990, William Styron écrivait sans écrire. En plus de quinze ans, il n’a publié qu’un essai et trois nouvelles d’inspiration autobiographique réunies dans un recueil intitulé «Un matin de Virginie». Trois histoires où l’on retrouve les thèmes qui lui sont chers : le racisme, la quête d’une introuvable fraternité, la souffrance. Manière également de régler leur sort aux blessures de sa jeunesse, lui qui se retrouva orphelin de mère à treize ans. Enfin dépossédé de ce mal de vivre et de ce désespoir qu’il n’aura eu de cesse de scruter, de fouiller, d’explorer.



par Elisabeth  Bouvet

Article publié le 02/11/2006 Dernière mise à jour le 02/11/2006 à 15:07 TU

Bibliographie, Editions Gallimard : «Un lit de ténèbres» (1951); «La marche de nuit» (1952); «La proie des flammes» (1960); «Les confessions de Nat Turner» (1967); «Le choix de Sophie» (1979); «Cette paisible poussière et autres récits» (1982); «Face aux ténèbres» (1990); «Un matin de Virginie» (1993).