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Société

Une première aux Etats-Unis : dix ans de prison pour excision

L'excision est interdite aux Etats-Unis depuis 1997. Elle est poursuivie et punie comme crime grave dans la plupart des pays occidentaux. 

		(Photo : AFP)
L'excision est interdite aux Etats-Unis depuis 1997. Elle est poursuivie et punie comme crime grave dans la plupart des pays occidentaux.
(Photo : AFP)
L’excision est interdite aux Etats-Unis depuis 1997. Pour avoir transgressé la loi et pratiqué l’excision sur sa fillette, âgée de deux ans au moment des faits en 2001, Khalid Adem, d’origine éthiopienne, a été reconnu coupable par la justice américaine. Il s’agit du premier procès aux Etats-Unis portant sur une coutume pratiquée dans 28 pays -principalement en Afrique noire- et considérée comme une «mutilation» par l’Organisation mondiale de la santé.

Le tribunal d’Atlanta (Géorgie) a condamné mercredi Khalid Adem, 31 ans, à dix ans de prison pour avoir pratiqué l’ablation du clitoris de sa fille avec une paire de ciseaux. Le père a nié jusqu’au bout avoir mutilé son enfant qui avait deux ans au moment des faits, en 2001. La mère a affirmé qu’elle n'avait découvert cette mutilation que l’an dernier. La fillette, quant à elle, a témoigné devant le tribunal et accusé son père.

Selon Taina Bien-Aimé, responsable de l'organisation de défense des droits de l’homme Equality Now («Egalité maintenant»), cette condamnation doit favoriser la prise de conscience et aider à la lutte contre cette pratique aux Etats-Unis car, assure-t-elle, «Nous ne croyons pas que ce soit un incident isolé». Les avocats de la défense ont fait valoir que l’enfant était trop jeune au moment des faits pour se souvenir précisément des événements, mais «l’enfant a été mutilée, il n’y a aucun doute là-dessus», a déclaré le procureur Marty First. Khalid Adem a été inculpé de «voies de fait aggravées et de cruauté à l’encontre d’un enfant».

L’excision, qui désigne toute intervention aboutissant à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux extérieurs de la femme, est encore pratiquée dans quelque 28 pays. Des raisons culturelles et religieuses sont encore invoquées pour justifier une coutume traditionnelle censée garantir la virginité d’une fille ou sa fidélité après le mariage, car l’excision est largement vue comme un moyen de limiter l’accès de la femme au plaisir de l'étreinte. L’Afrique est majoritairement concernée (Sénégal, Togo, Burkina-Faso, Ethiopie, etc). Mais l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, la Nouvelle Zélande, l’Australie et certains pays du Moyen Orient sont aussi confrontés à cette pratique, ainsi que les pays d'immigration en Occident.

Défense des droits fondamentaux à la santé et donc à la vie

La Convention internationale des droits de l’enfant (1990), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1986) et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination (1984) dénoncent toutes trois les mutilations sexuelles. Pourtant, d’après l’OMS, l’excision frapperait encore chaque année environ trois millions de fillettes, la plupart âgées de moins de 10 ans. L’OMS ne dispose pas de chiffres pour le nombre de morts consécutives à cette pratique mais, de fait, l’excision peut avoir de très graves répercussions psychologiques et physiques (infections, hémorragies, complications à l’accouchement, risques augmentés de maladies sexuellement transmissibles) pouvant, des années après les faits, coûter la vie à la victime. L’OMS dénonce donc cette pratique ancestrale en se fondant sur les droits fondamentaux, comme le droit à la santé et donc à la vie. Les opposants à l’excision en appellent également au respect de la femme, de son intégrité physique et morale.



par Dominique  Raizon

Article publié le 02/11/2006 Dernière mise à jour le 02/11/2006 à 17:04 TU

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