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Armement

98% des victimes des armes à sous-munitions sont des civils

Handicap International s’est investie en 2003 dans une campagne internationale pour l’interdiction des armes à sous-munitions. 

		(Photo : Handicap International)
Handicap International s’est investie en 2003 dans une campagne internationale pour l’interdiction des armes à sous-munitions.
(Photo : Handicap International)
Le 7 novembre prochain s’ouvre à Genève une conférence des Nations unies sur le désarmement, où la question des armes à sous-munitions sera évoquée. Les organisations non gouvernementales qui ont réussi à faire adopter le traité d’Ottawa en 1997 interdisant les mines antipersonnel, se mobilisent aujourd’hui contre les armes à sous-munitions. Celles-ci restent une menace permanente pour les populations civiles, même après la fin des conflits, comme aujourd'hui au Liban.

Les bombes à sous-munitions (BASM) sont des bombes à fragmentation de nouvelle génération, composées d’un conteneur principal qui libère en l’air plusieurs centaines de petites bombes, dont beaucoup n’explosent pas au moment de leur chute. Transportées par une «bombe mère», qui peut être un obus, un missile ou une roquette, ces explosifs de quelques centimètres de longueur sont dispersés au-dessus d’une zone, créant ce qui est appelé en langage militaire une «saturation de zone», c'est-à-dire un tapis de bombes pouvant couvrir plusieurs hectares.

La plupart de ces sous-munitions n’explosent pas au moment de l’impact. Selon l’organisation non gouvernementale française Handicap International «entre 5 et 30% restent sur le sol, accrochées aux arbres ou sur les toits des maisons». Engagée dans le combat contre les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions, cofondatrice de la Campagne internationale pour interdire les mines (IBCL), récompensée en 1997 par le prix Nobel de la Paix, Handicap International s’est investie en 2003 dans une campagne internationale pour l’interdiction des armes à sous-munitions. Elle vient de rédiger un rapport indiquant que ce type d’armes a déjà fait dans le monde 11 000 victimes depuis 1973. Ces mini-bombes, de la taille d’un paquet de cigarettes, provoquent les mêmes dégâts que des mines antipersonnel et restent une menace longtemps après la fin des conflits.

«Ce que nous avons fait était fou et monstrueux»

Selon les experts, trente et un ans après la fin de la guerre du Vietnam, le Laos est toujours le pays le plus concerné par ce problème, avec des dizaines de millions de sous-munitions non explosées, utilisées par les Américains pendant ce conflit et qui continuent à faire des ravages au sein de la population. L’armée américaine en a aussi utilisé en Irak où l’on compte déjà au moins deux mille victimes. Et tout récemment l’armée israélienne s'en est elle aussi servie lors des bombardements au Liban.

«Ce que nous avons fait était fou et monstrueux» a déclaré au quotidien israélien Haaretz un gradé israélien. Citant son chef de bataillon, le commandant d’une unité de missiles a ainsi affirmé que les Forces israéliennes de Défense (IDF) ont tiré près de 1800 bombes à sous-munitions contenant plus de 1,2 million de petites bombes. Le plus grand nombre aurait été déversé dans les trois derniers jours du conflit.
L'ONU n'en a recensé quant à elle que 350 000, mais elle considère que la quantité répandue au Liban est plus importante que celle déversée en Irak ou au Kosovo. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a dénoncé l’utilisation de ce type d’armement par l'armée israélienne et demandé à Israel de révéler leur emplacement.

Au Liban, la présence de nombreuses sous-munitions non explosées constitue «la principale menace» pour les enfants, selon l’Unicef. Un enfant de dix ans a été tué et son frère grièvement blessé par l’explosion d’une sous-munition le 22 octobre. La famille cueillait des olives sur ses terres dans le village de Helta, près de la frontière israélienne lorsque les deux garçons ont déclenché l’engin. Ce 31 octobre, un homme de 35 ans en a ramassé un devant une école dans la ville de Baalbeck. Il a explosé alors qu’il essayait de le manipuler, le tuant sur le coup. Au moins 23 morts et 120 blessés ont été recensés au Liban depuis la fin des hostilités.

Nettoyer le Liban sud des centaines de milliers de sous-munitions disséminées par l’armée israélienne est devenu une tâche ardue selon le Centre de coordination pour l’action anti-mine au Liban sud (MACC), organisme fondé par l’ONU et le gouvernement libanais en 2001 après le retrait israélien du Liban sud. Cet organisme avoue faire face à «une dissémination d’une ampleur rarement égalée» et demande la coopération d’Israël, car il y a urgence à les repérer. L’hiver approche et avec les pluies, ce type d’engins peut être déplacé ou s’enfouir dans le sol. Dans l’immédiat, les paysans libanais se voient contraints de ne pas effectuer leurs récoltes. Parfois, excédés, ils n’hésitent pas à faire le déminage à leur façon, en tirant sur les engins à la carabine pour les faire exploser et pouvoir ainsi accéder aux arbres. La récolte de l’olive se situe au mois de novembre et ils n’ont pas le choix, sans quoi ils perdraient non seulement la récolte de cette année, mais aussi celle de l’année prochaine.

Israël n'est pas seul en cause. L'ONG américaine Human Rights Watch a signalé le 18 octobre que pour la première fois, la milice du Hezbollah chiite libanais avait tiré des sous-munitions sur Israël lors du récent conflit. Le Hezbollah aurait lancé 113 roquettes chargées de ce type d'armes qui ont fait jusqu'à présent un mort et 12 blessés.

Le pollueur-payeur

La Belgique est aujourd’hui le seul pays à avoir adopté une loi interdisant l’utilisation des armes à sous-munitions. En France, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie a assuré mercredi le 25 octobre, devant les députés, que la France n’utilisait plus les armes à sous-munitions depuis 1991, et n’en fabriquait plus depuis 2002. La France s’en serait servi pour la dernière fois pendant la Guerre du Golfe en 1991 et en Afrique, au Tchad en 1984 lors du conflit avec la Libye. Elle affirme respecter les règles du droit international humanitaire et s’apprêterait à ratifier le protocole V additionnel à la convention de Genève de 1980 qui doit entrer en vigueur le 12 novembre prochain et à la négociation duquel elle a activement participé.

Le protocole V prévoit que tout Etat signataire qui utiliserait des armes à sous-munitions devrait payer la dépollution du sol de ces engins non explosés une fois les hostilités terminées. Le principe du « pollueur-payeur » devrait dissuader les armées d’utiliser ce genre d’armement qui continue de tuer et mutiler des civils après la fin des guerres. La signature de ce protocole représentera un premier succès pour les ONG internationales qui après leur premier combat contre les mines antipersonnel ont maintenant déclaré la guerre aux sous-munitions. Un combat qui s’annonce long car le protocole n’entrera en vigueur qu’après sa ratification par au moins 20 Etats. Or c’est là que réside la principale difficulté. Neuf ans après l’adoption du traité d’Ottawa, 44 Etats ne l’ont toujours pas ratifié, parmi lesquels les Etats-Unis, la Chine et la Russie, les trois pays qui détiennent les stocks les plus importants d’armes à sous-munitions.



par Elisa  Drago

Article publié le 02/11/2006 Dernière mise à jour le 02/11/2006 à 17:13 TU