Chronique Médias
On l’a su cette semaine, aucune sanction ne sera prise contre l’administrateur général de la RTBF, ni contre aucun des protagonistes de cette blague belge qui a mal tourné, le canular de la semaine dernière. La RTBF a seulement eu le droit à un rappel à l’ordre déontologique. L’histoire a fait le tour du monde. La semaine dernière, la RTBF, la chaîne publique belge, interrompait ses programmes pour faire une annonce, et pas la moindre. Le flash annonçait en effet que le Parlement flamand avait déclaré unilatéralement l’indépendance de la Flandre. On annonçait aussi que le roi Albert et la reine Paola, effrayés, avaient préféré fuir le pays.
Une semaine après, on a du mal en Belgique à oublier la panique que l’annonce a provoquée. En effet, le canular laissera des traces. Car la majorité des téléspectateurs ont cru à la supercherie. Selon un sondage de la RTBF, 89% sont tombés dans le panneau dès le début et 6% ont marché jusqu’au bout. Et ce, malgré la mention, présente à l’écran au bout de trente minutes : «Ceci est une fiction».
Alors, pourquoi cette farce ? A la RTBF, on explique que l’on a voulu impliquer les Belges dans le débat sur l’avenir de leur pays. Mais le canular touche à une question ultra-sensible : la profonde division entre les deux communautés belges, les Flamands et les Wallons, qui est le fond de commerce du parti nationaliste flamand. Dans la classe politique, d’ailleurs, c’est le seul parti qui a salué le docu-fiction, alors que tous sans exception condamnaient «une mauvaise plaisanterie de mauvais goût», comme l’a déclaré Didier Seeuws, le porte-parole du Premier ministre.
La manipulation est en tout cas doublement pédagogique pour les Belges. Elle a provoqué, certes, des interrogations politiques, mais a en plus démontré aux téléspectateurs qu’il ne faut pas se fier aux images.
Le vrai-faux, un grand classique de la télévision
Si la manipulation de la RTBF est très contestable, elle a le mérite d’être honnête, c’est une manipulation qui finit par dire son nom. Les exemples beaucoup plus limites abondent. On se souvient du faux charnier de Timisoara, où l'on avait exposé des images de cadavres à la télévision pour renforcer la culpabilité du régime de Ceausescu. Il y a une dizaine d’années, dans un reportage portant sur la montée de l’intégrisme religieux en banlieue, on avait affublé des jeunes gens de barbes postiches pour forcer le trait.
Avec l’exemple de la RTBF, on voit bien qu’on est entré dans une nouvelle ère, celle de l’actu-fiction. Canal+ va diffuser d’ailleurs en janvier prochain le film Death of a President, qui raconte l’assassinat du président Bush en 2008. Le film mêle images d’archives et reconstitutions et il a fait scandale aux Etats-Unis, où plusieurs exploitants de salles ont refusé de le diffuser. Avec l’actu-fiction, on manipule le téléspectateur, au prétexte d’attirer son attention sur les manipulations des médias.
Car l’image continue à abuser aussi bien les téléspectateurs que les chaînes elles-mêmes. La rédaction de France 3 s’est fendue cette semaine d’un communiqué d’excuses. Dans son journal du soir le 6 décembre, elle a diffusé des images de combats censées avoir été tournées en Afghanistan, une captation d’images sur internet où on ne voyait pas grand-chose. Vérification faite, il s’agissait en fait de chasseurs américains qui pratiquaient le tir au lapin.par Delphine Le Goff
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