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Littérature

Henri Troyat : «L'Eternel contretemps»

Henri Troyat en 2001 au Salon du Livre. 

		(Photo : AFP)
Henri Troyat en 2001 au Salon du Livre.
(Photo : AFP)
L’écrivain Henri Troyat est décédé à l’âge de 95 ans. Auteur prolifique, il laisse une œuvre abondante, riche de plus de 100 volumes. Né en Russie en 1911, Henri Troyat a toujours écrit en français, et cela, dès son premier roman, Faux jour, publié en 1935. Prix Goncourt trois ans plus tard avec L’Araigne, il entre sous la coupole en 1959. Celui qui était devenu le doyen des Immortels n’a cependant jamais cessé de s’inspirer de son pays natal. Pour preuve, son ultime biographie consacrée à l’écrivain russe Boris Pasternak et qu’Henri Troyat, décidément infatigable homme de lettres, publiait l’an passé à 95 ans.

Avec plus de 100 ouvrages publiés depuis la parution de Faux jour en 1935, Henri Troyat était ce qu’il est convenu d’appeler «une bête d’édition». En novembre dernier, alors qu’il venait de fêter ses 95 ans, ce colosse des Lettres faisait d’ailleurs encore l’actualité, nous livrant la 32e biographie de sa longue carrière, en l’occurrence celle de Boris Pasternak, l’auteur russe du Docteur Jivago. Pasternak mais aussi Marina Tsvetaieva, Tolstoï, Dostoïevski, Gogol, Nicolas Ier, Raspoutine, Henri Troyat, de son vrai nom Lev Tarassov, n’aura cessé, à travers ses livres et seulement à travers eux (il a toujours refusé de revenir en Russie), de se retourner vers ce pays qui l’a vu naître en novembre 1911, à Moscou dans une famille de riches commerçants. Pour échapper à la menace bolchévique, la famille Tarassov prend le chemin de l’exil. En 1920, après moult escales, Henri Troyat arrive à Paris. Il fréquente le lycée Pasteur à Neuilly et obtient en 1933 une licence en droit. Mais sa voie, il entend la tracer dans les Belles Lettres. Ses premiers pas en littérature, il les effectue sous l’uniforme de l’armée. Il vient en effet d’accomplir son service militaire à Metz quand est publié, en 1935, son premier roman, Faux jour, qui obtient le prix du Roman Populiste. Pas de quoi désarçonner le jeune écrivain qui loin de se sentir paralysé par pareille entrée en matière, publie coup sur coup Le Vivier, Grandeur nature et La Clé de Voûte.

(Source : Edition J'ai lu)
(Source : Edition J'ai lu)

En 1938, c’est la consécration : à 27 ans, Henri Troyat devient le plus jeune lauréat du prix Goncourt qu’il se voit décerner pour son roman L’Araigne. Le livre se vend à plus de 100 000 exemplaires et lance véritablement sa carrière. Bientôt, l’écrivain livrera ses deux ouvrages annuels avec la régularité d’un métronome. Et rien, ni les modes ni le temps qui passe, n’aura raison de cette prolixité, de cette générosité. En sept décennies, Henri Troyat a publié une centaine de recueils qui vont du roman au théâtre, des nouvelles au récits historiques sans oublier les biographies, sa passion. Si ses premiers romans ont surtout séduit la critique, la rencontre avec le public se fera à partir de la fin des années 40, avec la parution de sagas romanesques. Tant que la terre durera ouvre le bal, bientôt suivie par Les Semailles et les Moissons, La Lumière des Justes, Les Eygletière et les Héritiers de l’avenir. Henri Troyat devient l’auteur français le plus lu. Comme romancier et comme biographe, le plus fameux de l’après-guerre. Qu’il traite de Catherine la Grande, de Tchekhov, de Maupassant, de Flaubert ou de Zola, ses incursions répétées dans la vie des grands hommes contribuent indiscutablement à asseoir sa réputation d’écrivain populaire. En 1959, celui que l’on considère comme l’héritier des écrivains réalistes rejoint le cercle des Immortels dont il était devenu, à 95 ans, le doyen.

Aussi imposante soit son œuvre, aussi réussie soit sa carrière, Henri Troyat sera néanmoins toujours resté modeste. Un stakhanoviste au service de cette unique passion qu’était pour lui l’écriture, et que seule la mort aura réussi à arracher à sa table de travail. Une existence en quelque sorte romanesque comme un Eternel contretemps pour reprendre le très beau titre de l’un de ses rares recueils de nouvelles, publié en 2003.



par Elisabeth  Bouvet

Article publié le 05/03/2007 Dernière mise à jour le 05/03/2007 à 09:43 TU

Bibliographie (non exhaustive)

 

(Source : Edition Grasset)

Faux jour (1935)

L’Araigne (1938)

Tant que la guerre durera (1947-1950)

La Lumière des Justes (1959-1962)

Les Eygletière (1965-1967)

Les Héritiers de l’avenir (1968-1970)

Dostoïevski (1940), Pouchkine (1946), Tolstoï (1965), Catherine la Grande (1977), Tchekov (1984) Flaubert (1988), Zola (1992), Pasternak (2006)

Le fils du Satrape (1998)

L’Eternel contretemps (2003)

La Traque (Grasset 2006)

 

Tous les ouvrages d’Henri Troyat sont disponibles en livres de poche.