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Liberté de la presse

Récompense posthume pour Anna Politovskaïa

A l’occasion de la 17e journée mondiale de la liberté de la presse, jeudi 3 mai 2007, le Prix Unesco-Guillermo Cano est décerné à la journaliste russe, assassinée en octobre 2006 à Moscou, alors qu’elle enquêtait sur la Tchétchénie. Plusieurs organisations, à l’image de Reporters sans frontières (RSF) qui publie une liste de 34 «prédateurs de la liberté de la presse», rappellent que depuis le début de l’année, 29 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués pour avoir exercé leur métier.
La ville de Bayeux (Normandie) accueille un mémorial entièrement dédié aux reporters tués dans le monde depuis 1944. 

		(Photo: AFP)
La ville de Bayeux (Normandie) accueille un mémorial entièrement dédié aux reporters tués dans le monde depuis 1944.
(Photo: AFP)

En décembre 1986, à Bogota, alors qu’il sortait des bureaux du journal dont il était directeur, El Espectador, le journaliste colombien Guillermo Cano était assassiné sur ordre des narcotrafiquants du cartel de Medellin. Il menait une campagne pour dénoncer l'infiltration de la mafia de la drogue dans la vie politique colombienne. En 1997, l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, décidait de créer un prix portant son nom afin de récompenser la contribution la plus notable en faveur de la liberté de la presse.

Ce jeudi 3 mai 2007, pour le 10è anniversaire du prix, la cérémonie se déroule à Medellin, la ville natale de Guillermo Cano. C’est la première fois que la récompense est attribuée à titre posthume. Ilya Politkovsky, le fils d’Anna Politovskaïa, la journaliste russe assassinée en octobre dernier à Moscou, devait recevoir le prix des mains du directeur général de l’Unesco, Koïchiro Matsuura.

D’un montant de 25 000 dollars, le prix a été attribué par un jury composé de quatorze journalistes et directeurs de journaux. Selon ces derniers, «Anna Politovskaïa a fait preuve d’un courage et d’une ténacité incroyables en continuant à couvrir les événements de Tchétchénie alors que le monde entier s’était désintéressé de ce conflit». L’assassinat, qui n’a toujours pas été élucidé mais derrière lequel nombre d’observateurs ont vu la main du Kremlin, avait suscité une vive émotion au plan international. Ce jeudi, le Conseil de l’Europe, organisation internationale qui rassemble 46 Etats démocratiques européens, a regretté le manque de progrès dans l’enquête sur la mort de la journaliste russe.

Reporters jugés trop curieux

Traditionnellement, la journée mondiale de la liberté de la presse, dont c’est jeudi la 17e édition, est l’occasion de promouvoir la liberté d’expression, mais aussi de dénoncer les atteintes dont elle est l’objet à travers le monde. Journaux, médias, instances internationales, organisations de défense des droits de l’homme mettent en exergue les violations les plus flagrantes de la liberté de la presse, allant des pressions sur les journalistes à l’assassinat de reporters jugés trop curieux.

Ainsi, lors d'une conférence de presse jeudi à Paris, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) a recensé 223 prises d'otages de journalistes depuis 1999 et rappelé que 13 journalistes étaient actuellement retenus en otages. Mercredi, RSF rappelait que 129 professionnels des médias sont actuellement emprisonnés dans le monde (125 journalistes et 4 collaborateurs). Quelque 65 cyberdissidents sont derrière les barreaux pour avoir tenté de s'exprimer sur Internet.

RSF a, également, publié une liste de ceux qu’elle appelle les «prédateurs de la liberté de la presse». Responsables politiques ou chefs de groupes armés, ce sont «des hommes et des femmes qui s’en prennent directement aux journalistes ou qui ordonnent à leurs subordonnés de le faire». En 2007, le président du Laos, Choummaly Sayasone, et celui de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliev, ont fait leur entrée sur la liste des plus grands ennemis de la liberté de la presse, de même que les cartels de la drogue mexicains, responsables de l'assassinat de plusieurs journalistes.

En bonne place figurent également, de longue date, les groupes islamistes armés qui sévissent en Afghanistan, Bangladesh, Irak, Pakistan et dans les Territoires palestiniens, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite, les présidents chinois et russe, Hu Jintao et Vladimir Poutine, ou encore le guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei.

En Afrique, la liberté de la presse «est constamment attaquée»

Mardi, en Ouzbékistan, la militante des droits de l'homme Oumida Niazova, 32 ans, a été condamnée à sept années de prison, notamment pour diffusion de documents «troublant l'ordre public». Ces textes avaient trait à la répression d'Andijan, qui aurait fait des centaines de victimes civiles en mai 2005. Une sanction dénoncée par le représentant pour la liberté de la presse de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) : ce verdict est «particulièrement cruel pour quelqu'un qui n'a fait rien d'autre qu'exercer son droit à informer la société».

L’Afrique n’est pas la moins touchée. Sur le continent, la liberté de la presse «est constamment attaquée», estime la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Dans une déclaration publiée jeudi, à Dakar, où siège son bureau Afrique, la fédération appelle plusieurs pays du continent à lutter contre l'impunité des «tueurs de journalistes». En 2006, neuf journalistes ont été tués en Afrique: cinq ont été assassinés, les autres tués dans des accidents de la circulation, lors d’une mission. Et «cette année, nous dénombrons déjà six de nos confrères tués» dont trois «lâchement abattus» en Somalie, au Ghana et au Zimbabwe.

par Philippe  Quillerier

Article publié le 03/05/2007 Dernière mise à jour le 03/05/2007 à 14:08 TU