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Exposition

Le Théâtre de la République

Affiche de l'exposition «Patriotes en scène». 

		DR
Affiche de l'exposition «Patriotes en scène».
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La Révolution française, ce moment majeur de l’histoire politique de la France, a aussi été une période intense de production artistique et culturelle, tout particulièrement sur le plan théâtral. En mettant fin au monopole royal de la Comédie-Française sur la représentation des pièces en français à Paris, la «loi sur la Liberté des Théâtres» adoptée en 1791, entraîne la multiplication des salles parisiennes, tandis que la Comédie-Française éclate avec la sécession d’une partie de la troupe qui s’installe dans le tout nouveau Théâtre de la République, au Palais royal. L’exposition Patriotes en scène au musée de la Révolution française apporte un éclairage inédit sur cet épisode peu connu. Elle est aussi l’occasion de découvrir la richesse de ce musée, installé dans le château de Vizille, au pied des Alpes, près de Grenoble.
Château de Vizille. 

		(Photo : Danielle Birck/RFI)
Château de Vizille.
(Photo : Danielle Birck/RFI)

Le musée de la Révolution française installé dans un château, symbole par excellence du pouvoir royal, cela peut paraître paradoxal. Mais pas vraiment en fait, puisque, comme l’explique son directeur, Alain Chevalier, «le Château de Vizille, un château médiéval, qui a brûlé plusieurs fois, aux XVIIe et XIXe siècles, est un lieu où s’est manifesté le changement social qui a précédé la révolution. Les aristocrates, propriétaires de ce château qui est le plus grand du Dauphiné, l’ont vendu à des entrepreneurs qui y ont installé une manufacture et la proximité de Grenoble a fait que c’est là que se sont réunis les Etats du Dauphiné pour demander la convocation des Etats généraux, en juillet 1788, un an avant la Révolution.»

Le parc du château de Vizille. 

		(Photo : Danielle Birck/RFI)
Le parc du château de Vizille.
(Photo : Danielle Birck/RFI)

«C’est un lieu qui avait gardé une tradition républicaine, comme berceau de la Révolution française, et sera habité par une famille politique très importante, les Périer - Casimir Périer sera président de la République à la fin du XIXe siècle. Le château, avec son immense parc, a été acheté par l’Etat en 1924, comme lieu de résidence temporaire pour les présidents de la République - qui en fait l’ont peu occupé – avant d’être cédé au Conseil général de l’Isère qui, à la veille de la célébration du bicentenaire de la Révolution, souhaitait en faire un musée de la Révolution française».

La Révolution, des estampes au cinéma

L'intérieur du musée de la Révolution française. 

		(Photo : Danielle Birck/RFI)
L'intérieur du musée de la Révolution française.
(Photo : Danielle Birck/RFI)

C’est dans un espace complètement réaménagé que le  musée a ouvert en 1984, riche d’une collection centrée sur l’évocation de la période révolutionnaire par le biais de la production artistique. «Il y a une vraie vie artistique, souligne Alain Chevalier. Les artistes, dans leur quasi-totalité, restent en France, s’adaptent à une nouvelle clientèle, à des nouveaux besoins, transforment leur style, sont républicains, de cœur ou d’opportunité ». Peintures, sculptures, estampes, objets, la production artistique contemporaine de la Révolution est présente dans le musée, ainsi que des œuvres du XIXe inspirées par les vicissitudes des régimes qui se succèdent.

Le buste de Robespierre au musée de la Révolution française. 

		(Photo : Danielle Birck/RFI)
Le buste de Robespierre au musée de la Révolution française.
(Photo : Danielle Birck/RFI)

Une évocation de la Révolution «qui se poursuit au XXe siècle, précise Alain Chevalier, mais à travers un autre art qui dès ses tout débuts s’empare du sujet: le cinéma. Dès 1897, les frères Lumière représentent dans des petites saynètes l’assassinat de Marat ou la mort de Robespierre». Des petits films projetés en vidéo dans le musée où bientôt une salle entière sera consacrée à la diversité de la production cinématographique du XXe siècle autour du thème de la Révolution. Des expositions thématiques permettent au musée de mettre en valeur son  fonds et celui d’autres institutions, comme la Comédie-Française,  avec laquelle a été organisée cette exposition sur le théâtre de la République (1790-1799).

Le Théâtre dans tous ses états

«Tout citoyen pourra élever un théâtre public et y faire représenter des pièces de tous les genres, en faisant préalablement à l’établissement de son théâtre la déclaration à la municipalité des lieux» : par ce décret du 13 janvier 1791, l’Assemblée nationale met fin au monopole royal de la Comédie-Française. Laquelle n’échappe pas aux divisions politiques de l’époque entre monarchistes et républicains. L’acteur Talma, républicain de cœur, quitte le Théâtre de la Nation (c’est le nouveau nom de la Comédie-Française) et, entraînant à sa suite d’autres comédiens, rejoint la troupe des Variétés amusantes, installée depuis 1790 dans une toute nouvelle salle édifiée au Palais-Royal, la salle Richelieu. Un théâtre à l’architecture innovante, avec les toute premières charpentes en fer pour tenter de limiter les risques d’incendies. Une maquette a été spécialement réalisée pour l’exposition et rejoindra ensuite la salle des maquettes du musée.

L’innovation va aussi être au rendez-vous sur la scène, avec un nouveau répertoire qui va mêler auteurs classiques, anciens et modernes.  Les documents issus du fonds de la Comédie-Française et dont certains figurent dans l’exposition permettent d’avoir une idée très précise du répertoire. Innovation aussi en ce qui concerne la mise en scène,  avec une recherche de la fidélité historique, dans les décors comme dans les costumes et jusque dans les accessoires. le tout au service d’un théâtre «patriotique» dans l’esprit, qui veut à la fois «distraire et éduquer », et où jouer ensemble devient plus important que le vedettariat. Bref, le Théâtre de la République, nom que prend la troupe à partir de 1792. Un théâtre qui devient un modèle alors pour tous les théâtres d’Europe.

Talma, la «star» républicaine

Talma, dans le rôle de Néron. <br />Eugène Delacroix, 1853 &#13;&#10;&#13;&#10;&#9;&#9;Collection Comédie-Française
Talma, dans le rôle de Néron.
Eugène Delacroix, 1853
Collection Comédie-Française

Talma joue un rôle central dans cette évolution de la scène théâtrale pour  s’inscrire dans son temps. «La personnalité de Talma va complètement irradier le théâtre, souligne Alain Chevalier. Il va donner une dimension moderne à la pratique théâtrale, dans un contexte où la concurrence joue à plein, avec une vie théâtrale intense à Paris, un public nombreux mais qu’il faut savoir séduire ». La salle qui lui est consacrée dans l’exposition rend compte de l’admiration unanime  qui entoure cette « star » de l’époque, avec des citations de Stendhal et de Chateaubriand. La reconstitution de sa loge avec ses meubles fétiches : une table pliante qui accompagnait l’acteur dans les «tournées» (déjà!) de la troupe, son fauteuil, une pendule. Avec aussi la toge écarlate qu’il portait pour interpréter Néron, un rôle immortalisé par une toile d’Eugène Delacroix. 

Talma sous l’égide duquel va se faire aussi à la fin de la décennie la «refondation» de la  Comédie-Française, avec la réunion à nouveau de tous les comédiens sur la scène de la salle richelieu, après l’incendie qui dévaste le théâtre de la Nation (l’actuel théâtre de l’Odéon)  à Paris. On peut parler, avec  le metteur en scène disparu Antoine Vitez, d’une «double naissance de la Comédie-Française», en 1680 et en 1799, du théâtre de cour au théâtre de la République. Bien que ce soit sous Napoléon que le nouveau statut de la Comédie-Française sera officialisé.

Un petit clin d’œil pour terminer aux Grenoblois  avec des aquarelles d’un artiste local représentant Talma à Grenoble, en 1807, en tournée avec la troupe de la Comédie-Française et avec cette même toge rouge, de la couleur des Républicains sous la Révolution.

Statuettes dans la salle des faïences. &#13;&#10;&#13;&#10;&#9;&#9;(Photo : Danielle Birck/RFI)
Musée de la Révolution française : la salle des faïences
(Photo : Danielle Birck/RFI)



par Danielle  Birck

Article publié le 26/05/2007 Dernière mise à jour le 26/05/2007 à 16:47 TU