Liban
Le front islamiste s’étend au Sud

(Carte : RFI)
L'armée libanaise avait envoyé des renforts dans la banlieue de Saïda dès le début des affrontements d’Aïn Héloué, dimanche. Les combats ont fait relâche lundi matin après le déploiement à l’entrée du camp palestinien de la police du Fatah, le parti de feu Yasser Arafat et du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Mais la métropole régionale restait sous le choc, commerces et établissements fermés, des dizaines de familles ayant fui Aïn Héloué, le plus peuplés des douze camps palestiniens du Liban avec quelque 70 000 habitants recensés.
Le Fatah débordé
Ces camps de réfugiés sont en principe placés sous la férule des organisations politico-militaires palestiniennes, le Fatah en particulier. Mais ce dernier est visiblement débordé par les fondamentalistes sunnites qui ont essaimé dans les camps où l’armée libanaise n’entre pas, en vertu d’un accord avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) abrogé en 1987 mais resté en vigueur.
Le Premier ministre Fouad Siniora en tête, la majorité libanaise anti-syrienne voit la main de la Syrie derrière ce front islamiste qui menace de s’étendre, l’intervention du Jound al-Cham apparaissant comme une tentative de diversion militaire au Sud pour desserrer l’étau de l’armée libanaise. Celle-ci a en effet déployé au Nord, à Nahr al-Bared, un commando spécial de plus de mille hommes, appuyé par des chars et de l'artillerie, pour venir à bout du Fatah al-Islam qui refuse la reddition demandée par Siniora, assurant qu’il combattra «jusqu'à la dernière goutte de sang».
Pour sa part, le Fatah, représenté au Liban par Sultan Aboul Aynaïn, jure ses grands dieux que, face au Jound al-Cham et au Fatah al-Islam, «toutes les organisations palestiniennes, y compris les islamistes, sont convenues d'empêcher l'extension des combats, y compris par la force, aux autres camps». Il assure avoir pris de nouvelles dispositions militaires «pour empêcher la poursuite des agressions contre l'armée libanaise aux abords d'Aïn Héloué» et assure que «le phénomène du Fatah al-Islam sera éradiqué dans les prochains jours».
Mur de sable et solution militaire
Si des cohortes de civils ont fui les deux camps, ce qui a commencé à provoquer des problèmes humanitaires, beaucoup d’autres Palestiniens, avec ou sans papiers en règles, sont restés piégés entre deux feux. A Nahr al-Bared, selon l'agence des Nations unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa), ils seraient au moins 5 000 (sur 40 000 habitants). Les hommes du Fatah ont édifié des fortifications de sable «dans la partie sud du camp» de Nahr al-Bared pour protégér les civils et «empêcher que les islamistes ne s'infiltrent dans la population civile». Pour autant, rien ne garantit que le mur de sable, voire la solution militaire préconisée par Siniora soient de nature à couper court à la contagion idéologique islamiste de ces groupes sunnites.
Selon les informations de l’Agence France-Presse (AFP), le Jound al-Cham rassemblerait une cinquantaine de membres, des Libanais en majorité, déjà impliqués dans une rébellion dans la région nord de Dinniyé en 1999. Il compterait des dissidents palestiniens aussi, parmi lesquels des anciens membres du groupe fondamentaliste Ousbat al-Ansar, interdit en 1995 après le meurtre d’un religieux. Implantés dans des quartiers misérables limitrophes d’Aïn Héloué, ces djihadistes seraient équipés de fusils d'assaut, de mortiers et de lance-roquettes RPG. Et si on ne lui connaît pas de chef hiérarchique, Jound al-Cham s’est illustré ces derniers mois dans les rivalités de pouvoir qui opposent le Fatah à différents groupes islamistes pour le contrôle des camps palestiniens où scissions et alliances nouvelles vont grand train.
Jusqu’à présent, aucun lien tangible n’a pu être établi entre le Jound al-Cham et le Fatah al-Islam avec lequel Damas nie toute relation si ce n’est que son chef, Chaker al Abssi, figure sur une liste des personnes recherchées par la justice syrienne. Basé depuis 2006 à Nahr al-Bared où il reprendrait à son compte l’idéologie d’al-Qaïda avec lequel il n’aurait toutefois pas d’affiliation structurée, le Fatah al-Islam provient d'une scission du Fatah Intifada, faction soutenue par Damas. Il ne compterait que quelques centaines de combattants.
A l’instar du Jound al-Cham, le Fatah al-Islam a fait son miel de la misère qui sévit dans les dédales de ruelles insalubres des camps de réfugiés. Avec l’appui de l’Occident, de l’Arabie saoudite et de l’Autorité palestinienne, le gouvernement Siniora préconise une solution militaire pour se débarrasser définitivement de ces groupes salafistes sunnites qui s’efforcent de rassembler sous un même étendard des Palestiniens, des Libanais mais aussi des militants d’autres origines arabes. Déjà confronté à des déchirures politico-communautaires sur fond d’antagonisme pro et anti-syrien, le Liban composite risque de voir s’ouvrir une nouvelle ligne de faille.
par Monique Mas
Article publié le 04/06/2007 Dernière mise à jour le 04/06/2007 à 15:06 TU




