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Colombie

Un geste à usage extérieur

Rodrigo Granda Escobar (à gauche) lors de sa libération de la prison La Dorada, le 4 juin 2007. 

		Photo : AFP
Rodrigo Granda Escobar (à gauche) lors de sa libération de la prison La Dorada, le 4 juin 2007.
Photo : AFP
Rodrigo Granda, chef éminent des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) le plus important des détenus parmi les dizaines de rebelles jugés libérables par le président Uribe, est en liberté conditionnelle depuis lundi soir. Il a été extrait de la prison La Dorada, dans la province de Caldas (à l'ouest de Bogota), où il avait été incarcéré après sa capture, le 13 décembre 2004 au Venezuela. Un hélicoptère l’a ensuite transporté à Bogota, au siège de la Conférence épiscopale catholique. Alvaro Uribe indique que c’est à la demande de son homologue français, Nicolas Sarkozy, qu’il a libéré Rodrigo Granda pour tenir lieu d’«intermédiaire de la paix», c’est-à-dire, en particulier, peser en faveur de la libération de la Franco-Colombienne, Ingrid Betancourt. En échange, Nicolas Sarkozy «veut sensibiliser le G8 – et notamment Washington – à ce problème extrêmement important» pour la France et faire valoir la décision d’Uribe. Une tribune de rêve pour le président colombien, plutôt mal en cour internationale.

Dès mardi matin, le président français, Nicolas Sarkozy, a reçu la fille, la sœur et l’ex-époux d’Ingrid Betancourt pour «pour faire le point» de sa mission de bons offices en Colombie. Le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, a en outre indiqué que le sort de l’otage franco-colombienne sera soumis au G8, le sommet des huit pays les plus industrialisés programmé cette semaine à Heilgendamm en Allemagne. Et cela, «dans le cadre le plus large possible, notamment» avec le président américain, George Bush. Le nouveau président français n’attendrait pas véritablement une solution-miracle du sommet, mais voit dans «l'engagement du G8 peut-être une arme de plus dans ce processus compliqué».

Les bons offices de Sarkozy

Le président Uribe assure qu’il a reçu du gouvernement colombien «toutes les garanties afin que Granda puisse se comporter en acteur du processus de paix». Une paix jusqu’ici introuvable et qui pourrait se résumer en un échange de bons procédés dans l’espoir d’une libération d’Ingrid Betancourt enlevée en février 2002 avec sa directrice de campagne, Clara Rojas, et détenue par les Farc, comme des centaines de Colombiens, mais aussi trois ressortissants américains capturés en 2003. Pour sa part, après avoir traité de «farce» l’entreprise Uribe, l’organe dirigeant des Farc aurait autorisé Granda qui ne les a pas répudié et n’a pas renoncé à la lutte armée «à jouer le rôle d'intermédiaire de paix et à livrer des preuves de vie concernant Mme Betancourt et d'autres personnes séquestrées», acceptant l’entremise de Nicolas Sarkozy, celles de la France, de l’Espagne et de la Suisse étant du reste acceptées par les deux parties colombiennes depuis 2005.

L’objectif du président colombien serait un «échange humanitaire» qui lui permettrait de redorer son blason international sans concéder la zone démilitarisée exigée par les Farc qui opèrent depuis les années soixante à partir de l’épais couvert forestier du Sud colombien, au plus près des plantations de coca. Celles-ci leur assurent des revenus consistants et font la fortune de leurs adversaires paramilitaires associés aux narcotrafiquants qui arrosent les Etats-Unis de cocaïne, via Haïti, et l’Europe, de plus en plus souvent via l’Afrique. A la différence de son prédécesseur, Andres Pastrana, qui avait concédé à la guérilla une zone démilitarisée de 42 000 kilomètres carrés en échange de l’ouverture de négociations, Alvaro Uribe, depuis son avènement au pouvoir en août 2002, préconise la seule option militaire pour en finir avec la rébellion. Toutefois, il a manifestement vu l’intérêt qu’il pouvait tirer de la détermination du tout nouveau président français en terme d’image internationale.

«Affaire d’Etat» en France où juillet 2003 avait vu une expédition dans l’Amazonie brésilienne commanditée par Dominique de Villepin (alors ministre des Affaires étrangères) se solder par un cafouillis diplomatique, le cas Betancourt ne soulève pas la même ferveur populaire en Colombie où au-delà des quelque 56 otages identifiés comme ayant une «valeur» marchande politique, les enlèvements sont innombrables. Et, jusqu’à ce qu’il prenne «cette décision très importante et courageuse», Alvaro Uribe aura plus que jamais soufflé le froid et le chaud sur les otages durant un mois de mai également marqué par la mise sur la place publique d’un scandale de la «parapolitique» à la colombienne.

L’enjeu américain

En Colombie certains hommes politiques continuent de s’acoquiner à des chefs paramilitaires – issus en particulier des milices créées dans les années 80 pour faire la pluie et le beau temps des grands propriétaires terriens – démobilisés en 2006 dans le cadre d’un accord de réconciliation nationale qui a vu 31 000 paramilitaires repentis bénéficier d'importantes remises de peine.Or, à la mi-mai, des parlementaires et des politiciens ont été interpellés après des «révélations» concernant la perpétuation de liens criminels entre des élus et des paramilitaires tirant les ficelles depuis leur prison de la région de Medellin. De quoi indisposer les Etats-Unis où le Congrès traîne les pieds devant la ratification d’un Traité de libre échange auquel Bogota aspire.

«J'accepte qu'il manque encore beaucoup aux yeux des congressistes américains pour mettre en déroute l'impunité», avait explosé Uribe lors d’une reprise des discussions sur la question du Traité, lançant qu’il n’acceptait pas en revanche «d’être traité en paria». Il peut pour une fois espérer un bon point politique. Nicolas Sarkozy a en tout cas promis de lui en délivrer un en public, au plus haut niveau. Mais dans cette partie triangulaire, il lui faudra aussi convaincre les Farc de faire un geste. Depuis février 2004, Paris propose d’accueillir les guérillros qui pourraient être relâchés en échange d’Ingrid Betancourt. L’affaire piétinait, Bogota dénonçant régulièrement les «ingérences» françaises, les Farc proclamant qu’ils ne négocieraient jamais avec Uribe.

En septembre 2006, le président colombien avait annoncé qu’il acceptait de démilitariser les deux municipalités réclamées par les Farc avant de faire machine arrière après un attentat qui leur a été imputé à Bogota. Depuis le début de cette année, Alvaro Uribe sollicitait une aide militaire en logistique et en renseignement auprès de Paris. Jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême qui a vu le 7 mai dernier le président colombien accepter la proposition française de donner asile aux guérilleros, se déclarer le 11 mai suivant disposé à une «libération massive», se raviser le 17 mai en ordonnant à l’armée de libérer les otages «par les moyens militaires», ce qui avait consterné Paris.

Un «geste humanitaire»

Finalement, le 24 mai, Alvaro Uribe promettait de libérer un nombre significatif de guérilleros avant le 7 juin. Le processus lancé dimanche avec les193 premiers rebelles graciés a vu Rodrigo Granda quitter sa prison lundi pour entamer une mission de médiation et 56 guérilleros des FARC transféré mardi matin de la prison de Chiquinquirá vers un centre de loisirs de Chicoral, dans le département de Tolima (centre), avant de retrouver officiellement la liberté en échange de leur renonciation à la lutte armée. Au final, si l’on en croit Uribe, plus de 150 rebelles repentis seront libérés avant jeudi, tandis qu’un vingtaine d'entre eux devraient retourner en prison.

Uribe affiche ce «geste humanitaire» comme une avancée vers la paix avec la principale guérilla colombienne qui revendique 17 000 hommes et exige la libération de 500 de ses combattants en échange de celle de 56 prisonniers parmi lesquels Ingrid Betancourt. Dans un communiqué, le président français «espère désormais que ce développement sera entendu par les Farc» jusqu’à présent inscrite sur les listes noires européennes des organisations terroristes. Il revendique par avance la paternité, mais aussi le bénéfice «du dialogue qu'ont instauré les deux dirigeants (colombien et français), à l'initiative du président Sarkozy, pour parvenir à un dénouement rapide du sort des otages détenus par les FARC, dans le cadre d'une solution humanitaire».



par Monique  Mas

Article publié le 05/06/2007 Dernière mise à jour le 05/06/2007 à 15:46 TU

Audio

Alejandro Valente

Directeur de la rédaction Amérique latine de RFI

«Uribe dit qu'il n'a pas demandé à Sarkozy la raison pour laquelle il demandait la libération de Granda; donc il lui a fait confiance, sans vouloir connaître ses motivations.»

[05/06/2007]

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