Colombie
Rodrigo Granda, un rebelle en mission diplomatique

Photo : AFP
«L'impératif du moment, c'est un échange humanitaire mais ce ne sera possible qu'avec la démilitarisation de Florida et de Pradera», a déclaré Rodrigo Granda peu après son transfert au siège de la Conférence épiscopale catholique, à Bogota, reprenant l’antienne de la rébellion qui exige également l’élargissement de 500 militants des Farc avant de songer à libérer des prisonniers et, en particulier, la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Rien de nouveau donc dans la première revendication exprimée par un Granda usant de sa toute fraîche remise en liberté sur parole. Pour le reste, il s’est en effet contenté d’indiquer qu’il attendait les directives des dirigeants des Farc.
En attendant les directives des Farc
Ses ex-geôliers n’ont pas imposé à Granda de renier les Farc, pas plus qu’ils n’ont exigé de lui de renoncer à la lutte armée. C’est donc en combattant «libre» que Rodrigo Granda se prépare à la suite des événements, à la différence de ses compagnons d’infortune qui commencent à sortir de prison sous le feu des critiques des Farc qui les qualifient de traîtres instrumentalisés par Uribe pour faire diversion au scandale de ce que les Colombiens appellent la «parapolitique», la collusion entre élus et milices paramilitaires. C’est aussi au mot près le discours tenu mardi à sa libération par Rodrigo Granda. Il a en revanche salué «la louable intervention du président français en faveur de [sa] liberté [qui] a été dévoyée par M. Uribe et d'autres fonctionnaires du gouvernement qui y ont vu l'opportunité qu'ils recherchaient pour tenter de diviser les Farc».
Mercredi, les Farc n’avaient pas encore commenté publiquement la libération de Granda. Un silence ou un attentisme plutôt positif en l’occurrence. Reste à savoir comment l’organe de direction des Farc, leur secrétariat général, entend accommoder le rôle imparti à Granda par son adversaire Uribe, à la demande du président français Nicolas Sarkozy. Car, si Paris tient aussi bien évidemment des fers au feu rebelle, Granda avait été un interlocuteur de premier rang pour les artisans de l’expédition française en Amazonie brésilienne revenue bredouille en 2003, sans Ingrid Betancourt. Pour sa part, Granda a fait plusieurs séjours en France et en Suisse, sous des identités diverses. Mais ses activités de représentation politique des Farc l’ont surtout conduit en Amérique latine, en particulier en Equateur, où il est propriétaire d’un appartement à Quito, et au Venezuela.
Portrait de Rodrigo Granda
«Rodrigo Granda est issu de la petite bourgeoisie colombienne.»
La question de la démilitarisation
En décembre 2004, l’enlèvement de Granda par les services colombiens, à Caracas, avait gelé les relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie pendant une année. Les projecteurs des médias s’étaient alors braqués sur le quinquagénaire discret peu connu des Colombiens, le fils de petits-bourgeois converti au marxisme, Rodrigo Granda, Ricardo Gonzalez de son nom de baptême. Après 30 ans au PCC, Ricardo Granda avait pourtant connu une ascension politique rapide aux Farc où il a, par exemple, participé en 1998, sous Andres Pastrana, aux négociations sur la démilitarisation de la région de Caguan. Une affaire dont Alvaro Uribe avait fait ses choux gras électoraux en mai 2002. Une région où la candidate écologiste à la présidentielle, Ingrid Betancourt, a été enlevée par les Farc, le 23 février 2002, pendant la campagne électorale, alors que Pastrana était récemment revenu sur la démilitarisation du Caguan.
Aujourd’hui, la démilitarisation reste au menu des Farc, mais elle concerne cette fois une vaste zone rurale entourant Florida et Pradera, deux localités enclavées dans la cordillère des Andes qui constituent un couloir d'approvisionnement crucial pour les rebelles. C’est le préalable sans surprise posé par Granda en préalable aux marchandages sur la libération des 56 otages «politiques» du Farc, parmi lesquels Ingrid Betancourt et trois Américains, capturés en 2003 après le crash de leur avion d’épandage.
par Monique Mas
Article publié le 06/06/2007 Dernière mise à jour le 06/06/2007 à 13:37 TU





